Mercosur : « Une impuissance française et peut-être, davantage, une résignation »
À la veille de l'entrée en vigueur de l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, BV a recueilli la réaction de l'ancien préfet Christophe Bay, député RN au Parlement européen (groupe Patriotes pour l'Europe), membre de la commission du commerce international de ce Parlement.
Georges Michel. Le 1er mai, l'accord UE-pays du Mercosur entre en application « à titre provisoire » et, semble-t-il, dans une certaine indifférence générale. Ne craignez-vous pas que cette application ne se transforme en « provisoire qui dure » ?
Christophe Bay. Oui, c’est précisément le risque. Ce que nous dénonçons, c’est une méthode : faire appliquer l’accord alors qu’il n’a pas obtenu une validation politique par les peuples, leurs représentants et le Parlement européen. L’application provisoire n’a rien d’anodin, elle produit des effets concrets : ouverture commerciale, pression sur les filières agricoles, mise en concurrence accrue. Et chacun sait qu’en matière européenne, le provisoire peut vite devenir une situation installée, difficile à remettre en cause ensuite.
L’accord doit entrer en application provisoire ce 1er mai. Le cœur du sujet est donc politique : veut-on encore décider souverainement de notre modèle agricole, alimentaire et environnemental, ou accepte-t-on que la Commission européenne impose un fait accompli ?
Le 20 avril dernier, un comité technique a voté en toute discrétion un règlement d’exécution modifiant le mécanisme de gestion des quotas de l’accord. Ce dispositif favorise une concentration des volumes entre les mains de sociétés monopolistiques, notamment JBS, le géant brésilien de la viande. Ainsi, les importateurs français n’auront pas le choix de leurs fournisseurs.
On voit bien la logique : la Commission cherche à verrouiller le processus par des mécanismes administratifs, alors que le débat devrait être démocratique. Ce n’est pas un détail de procédure, c’est une façon de contourner le rapport de force politique.
G. M. Le gouvernement français a-t-il baissé les bras ?
C. B. Le gouvernement français a beaucoup parlé, mais il n’a pas empêché l’avancée de l’accord. Emmanuel Macron a pratiqué son éternel « en même temps » en disant tout et son contraire pendant des mois. Il a eu des déclarations martiales, des indignations de façade, des promesses de fermeté. Mais au moment décisif, l’accord avance et, in fine, sera effectif ce 1er mai au grand malheur de nos agriculteurs français.
Si, comme le gouvernement le proclame, la France est réellement opposée à cet accord, pourquoi celui-ci entre-t-il malgré tout en application provisoire ? Pourquoi n’a-t-on pas construit à temps une minorité de blocage solide ? Pourquoi laisse-t-on la Commission aller au bout de sa logique ? Pourquoi se résoudre à accepter cette décision avec vassalité ?
On ne peut pas, à Paris, dire aux agriculteurs que l’on comprend leur colère et, à Bruxelles, laisser passer des décisions qui aggravent cette colère. Les agriculteurs français ne demandent pas des discours de compassion, ils demandent des actes de protection. Dans cette affaire, il y aura eu une impuissance française, et peut-être davantage : une résignation. Le gouvernement semble avoir accepté que le sort de ceux qui nous nourrissent soit décidé ailleurs.
Il ne faut pas occulter, non plus, que le Brésil est une grande puissance industrielle, notamment dans le domaine aéronautique, et vient concurrencer nos entreprises européennes avec un salaire minimum de 277 euros par mois pour le travailleur brésilien.
La France ne doit pas être un commentateur attristé de décisions européennes qu’elle prétend désapprouver. Elle doit redevenir un acteur capable de bloquer ce qui menace ses filières stratégiques.
G. M. Faut-il espérer quelque chose, du côté de la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne ?
C. B. Il faut utiliser tous les leviers disponibles, y compris la Cour de justice de l’UE. Mais il ne faut pas mentir aux Français : une procédure juridique ne remplace pas un combat politique.
Le Parlement européen a voté, en janvier dernier, une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne sur la compatibilité de l’accord avec les traités. Cette saisine peut créer un obstacle, ralentir le calendrier, mettre en lumière les failles du texte. De son côté, la Pologne a annoncé vouloir contester l’accord devant la Cour de justice en invoquant, notamment, les risques pour les agriculteurs, la sécurité alimentaire et les intérêts du marché intérieur.
Mais il ne faut pas tout attendre des juges européens. La saisine peut être utile, mais elle ne doit pas devenir un prétexte pour dire « Attendons la décision de la Cour de justice » pendant que l’accord s’applique. Le combat doit continuer maintenant, dans les États membres, au Parlement européen, dans l’opinion publique et auprès des filières concernées.
G. M. Faut-il s'attendre à voir arriver les produits du Mercosur dans les toutes prochaines semaines sur le marché européen ? Et si oui, dans quelles proportions ?
