Sauf si vous avez passé le dernier demi-siècle au fin fond de la jungle de Papouasie – et encore ! -, vous connaissez sans doute par cœur Rabbi Jacob, mille fois, ou presque, regardé en famille devant votre téléviseur. Donc, on vous épargnera un résumé des aventures de Victor Pivert, ce chef d’entreprise acariâtre et quelque peu raciste, comme on devait l’être encore à l’époque en France, incarné par Louis de Funès. Film qui fêtait, ce 18 octobre, les cinquante ans de sa sortie. C’était donc en 1973.

Au moment de sa sortie, attaques et détournement d'avion

Quelques jours avant la sortie du film, le 6 octobre, Égyptiens et Syriens avaient attaqué par surprise Israël, en lançant leurs troupes simultanément dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan. Passée la surprise, Israël reprit rapidement le dessus et, le 24 octobre, après une de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, un cessez-le feu intervenait entre les belligérants. À cette époque, le « machin » servait visiblement encore à quelque chose. On s’éloigne de Rabbi Jacob, me direz-vous, mais il n’est peut-être pas inutile de « recontextualiser », comme on dit de nos jours. D’autant que, à l’époque, un drame vint assombrir la sortie du film, justement à cause de ce conflit israélo-arabe. Une jeune femme âgée de 35 ans détourna un Boeing d’Air France sur la ligne Paris-Nice. L’affaire se termina mal à Marignane car la femme fut abattue par les policiers du GIPN. Pourquoi ce détournement ? Cette femme, pourtant convertie à la religion israélite après son mariage avec un Juif, voulait protester contre la sortie de Rabbi Jacob. Dans une lettre rédigée dans l’avion et remise à une hôtesse, elle exigeait que « toutes les bobines de Rabbi Jacob soient mises sous scellé et projetées lorsque les Israéliens et les Arabes ne mourront plus ». Le mari de cette femme n’était autre que Georges Cravenne, né Cohen, un publicitaire, chargé par le réalisateur du film, Gérard Oury, d’assurer la promotion du film. Le film sortit quand même et, depuis, Israéliens et Arabes continuent de mourir dans cette région du monde, grande comme à peine la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, une région que l’on appelle Terre sainte et qui est aussi celle du Talion. Et cinquante ans après, quasiment jour pour jour, le Hamas a lancé une attaque terroriste sans précédent sur Israël. Un conflit qui s’invite chez nous de multiples manières, comme on a pu le voir ces derniers jours : entre drame d’Arras, multiplication des actes antisémites et éclatement de la NUPES.

Rabbi Jacob, victime collatérale du conflit Hamas-Israël ?

Rabbi Jacob lui-même fait désormais partie, comme il faillit l’être en 1973, des victimes collatérales de ce conflit Hamas-Israël. Ainsi, à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), l’exposition de photographies, d'affiches et correspondance consacrée aux cinquante ans du film a été annulée (on dit « reportée »), nous apprend La Provence sans trop d’explications. On devine que c’est « en raison du contexte », comme on dit aujourd’hui. Le quotidien régional a chopé au vol la réaction de quelques passants : « On n’a pas tellement envie de rire avec ces horreurs. » Donc, on fait quoi : on arrête de rire partout en France ? Faudra leur dire qu'on risque de plus beaucoup rire, si ça continue comme ça... « Mourir de rire, c'est possiblement vrai, d'ailleurs la preuve en est que les gens n'osent plus trop rire ! », chantait Jacques Brel... Sinon, c'est tout, pas d’autres réactions ? Personne pour dire que les raisons n'ont peut-être rien à voir avec une question de décence, avec ce qui pourrait ressembler à ce qu'on appelait autrefois un délai de viduité ? Aucun de ces passants pour faire remarquer que c’est peut-être dangereux, dans ce pays, d’organiser une exposition qui pourrait être la cible d'islamistes ? Et pour reconnaître qu'avec ces petits renoncements, ces islamistes ont déjà gagné. Personne, vraiment ?

Alors, maudit, ce sacré Rabbi Jacob ? Comme les quelque 7.295.727 spectateurs qui ont vu le film en salle, sans compter ceux qui l’ont vu, revu. Ou qui le verront encore à la maison comme, par exemple, dimanche prochain, sur France 2. Sauf si…

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19 octobre 2023 à 17:10

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18 commentaires

  1. Le problème est qu’avec l’âge, comme c’est parfois le cas des articulations…le rire grince !

  2. La main la plus sanglante dans le massacre actuel des Palestiniens et des Israéliens appartient, non pas au Hamas ou au gouvernement Netanyahou, mais à l’Occident. Depuis plus de 75 ans, Israel viole et bafoue constamment la résolution 242 de l’ONU avec la bénédiction des USA et de l’Occident. Au cours des 16 dernières années, le soutien occidental à Israël n’a pas faibli, alors même qu’Israël a transformé l’enclave côtière de Gaza, qui est devenue la plus grande prison à ciel ouvert du monde, en une effroyable chambre de torture. Les politiciens occidentaux n’ont, à maintes reprises, rien fait pour intervenir, rien fait pour exercer une pression significative. Pire, ils ont récompensé Israël en lui apportant un soutien militaire, financier et diplomatique sans faille.

