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Durant le mois d’août, Boulevard Voltaire fait découvrir à ses lecteurs un livre récent que la rédaction a apprécié. Chaque jour, un nouvel extrait est publié. Cette semaine, Le Moment populiste. Droite-gauche, c’est fini !, d’.

En France, l’événement fondateur de la poussée populiste a été la victoire du « non » au référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen, suivie de la confiscation de ce vote avec l’adoption du traité de Lisbonne par le Parlement, sans que cette fois le peuple ait été consulté. Ce « non » a révélé l’ampleur du fossé qui s’était déjà creusé entre les élites et le peuple, fossé à la fois idéologique et sociologique. Il a révélé la défiance d’un peuple qui ne se sent plus représenté par ceux qui prétendent parler en son nom, ceux-ci étant accusés de ne chercher qu’à maintenir leurs privilèges et servir leurs intérêts particuliers.

Voilà en fait plusieurs décennies que le peuple constate que sa vie quotidienne a été affectée en profondeur par des évolutions sur lesquelles on ne l’a jamais consulté et que la classe politique, toutes tendances confondues, n’a même jamais cherché à infléchir ou à enrayer.

D’abord, l’immigration. En l’espace de deux générations, par le jeu du regroupement familial et de l’afflux migratoire, l’ancienne immigration temporaire a pris le caractère d’une immigration de peuplement. Massive, rapide, mal accueillie et mal contrôlée, elle a engendré dans tous les domaines (école, vie quotidienne, monde du travail, sécurité, délinquance) une série de pathologies sociales, créé ou exacerbé des fractures culturelles ou confessionnelles, affecté les mœurs et transformé en profondeur la composition de la population. […]

Ensuite, l’Union européenne. Depuis le début des années 1980, la construction européenne s’est soldée par la disparition de pans entiers de la souveraineté des États, sans que celle-ci se trouve reportée à un niveau supérieur. […] Déjà dépendants de l’OTAN sur le plan militaire, soumis aux contraintes budgétaires édictées par l’Union européenne, les États sont titulaires d’une souveraineté qui ne tient plus que par la peinture. Les institutions européennes se sont en outre mises en place du haut vers le bas. Les peuples n’ont pas été associés à la construction européenne, et les rares fois où ils ont été consultés, il n’a pas été tenu compte de leur avis. Longtemps présentée comme une solution à tous les problèmes, la construction européenne apparaît aujourd’hui comme un problème qui s’ajoute aux autres. Les débats sont devenus de plus en plus techniques, donc de moins en moins compréhensibles. Divisée, impuissante, paralysée, l’Union européenne a fini par discréditer l’Europe, que l’idéologie dominante ne conçoit que comme un “contenant prié de se vider lui-même de tout contenu pour faire place à l’Autre” (Élisabeth Lévy). […]

Enfin, la mondialisation. Rendue possible par l’effondrement du système soviétique, qui symbolisait la division du monde en deux systèmes, celle-ci a représenté une révolution symbolique majeure qui a changé notre rapport au monde. […] Par le jeu des délocalisations et de la mise en concurrence, dans des conditions de dumping, avec les masses salariales sous-payées du Tiers-monde, elle a détruit le pouvoir de négociation collective des travailleurs, en même temps qu’elle portait atteinte à la souveraineté des États, qui se sont trouvés mis en demeure de ne plus faire usage de leur volonté politique. Ainsi s’est mis en place un monde sans extérieur, sans alternative, ordonné à la seule loi du profit. Défendue par les milieux d’affaires au nom du principe de libre-circulation des personnes, des biens et des capitaux, la mondialisation l’est à gauche par cosmopolitisme moral et humanisme abstrait, tous se retrouvant d’accord pour légitimer les migrations internationales de masse, l’universalisation des normes, la pression à la baisse qui s’exerce sur les salaires et les menaces sur l’emploi. La mondialisation fait beaucoup de « gagnants » parmi les élites, mais des millions de perdants dans le peuple, qui réalise de surcroît que la mondialisation économique ouvre la voie à la mondialisation culturelle – tout en suscitant dialectiquement de nouvelles fragmentations.

8 août 2017

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