[CINÉMA] Vivaldi et moi, le film fascinant sur l’Ospedale della Pietà

Le récit suit Cecilia, une jeune orpheline, violoniste de talent, repérée par Vivaldi.
film Vivaldi et moi
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Le fait est peu connu mais entre le XIIe et le XVIe siècle, quatre hospices d’assistance aux plus démunis, des ospedali, furent en activité à Venise : l’Ospedale dei Mendicanti, fondé en 1182, l’Ospedale dei Derelitti, fondé en 1528, l’Ospedale degli Incurabili, fondé en 1522, et enfin le Pio Ospedale della Pietà, fondé en 1346.

Ces institutions avaient pour fonction principale de prendre en charge les malades, les mendiants, les prostituées, les orphelins et les enfants abandonnés. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces ospedali vénitiens se distinguaient des autres par l’éducation musicale qu’ils dispensaient aux jeunes filles, pour la plupart abandonnées en ces lieux dès leur naissance. Celles-ci devenaient alors chanteuses, choristes ou instrumentistes de haut niveau.

La vocation d’une violoniste

Librement adapté du roman Stabat Mater, de Tiziano Scarpa, publié en 2008 et lauréat du Prix Strega en Italie, Vivaldi et moi (Primavera, en version originale, c’est à dire « le printemps », en français) propose une immersion fascinante dans l’Ospedale della Pietà, celui au sein duquel le prêtre Antonio Vivaldi devint maître de violon à partir de 1703. Le récit suit Cecilia, une jeune orpheline, violoniste de talent, dont les perspectives d’avenir se résument aux options suivantes : rester à vie dans l'ospedale et parfaire ainsi son apprentissage de la musique, ou bien être demandée en mariage par un officier, un noble vieillissant ou un riche veuf en échange d’une dot à l’institution. Une seconde option évidemment incompatible avec une carrière musicale… Comme l’on s’y attend très vite, Cecilia, dont le prénom semble directement renvoyer à la sainte patronne de la musique, va être repérée par Vivaldi qui la poussera au meilleur d’elle-même au point de faire naître entre eux des sentiments ambigus et de confirmer la vocation de la jeune femme…

Une approche toute de sobriété

Premier long-métrage de fiction du réalisateur italien Damiano Michieletto, connu pour ses mises en scène d’opéras, Vivaldi et moi aura non seulement le mérite de nous faire découvrir ces hospices-orphelinats, financés à l’époque grâce aux dons des grandes familles de la République des doges et aux recettes de leurs concerts, mais également de contourner nos attentes de spectateurs : la relation entre les deux personnages principaux – un Vivaldi introspectif et souffrant d’une affection pulmonaire (joué par un taciturne Michele Riondino) et une Cecilia en quête de pureté (Tecla Insolia, lumineuse) – gardera tout du long une sobriété et une mesure conformes à l’esthétique générale du film. Dépourvue, en effet, de toute fioriture et d’ostentation, celle-ci suit la voie du récent Il Boemo, de Petr Václav, sur le compositeur praguois Josef Mysliveček. Un choix judicieux, très loin de l’esprit d’Amadeus, de Milos Forman.

Alors certes, on se serait bien passé du discours féministe de fin, archi-convenu, mais les postulats du récit s’y prêtent sans effort. Enfin, notons pour les amateurs que la musique du film a été interprétée par l’Orchestre et le Chœur du Teatro La Fenice, le célèbre opéra de Venise construit au XVIIIe siècle. C’est à porter au crédit de l’entreprise.

3,5 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre
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