L’actuelle crise sanitaire, incontestablement, écrase, écarte, étouffe toute actualité qui ne serait pas en lien direct avec ce virus infernal qui semble se propager de manière exponentielle. Soit. Reste que l’on peut espérer, d’ici à quelques semaines, un regain de jours meilleurs et un retour à une certaine normalité routinière.

L’on nous permettra donc de revenir sur les élections municipales, épée de Damoclès démocratique qui pèse encore lourdement sur nos têtes puisque, comme on le sait, le deuxième tour a été reporté par l’effet de l’unilatérale volonté élyséenne. Il s’agit d’une hypothèque d’autant plus sérieuse qu’elle conditionne le fonctionnement institutionnel des communes – et surtout des intercommunalités – pour les six prochaines années. Totalement éclipsée, bien que fondamentale pour la vie politique du pays, la question municipale se pose, depuis le premier tour du 15 mars dernier, avec une singulière et inédite acuité.

D’abord, le nombre record de recours (plus justement dénommés, en droit, « protestation électorale »). Rien que pour le département de la Guyane, sur les 22 communes dont 15 ont été acquises dès le premier tour du scrutin, pas moins de 16 recours (contre 11, en 2014) ont été enregistrés devant le tribunal administratif de la Guyane, soit 14 protestations formées par des candidats battus ou des électeurs des communes concernées, ainsi que 2 déférés du préfet de la Guyane (demandant la réformation des résultats des communes de Cayenne et de Saint-Laurent du Maroni).

En France métropolitaine, on constate aussi une explosion inhabituelle des recours, tous fondés principalement sur l’insincérité du scrutin du premier tour altéré, selon les candidats malheureux, par les pressions exercées par le gouvernement sur une partie de l’électorat. En effet, bien qu’ayant maintenu le scrutin sous la pression des oppositions LR, RN, PS, PC, France insoumise et affiliés, le pouvoir n’a pas manqué, dans un simultanéiste numéro virtuose d’« en-même-temps » macronien (« allez voter mais restez chez vous car il est dangereux de mettre le nez dehors ! »), d’effrayer ceux de nos concitoyens parmi les plus âgés et/ou à la santé des plus chancelantes.

Le fait d’avoir laissé ce scrutin se dérouler, tandis que le Covid-19 se propageait périlleusement dans la population, jusqu’aux bureaux de vote (les premiers malades commencent à se faire connaître), est rendu d’autant plus inexplicable qu’en violation manifeste des articles L.56 et L.227 du Code électoral, le second tour a été reculé le 21 juin prochain…

À la hâte, le gouvernement a fait adopter, le 23 mars, la loi n° 2020-290 d’urgence sanitaire « Covid-19 » qui prévoit, entre autres, ledit report du second tour des municipales à juin sauf si on découvre, au plus tard le 27 mai, que l’état sanitaire ne permet pas de réaliser le second tour en juin (en ce cas, les élections seront refaites entièrement, sauf pour les conseils municipaux élus du premier coup). Par une ordonnance n° 2020-305 du 25 mars, le président de la République a repoussé le délai de protestation électorale (expirant en principe, selon l’article L.119 du Code électoral, au plus tard à 18 heures le cinquième jour qui suit l’élection acquise) jusqu’au cinquième jour qui suivra l’installation du conseil municipal dont la date sera fixée par décret au plus tard au mois de juin 2020.

Outre que l’illégitimité des nouvelles équipes élues avec un taux de participation historiquement bas pour ce genre de scrutin de proximité constituera indiscutablement leur talon d’Achille, sera également posée la question de la valeur de ces élections d’où se dégage, d’ores et déjà, un fumet de dégagisme opportuniste, les électeurs (surtout au sein des commune rurales) ayant souvent confondu devoir électoral et vendetta ad hominem, les plus aigris, les revanchards et les plus jeunes ayant subitement retrouvé leur carte d’électeur comme le chemin des urnes.

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