C. B. L’effet économique commence dès l’ouverture du marché. Les opérateurs ont eu le temps d’anticiper, les importateurs s’organisent et les prix sont mis sous pression. L’application provisoire signifie, notamment, des réductions ou suppressions de droits de douane sur plusieurs produits, avec une ouverture accrue du marché européen à certains produits alimentaires sud-américains. Même quand les volumes sont limités par des quotas, cela suffit à déstabiliser des filières fragiles, parce que les marchés agricoles se jouent parfois à quelques points de prix avec des produits qui, en outre, ne sont pas aux normes européennes.
Un volume supplémentaire de viande bovine, de volaille, de sucre ou d’éthanol produit à moindres coûts pèse sur la baisse des cours et affaiblit les producteurs européens.
Le sujet n’est donc pas seulement de savoir combien de tonnes arrivent, dans les prochaines semaines. Le sujet est de savoir pourquoi l’Europe accepte d’importer ce qu’elle interdit à ses propres agriculteurs de produire dans les mêmes conditions. C’est cela, l’injustice fondamentale et révoltante de cet accord. Il organise une concurrence déloyale au détriment de ceux qui nourrissent le pays. Et à force de fragiliser nos producteurs, on détruit notre souveraineté alimentaire.
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63 commentaires
Ce sera court. De tout ce que je lis et partage il n’y a qu’un choix possible et urgent pour « sauver » la France: FREXIT d’urgence …
Je ne comprends d’ailleurs pas que des partis comme le RN n’y adherent pas …
Ps: le MERCOSUR est deja en place depuis de nombreuses annees il n’y a qu’a lire les provenances de beaucoup de produits a l’etalage et de composants industriels …
Parfaitement observé.
Tout-à-fait d’accord avec vous. Il n’y a qu’un choix possible pour sauver la France : le Frexit. Le pire, c’est que tous les politiques français le savent. Quelle bande d’hypocrites et d’arrivistes ! S’il peut se présenter, je voterai pour François Asselineau (UPR).
Une personne sérieuse, de bon sens, peut parler » d’impuissance » de nos élites. « On » dit souvent, ils sont incompétents, déconnectés etc Certes, mais, in fine, ils savent ce qu’ils font ( et défont aussi ). Mercosur, accords avec ? l’Australie également, et d’autres qui arriveront. Tout en parlant de protéger » l’espace européen » ( en même temps ). A défaut de stopper cette incroyable dynamique, il y a du mouron à se faire ( pour nos paysans, industriels etc )
Une Impuissance française? Pas « une » mais « des » et cela fait près de 10 ans que cela dure. Et cette maladie est très contagieuse : Europe, USA,…
J’ai posé la question de savoir si l’UE devait adhérer au Mercosur à 3 sites d’IA. Les 3 sites ont répondu NON.
Si l’intelligence artificielle refuse et si nos gouvernants acceptent, c’est qu’ils appartiennent à la stupidité naturelle. CQFD.
Non le gouvernement a baissé la culotte comme d’habitude dans notre France de mollassons.
Faut-il envoyer la Royale pour détourner ces supertankers qui viennent nous couler ?
Il est fort regrettable que le RN refuse de sortir de cet escroquerie qu’est l’europe. Je crois que ce parti, à force de vouloir ressembler aux autres, révèle son incapacité à diriger la France vers son redressement. Les dernières positions de J Bardella confirmées par M Le Pen, à propos de la taxation extraordinaire de Total sur de prétendus bénéfices, sont la preuve flagrante de l’europeisme du RN.
Il faut au maximum et tant que possible boycotter leurs produits mais je crains que si ça marche que l’UE fera tout pour faire supprimer les étiquettages de provenance des produits , ils en sont là car VDL est une pourrie de première et roule pour son pays en priorité rien que pour vendre leurs « panzers » aux Sud -Américains , il fallait taper du poing sur la table et même menacer de quitter l’UE si elle persistait mais Macron est un petit joueur en politique , on le flatte et on a tout , il suffit de faire semblant de lui donner de l’importance , il donnerait la France rien pour son ego , il est dangereux et ça depuis 2017
, il donnerait la France rien pour son ego ………………mais l’a fait et continue
Christophe Bay,
Je suis désolé mais c’est pas sérieux comme discours.
Le Mercosur ça fait depuis 20 ans qu’il est sur la table, et vous nous faites croire aujourd’hui qu’on n’en connaissait pas les effets ?
Ooooh, comme c’est bizarre !
Bisounours ? Complices ? Impuissants ?
Un peu de tout ça sans doute.
Harmonisation ….excellente blagounette. Ici à la frontière franco belge ce sont les belges qui exploitent les terres françaises agricoles car eux manquent de terres labourables et nous d’exploitants agricoles de part le vieillissement des paysans . Les Belges ont le droit d’utiliser quelques produits phytosanitaires interdits par contre aux Français mais autorisés outre quievrain…sauf que les Belges les utilisent sur les terres françaises qu’ils louent en toute légalité de part le fermage …elle est pas belle l’harmonisation de l’agriculture européenne ?
Elle apporte tellement à la France, l’Europe. MERCOSUR, quotas d’immigrants, normes pour nos agriculteurs, lois, obligations de fixer le prix de notre électricité sur celui du gaz pour faire plaisir aux Allemands, obligation de lui verser chaque année 27 milliards pour n’en récupérer que 11. C’est vrai qu’avec 3 600 milliards de dettes on a les moyens… On aurait tort de s’en priver.
