« Dehors, le vent de la nuit soufflait en éparpillant la musique des cloches, et, à mesure, des lumières apparaissaient dans l’ombre aux flancs du mont Ventoux, en haut duquel s’élevaient les vieilles tours de Trinquelage. C’étaient des familles de métayers qui venaient entendre la messe de minuit au château. Ils grimpaient la côte en chantant par groupe de cinq ou six, le père en avant, la lanterne en main, les femmes enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les enfants se serraient et s’abritaient. Malgré l’heure et le froid, tout ce brave peuple marchait allégrement, soutenu par l’idée qu’au sortir de la messe il y aurait table mise pour eux, en bas, dans les cuisines », écrit Alphonse Daudet dans ses Trois Messes basses qu’il faut lire et relire au coin du feu.

Ce conte nous dit quelque chose de la fidélité de ce peuple chrétien, prêt à sortir de son quotidien pour braver le froid, la nuit, la pandémie, et célébrer la Nativité. Cette nuit merveilleuse où Dieu se fait homme pour venir nous sauver. Alors, tandis que çà et là, les paroisses s’organisent pour s’adapter aux circonstances exceptionnelles de cette année « covidée », bancs espacés, nombre de messes multiplié, profitons de cette dérogation généreusement accordée aux Français le soir de Noël. « On est heureux que le couvre-feu soit levé. C’est vraiment une bonne chose pour les fidèles et un bon nombre de Français pour qui célébrer Noël, c’est aussi aller à l’église »,  rappelle l’abbé de Woillemont, secrétaire général et porte-parole de la Conférence des évêques de sur BFMTV.com.

N’en déplaise à ceux qui auront grincé des dents et invoqué la , Noël demeure même pour les non-chrétiens l’occasion de perpétuer des familiales. Pour notre plus grand plaisir, l’INA (Institut national de l’audiovisuel) ressort des images du passé et évoque dans un tweet ces transmissions orales au coin de la cheminée, cette fête où l’on veillait auprès de la cuisinière en attendant minuit. « Autrefois, la Veillée de Noël était ce temps de partage en avant la messe de Minuit, où les grands-parents récitaient des histoires. Une pratique aujourd’hui disparue. » Et pourtant, l’INA rappelle combien cette tradition « créait du lien entre les générations ». Notre monde a bien changé. Nos aïeux sont désormais isolés et mis à distance de leurs petits-enfants pour les « protéger ». Quant à la messe de minuit, elle est ancrée dans les esprits comme un souvenir suranné. Et si, à l’inverse de cette individualisation de la société et hygiénisme des mentalités, nous choisissions de renverser la tendance, cette année ?

24 décembre 2020

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