Dans la cité phocéenne, après un règne sans partage de l’inépuisable Jean-Claude Gaudin, les couteaux se sont aiguisés et la campagne pour la succession s’est révélée plus trépidante qu’une saison de Game of Thrones.

Coté LR, le parti de la majorité est arrivé en ordre dispersé avec deux listes. La première dirigée par Martine Vassal, dauphine adoubée par Gaudin, et la seconde menée par le sénateur LR Bruno Gilles, sous l’étiquette divers droite. Au RN, c’est évidemment le sénateur Stéphane Ravier qui mène la liste RN.

En face, la gauche n’est pas passée loin de la catastrophe pour, finalement, parvenir à présenter une liste d’union (Le Printemps marseillais) menée par l’écologiste et totalement novice en politique Michèle Rubirola. En candidate esseulée, l’élue ex-PS Samia Ghali à la tête d’une liste divers gauche.

Comment est élu le maire de ?

Divisée en arrondissements, Marseille est donc composée de huit mairies de secteurs. Les élus de ces conseils municipaux forment donc le Conseil de la ville qui, à son tour, élit le maire de Marseille. L’édile phocéen est donc élu par les conseillers lors d’un « troisième tour ».

Qui pour succéder à Jean-Claude Gaudin ?

Le résultat du premier tour est à la hauteur de la réputation politique de la ville. Michèle Rubirola arrive en tête avec 42 conseillers élus, suivie par Martine Vassal (39 conseillers), Stéphane Ravier (9), la dissidente de gauche Samia Ghali (8) et le dissident LR Bruno Gilles (3).

La ville compte donc 101 conseillers, et avec seulement 42 élus, Michèle Rubirola dispose d’une majorité relative. Elle devra donc trouver neuf voix supplémentaires pour l’emporter d’une seule voix d’écart.

À droite, on a assisté, ce jeudi 3 juillet, à un coup de tonnerre puisque le dissident Bruno Gilles a accepté de soutenir la liste de Martine Vassal avec ses trois élus à la condition que Martine Vassal renonce au poste de maire et que l’on nomme un autre candidat. C’est finalement le député LR Guy Tessier qui représentera la droite. Exit Martine Vassal et égalité parfaite entre Rubirola et Tessier, avec 42 élus chacun.

Ghali et Ravier : arbitres malgré eux ?

Puisque la candidate dissidente de gauche et le candidat RN disposent, respectivement, de huit et neuf voix, le choix du maire sera issu de leurs rangs. Le suspense reste entier, Stéphane Ravier, présent au troisième tour, n’a aucune chance d’être élu maire. Il a, d’ailleurs, perdu sa mairie de secteur, la seule estampillée RN. En revanche, personne n’est à l’abri d’une décision personnelle de tel ou tel colistier qui verrait d’un mauvais œil l’arrivée d’une gauche écologiste à la mairie. « C’est un choix cornélien, précise un connaisseur du RN Marseillais. Un mandat de gauche écologiste permettrait au RN de s’imposer comme opposant de premier plan. En même temps, sont-ils prêts à abandonner la ville à la gauche ? »

Les négociations sous tension

Mais la nomination du député LR Guy Tessier à la place de Martine Vassal ne fait pas que des heureux. Lionel Royer-Perreaut (LR) réélu maire dans les 9e et Xe arrondissements de Marseille a annoncé sa candidature au siège de Jean-Claude Gaudin en dénonçant les « négociations avec le RN » en cours que mènerait Guy Tessier. Pour Royer-Perreaut, hors de question de s’allier avec le RN. Hors de question aussi de soutenir Tessier qui a été choisi unilatéralement par Martine Vassal d’après lui. Sur ce plan, il peut compter sur un soutien de poids : celle de Renaud Muselier, le Président LR de la région PACA. Pour Muselier « toutes les discussions sont souhaitables en vue du rassemblement pour un projet d’avenir. Toutes, sauf une: négocier avec le RN ! Avec la droite républicaine et le centre, nos valeurs ne sont pas négociables. Je serai intransigeant. »

La Région s’en mêle encore…

Il faut dire que en PACA, la stratégie est simple pour les LR : l’ennemi régional principal c’est le RN ! Même si cela doit avoir pour prix de laisser des villes à la gauche (voir l’enquête sur Carpentras). Muselier s’immisce donc dans la campagne en égratignant le camp de Martine Vassal et en adoubant « son » candidat.
Stéphane Ravier a de son coté confirmé que des négociations étaient en cours. « Persuadé que ni Rubirola, ni Vassal ne représentent un espoir pour Marseille ». Il est prêt à signer un « pacte Marseillais » pour « battre l’extrême gauche » incarnée par Michèle Rubirola. En clair, Ravier offre-t-il à Guy Tessier la voix des neufs conseillers élus RN ? Soit la majorité absolue pour Tessier (51 voix sur 101).
Un pacte tentant pour les LR mais qui exclurait toute tentative de récupération des voix de Samia Ghali. Une proposition que Guy Tessier a refusée ce jeudi soir, sous la pression des LR. Le candidat a donc annoncé qu’il rejettera toute alliance avec le RN. Reste maintenant à convaincre Lionel Royer-Perreaut de retirer sa propre candidature. Une candidature qui ôte potentiellement à Teissier le soutien de 11 conseillers LR. Affaire à suivre.

 

Mis à jour le 3 juillet

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