Bla bla-bla-bla….dès que les entrecôtes brésiliennes arriveront à des prix défiants toute concurrence française dans les rayons boucherie Leclerc , vous verrez que le Patriote économique lambda oubliera le mercosur et ses effets mortifères sur l’Agriculture française .
Responsable des approvisionnements boucherie pour une enseigne d’hypermarché il y a qq années j’ai acheté des tonnes de viande bovine et ovine made in UK et Irlande , personne ou presque n’y a trouvé à s’indigner , surtout pas Nicolas dont les fins de mois commencent le 20
Ce sera gagnant pour le Brésil , l’argentine, l’importateur, le grossiste , le détaillant , le consommateur…et il y aura de plus en plus de suicides d’exploitants agricole en France jusqu’à extinction des derniers . Macron le sait et comme il n’aime ni les français en générale ni les paysans en particulier, que voulait vous qu’il puisse s’indigner ?
Vous avez raison, mais le problème est qu’on va trouver sur les étals des viandes élevées dans des conditions d’hygiène et avec des produits phytosanitaires interdits à nos éleveurs pour des raisons de santé publique. Là où Nicolas va être heureux pour son portefeuille aujourd’hui il risque de pleurer demain pour ses dépenses de santé qui, comme on le sait, sont de moins en moins remboursées.
Encore faudrait-il que ces interdictions soient à motif de santé publique, ce qui n’a rien d’évident. Sinon, les autres pays européens y seraient soumis, et, apparemment, en l’état ils ne semblent pas plus malades que nous.
Vous avez raison ,simple bon sens !! Nous vivons le jour le jour sans aucune projection à long terme ,reflet d’un pays qui survit et qui est content d’avoir passé un jour de plus !!
L’UE est-elle démocratique ?
Non, car quand les peuples, ou leurs représentants au Parlement, votent, la Commission s’en affranchit. Les peuples votent mal donc on les contourne. Hein Sarko avec le traité de Lisbonne !
Il y a toute une classe politique qui méprise totalement les peuples, à commencer par Macron.
Aucune surprise que les Français votent de moins en moins.
Et notre cher Président a été prêcher en Andorre avec tout de même quelques menaces déguisées afin que l Andorre s associe avec l UE. Je connais un peu ce pays et J espère qu ils ne céderont pas car ce sera terminé la tranquillité car il fait bon d y vivre.
L’idée que l’on a entré dans la tête des des français, grâce aux médias, que sarkosy leur avait volé leur référendum, est telle ,qu’ils n’ont même pas accepter que le traité de Lisbonne ait été voté légalement, après accord du Conseil Constitutionnel par une forte majorité de l’assemblée nationale et du sénat !
Il circule cette information incompréhensible sur la trahison de Sarkozy au sujet du traité de Lisbonne…
Nul Président en France n’a jamais eu le pouvoir de ratifier un tel traité !
Pour la ratification d’un traité, la représentation populaire est seule capable à la majorité des trois /cinquième (ou 60% des votants) de valider une telle décision. La réunion des parlementaires en Congrès s’est ainsi tenue à Versailles et le vote a eu lieu : Sur les 907 parlementaires inscrits 181 ont voté contre la ratification, ce qui indique que plus de 80% des parlementaires ont voté pour ce traité.
« Groupe Patriotes pour l’Europe » : en voilà, un bel oxymore et une belle hypocrisie !
Autant dire « Groupe Patriotes pour la soumission à l’impérialisme de l’union européenne et pour la disparition des nations, donc de la France, par dissolution ».
L’union européenne est une puissance supranationale qui s’impose aux nations. Elle est donc, PAR NATURE, anti-démocratique car elle ne peut pas obéir à la souveraineté de chaque peuple qui ont des intérêts – et donc des volontés – différents. Elle le montre tous les jours, seuls les autruches ou les hypocrites refusent de le voir. Elle est à fuir et à combattre, comme tout impérialisme, forcément totalitaire.
Nota : ceux qui disent « l’Europe » pour dire l’ « union européenne » utilisent un artifice sémantique pour duper : l’Europe est un continent, il est donc légitime de reconnaître qu’on en fait partie, c’est un fait géographique, sans plus. L’union européenne est un empire, et comme tous les empires dominant les nations, elle est et restera toujours totalitaire, sauf à donner le prima sur les nations, c’est-à-dire, sauf à accepter de disparaître.
Vive le frexit, vite ! avant la disparition de la France, comme on a connu la disparition de la Gaule dissoute dans l’empire romain.
Bravo!
« difficile à remettre en cause ensuite. » selon Christophe Bay. Il suffit de ne pas passer de commandes. Pas de « sous », pas de produits. C’est la loi suprême de tout marché. L’Etat en sait quelque chose puisque nos industriels de l’armement attendent les commandes avant de s’engager.
Ursula aux commandes, allemande, et Macron son larbin, en soumission, deux paramètres qui ne nous permettront jamais de retrouver un redressement, du dynamisme et de la souveraineté, tant alimentaire qu’énergétique, deux nerfs essentiels de la guerre économique.