Je ne sais pas ce que c’est qu’être soldat. Je ne sais pas pourquoi on s’engage, pourquoi on s’en va, si partir, c’est forcément mourir. Ni ce qu’on a dans le cœur quand on arrive sur le tarmac, s’il est vide ou s’il porte, lui aussi, ce bon vieux barda d’incertitudes, d’amour, de regrets, de hargne ou d’insouciance. Je ne sais pas ce que c’est qu’être marsouin, marin, pilote, légionnaire, parachutiste, cavalier, tout à la fois, ce qu’on voit briller sur les Champs-Élysées avant d’être propulsé sur un champ de bataille. Toutes ces médailles reçues pour l’honneur, pour le prestige, pour la gloire et l’infortune d’un dévouement sans limites, sans frontières et sans horizon, jusqu’à mourir, peut-être. Pour la France. Ou pour rien, paraît-il.

Je ne sais pas. Alors, j’imagine. J’imagine qu’on ne choisit pas de donner sa vie par défaut. Que ce pays pour lequel on accepte de mourir est au-delà de tout. Qu’il s’agit d’une patrie intérieure, enracinée, d’une âme-nation garante d’un étendard maculé de toutes nos grandeurs, de tous nos périls, de tous nos lauriers, de tout notre sang, de tous nos hymnes, de toutes nos larmes, de tous nos lys, de tous nos martyrs, de tous nos prodiges, de tous nos sacrifices, de tout notre amour… J’imagine qu’on n’écrit pas en lettres d’or des noms de batailles inutiles. J’imagine que le poids de cet héritage ne stimule pas seulement un sentiment d’appartenance culturelle à quelques lignes d’Histoir, mais dirige, fermente, sacralise ce sens du devoir jusqu’à nous faire quitter toute illusion idéologique pour épouser le mythe français.

J’imagine donc qu’on ne meurt pas pour rien. Ni ici, ni ailleurs. Que ces 89 soldats français tués sur le sol afghan ne seront pas déchus des distinctions prononcées dans les plus beaux éloges. J’imagine que la France ne cessera jamais de reconnaître la valeur de cet engagement total. La valeur de ses enfants… Morts pour elle. Loin de chez eux.

17 août 2021

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