Même si vous n’êtes pas croyant, vous avez entendu parler des miracles de Lourdes. Vous avez peut-être vu Miracle en Alabama, ce film émouvant d’Arthur Penn qui raconte l’histoire d’une petite fille, Helen, sourde, muette et aveugle de naissance, qui s’éveille à la vie grâce à une admirable éducatrice. Depuis dimanche, vous pourrez y ajouter le miracle de Sevran, dont Mauricette est l’héroïne !

Un miracle qui ne serait pas survenu si le gouvernement, dans sa grande sagesse, n’avait pas entrepris une vaccination massive contre le Covid-19. Il fallait un pionnier : ce fut une pionnière, une Française de 78 ans, une ancienne aide ménagère, vaccinée dans un hôpital de Sevran. Les chaînes d’information continue, averties à l’avance de cet événement sans précédent, se pressaient autour d’elle, souriante après l’injection. Et le personnel soignant d’applaudir. Mais le plus miraculeux, dans cette histoire inouïe, c’est qu’une demi-heure après – les médias l’ont attesté –, Mauricette se portait toujours bien !

À ma grande honte, je n’ai pas participé à cette liesse générale, je ne suis pas tombé en pâmoison devant cette prouesse de la science, je ne fus pas béat d’admiration. Mon réflexe fut plutôt de me demander pourquoi tout ce cinéma. Chanter la gloire de nos valeureux dirigeants ? Montrer à tous que le vaccin pouvait faire des miracles et qu’il fallait donc se faire vacciner ? Je dois avoir mauvais esprit, mais j’ai immédiatement trouvé que toute cette mise en scène était ridicule et contre-productive.

Ridicule, comme Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, qui lança sur les réseaux sociaux ce mot historique : « Une petite piqûre pour l’infirmière , un grand pas pour l’immunité. » Ridicule, comme , qui fit aussitôt, sur son compte Twitter, cette déclaration qui restera dans les annales : « Nous avons une nouvelle arme contre le virus : le vaccin. Tenir ensemble encore. […] Soyons fiers de notre système de santé », ajoutant que « le vaccin est intégralement pris en charge. Pas de frais à avancer. » Vous l’aurez compris : le chef de l’État avait soigneusement mis au point une opération de communication. Il faisait la promotion du vaccin et, dans la foulée, sa propre promotion.

C’était un moment historique. Il avait déclaré la guerre au virus : il était sur le point d’emporter la victoire ! C’était aussi la victoire de l’Europe. Le 21 décembre, après le feu vert de l’Agence des médicaments pour la mise sur le marché du vaccin Pfizer-BioNTech, la Commission européenne autorisait la vaccination qui commencerait, dans tous les pays de l’Union, entre le 27 et le 29 décembre. Vive Macron ! Vive l’Europe ! Il est vrai que tous deux en avaient bien besoin pour regagner quelque confiance.

Cette campagne risque pourtant d’être improductive. Les Français qui sont majoritairement réservés sur la vaccination, voire hostiles, s’interrogeront sur cette publicité tapageuse et se poseront encore plus de questions. Pourquoi ces roulements de tambour si le vaccin est, comme on le répète, sans danger ? S’il n’a pas d’effets secondaires à court terme, qu’en sera-t-il à long terme ? Pourquoi avoir choisi ce vaccin, qui doit être conservé à -70 °C et dont on apprend qu’il est l’un des plus chers ? Pourquoi les membres du gouvernement n’ont-ils pas montré l’exemple en se faisant vacciner les premiers, comme dans d’autres pays, plutôt que Mauricette ?

Par cette publicité extravagante, Emmanuel Macron et le gouvernement apparaissent encore plus comme des fanfarons, des matamores plus courageux en paroles qu’en actes, sautant sur la moindre occasion pour se mettre en avant et faire oublier que, dans cette guerre, ils n’ont été que des généraux de pacotille.

28 décembre 2020

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