Jusqu’à ces jours derniers, il est encore possible de porter quelque crédit à l’action du Saoudien , prince régnant et monarque de fait. Sous forte injonction de , Riyad commence à “libéraliser” son pays et entendait en finir avec la promotion du wahhabisme de combat. Avec l’affaire , c’est à la fois la fin des soldes d’été et d’un possible “printemps arabe”.

Jamal Khashoggi, c’est ce journaliste du Washington Post, passablement critique vis-à-vis du régime, assassiné, le 2 octobre dernier, au consulat saoudien d’Istanbul. Qu’un pouvoir politique fasse disparaître un opposant, rien de bien nouveau sous le soleil, fût-il mecquois. Après, il y a l’art et la manière ; et là, les Saoudiens sont manifestement tout, hormis des artistes. Enfin si, mais pas au sens traditionnellement entendu par les officines parallèles.

Première initiative de génie : au lieu de résoudre leur différend loin des regards, les services saoudiens le traitent en leur propre ambassade, lieu surveillé s’il en est. Pour encore plus de discrétion, ils donnent congé à tout le personnel ; moins voyant, on ne fait pas. Et, tant qu’à faire, au lieu de faire appel à des agents locaux, ils convoquent de Riyad, dans deux jets privés, une quinzaine de barbouzes, dont certaines directement affiliées à la famille royale, lesquelles n’hésitent pas à utiliser leurs téléphones personnels. Résultat ? Ankara disposerait d’enregistrements des supplices infligés à la victime et de son tronçonnage post-mortem. Ne manquaient plus que les gyrophares et Jean Dujardin en OSS 117 à Rio et la fête était complète.

Chez les donneurs d’ordres, le même sérieux semble régner en maître. Ils commencent par nier pour ensuite convenir, tandis qu’un des principaux protagonistes de l’histoire vient de décéder à Istanbul dans un accident de la circulation jugé « suspect » par les autorités turques.

Et ce qui n’aurait dû être qu’une banale péripétie est en train de se transformer en véritable affaire d’État aux conséquences planétaires. Le Davos saoudien, programmé il y a quelques jours ? Un festival de chaises vides, tant les décideurs, économiques comme politiques, ont décidé de bouder le méchoui. Donald Trump, furibard, doit de plus expliquer la proximité entre son gendre, Jared Kushner, et Mohammed ben Salmane. Angela Merkel refuse, désormais, de continuer à vendre des armes aux Saoudiens, enjoignant les autres pays fournisseurs à faire de même. Côté iranien, on s’en doute, à défaut de champagne, c’est tournée de thé à la menthe pour tout le monde.

Comment expliquer une telle Bérézina ? Premièrement, la monarchie saoudienne, passée directement du palmier de l’oasis dans la piscine de ses villas, est assez fruste, pour demeurer poli. Deuxièmement, Mohammed ben Salmane, tout épaté du sobriquet de « MBS » dont l’ont affublé les médias américains et leurs épigones européens, se croyait globalement tout permis, allant même jusqu’à kidnapper, l’année dernière, le Premier ministre libanais Saad Hariri, avant de faire machine arrière devant la pression internationale. Là, il a cru pouvoir défier Recep Erdoğan, le nouveau sultan turc, en isolant deux de ses principaux alliés en cette région du monde : le Qatar par embargo et l’Iran par guerre quasi ouverte. Erdoğan, autrement plus malin, fait savoir, mine de rien, qu’il sait tout, désigne MBS sans le nommer tout en se référant à la personne du roi Salmane, fortuitement très malade, ce qui arrange Ankara, mais un peu moins Mohammed ben Salmane, qui pourrait bien faire figure de nouvelle victime de cet invraisemblable feuilleton.

Ainsi, tous ses pairs, qu’il a enfermés, rackettés ou mis à l’écart, au nom d’une prétendue lutte contre la corruption et de réformes sociétales à destination de l’Occident, pourraient bien venir tôt ou tard lui demander des comptes. Si on lui règle le sien avec la même maestria dont il a fait preuve en s’occupant de celui de Jamal Khashoggi, il y a fort à parier que l’affaire ait à nouveau l’honneur des gazettes. Entre mots croisés et jeu des sept erreurs ?

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