    1. il n’a jamais été possible de faire la paix entre eux et des extrmistes comme aujourd’hui mettent de l’huile sur le feu . l’Allemagne et la France on fait la paix

    2.  » alors même qu’Israël a transformé l’enclave côtière de Gaza, qui est devenue la plus grande prison à ciel ouvert du monde, en une effroyable chambre de torture. » Savez-vous que dans Gaza il existe (ou existait) plusieurs hôtels de luxe qui accueillaient de riches touristes? Sacrée prison!

  3. La subtilité de ce film est qu’il a fait rire le monde car tout fini bien pour les uns comme pour les autres. Quand les bouffes curé ridiculisent l’église catholique celle n’a jamais envisagé la lutte Armée et au fil du temps tout ce calme . Patience et longueur de temps font plus de Force que de Rage !!!

  4. Quand j’étais enfant, mon père nous avait interdit de regarder ce film : il donnait une piètre image de l’armée (comme la 7eme compagnie), des français déjà décrits comme des racistes primaire, les institutions de l’état était dévoyée dans un carrousel grotesque sur la cour des invalides, on cherchait à nous rendre sympathiques des protagonistes qui s empoignaient terriblement par ailleurs en Palestine. J’ai vu ce film plus tard à l’âge adulte. J’en ai ri quelquefois, disons le. Mais je remercie mon père de m’avoir donné du recul. Je ne suis pas sûr que ce soit un chef d’œuvre.

  5. À quelque chose malheur est bon puisque le conflit israélo palestinien a favorisé l’éclatement de cette union contre nature : la NUPES, avec en arrière plan la descente aux enfers d’un certain Mélenchon qui, dans un autre pays que la France, serait sous les verrous lui et sa clique LFI.

  6. Avons nous a supporter chez nous les problèmes d’ailleurs ? Avons nous trop d’ailleurs chez nous. ?

  7. Le conflit israélo-palestinien est effectivement une histoire de famille compliquée par la venue en masse en Israël de « cousins » de l’est de l’Europe. Et chacun sait que les embrouilles de famille peuvent impacter plusieurs générations. Le malheur dans le cas présent est que la haine est alimentée régulièrement par des conflits meurtriers agrémentés parfois de barbarie ordinaire. Est-ce une raison pour renoncer? certainement pas.

  8. Comme le dit une réplique du film entre le complice arabe de Pivert et un jeune rabbin : »nous sommes un peu cousin ! ».
    Abraham était pourtant le père d’Isaac et d’Ismael. Pourquoi tant de haine depuis ?

  9. Ce n’est pas la peine d’évoquer le parcours du film en question, le problème Israëlo-Palestinien, à pour origine les deux demi frères fils d’Abraham, leur haine réciproque n’a jamais faibli, le fait de créer l’état d’Israël à été l’allumette dans la baril de poudre et sans justifier quoi que ce soit cela peut se comprendre. Donc résultat, ce que l’on voit aujourd’hui dans cette région était prévisible depuis 1948, il est illusoire de penser qu’on peut aboutir à des accords de paix, ou à deux nations cote à cote vivraient en paix, d’ailleurs ce serait pour qui les zones désertiques et pour qui les zones et terres riches? Qui plus est lorsqu’une des deux parties ne pense qu’à DÉTRUIRE définitivement son ennemi et rayer son pays de la carte, comment peut-on faire un accord et sur quoi? C’est pourquoi, je pense qu’Israël, ira jusqu’au bout de son action car il sait très bien que s’il ne la fait pas il est mort, surtout si l’Iran accède à l’arme nucléaire, il faut le neutraliser avant, je vous laisse imaginer, la gravité et la durée de ce conflit, qui va provoquer une vague d’attentats en occident.

  10. 1973, 2023, 50 ans et on ne pourrait plus faire « ça » !
    Impossible de même imaginer ce qui reste du monde du cinéma français oser en faire autant et réussir à faire rire tout le monde.
    Toutes les « associations-pompes-à-fric-gauchistes » tomberaient sur le dos des producteurs, acteurs, etc., une vraie hécatombe ce serait.
    Tous ces gens-là, ces bobo-gaucho, ces gardiens de la « Kulture façon Jack Lang », ont tué le rêve, on tué le rire, ont tué le cinoche !

  11. Super article qui démontre bien que pour certains tous les prétextes sont bons pour protester , tuer etc ….

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