Le premier débat télévisé opposant les deux finalistes à l’élection présidentielle remonte à 1974. À droite, Valéry Giscard d’Estaing. À gauche, François Mitterrand. Un grand show. Vingt-cinq millions de spectateurs plantés devant la télé. Pour une première, c’était un succès. Les sommets d’audience furent cependant atteints en 1981 et 1988 lors des débats Giscard-Mitterrand et Mitterrand-Chirac : 30 millions de téléspectateurs ! À titre de comparaison, en 2017, le débat Le Pen-Macron ne réunit que seize millions de téléspectateurs.

Pourquoi une telle dégringolade d’audience en 43 ans ? En 1974, la France se contentait de trois chaînes de télévision alors qu’en 2017, l’offre de divertissement est infinie, Internet aidant. La désaffection des Français pour la politique ? En 1974, 12,7 % d’abstention au second tour, contre 25,44 % en 2017. 26,7 millions d’électeurs pour 30,6 millions d’inscrits, au second tour de 1974. 35,4 millions d’électeurs pour 47,5 millions d’inscrits, au second tour de 2017. En 43 ans, la France a gagné près de 17 millions d’électeurs mais seulement 8,7 millions de plus se sont déplacés au second tour.

En tout cas, on connaît bien, quand on s’intéresse un peu à la vie politique française, ces duels de seconds tours dont certains sont devenus mythiques : Giscard-Mitterrand, Giscard-Mitterrand (bis), Mitterrand-Chirac, Chirac-Jospin, Sarkozy-Royal, Sarkozy-Hollande, Le Pen-Macron.

On connaît moins, ou plutôt on a un peu oublié les journalistes qui animèrent ces débats. 1974 : Jacqueline Baudrier, Alain Duhamel (déjà lui). 1981 : Jean Boissonnat, Michèle Cotta. 1988 : Michel Cotta (bis), Élie Vannier. 1995 : Alain Duhamel (encore lui), Guillaume Durand. 2002 : personne, pour les raisons que l’on sait… 2007 : Patrick Poivre d’Arvor, Arlette Chabot. 2012 : Laurence Ferrari, David Pujadas. 2017 : Christophe Jakubyszyn, Nathalie Saint-Cricq. Toutes ces personnes avaient en commun d’être journalistes. Journalistes politiques, comme on dit.

Et pour 2022 ? Marlène Schiappa a sa petite idée. et Michèle Cotta, dans la série jamais deux sans trois ? Pas du tout, les bolos ! Non, Cyril Hanouna. Ah oui, quand même ! Il n’est pas journaliste mais animateur. C’est là qu’on voit qu’on a changé de paradigme, comme on dit quand on veut faire genre. Un bouquin à écrire : Un demi-siècle de débats présidentiels, ou de Jean Boissonnat à . Vous me direz qu’étant donné le peu de considération que les Français semblent porter aux journalistes, à tort ou à raison, il n’y a pas de quoi s’étonner.

Cela dit, pour relancer une série télévisée qui s’essouffle, pourquoi pas. Hanouna, en plus, même s’il n’a jamais interviewé le roi des Belges comme Stéphane Bern, il sait quand il faut ou pas mettre des nouilles dans le slip d’un invité. Mais pour Marlène Schiappa, Hanouna, c’est pas pour faire monter l’audience et faire du buzz. Du tout. C’est parce « c’est quelqu’un de brillant, qui connaît la société française ». Sans doute. Et puis – ça, ça n’a pas de prix -, c’est « grâce à lui » si le gouvernement a ouvert les yeux sur Génération identitaire en invitant la porte-parole Thaïs Descufon sur le plateau de « Touche pas mon poste ». Alors là, on peut pas lutter. Arlette Chabot peut se brosser et faire valoir ses droits à pension à jouissance immédiate. Bien évidemment, ne pencherait pour aucun candidat.

Donc, on a déjà un candidat pour animer le débat du second tour. Michel Drucker étant un homme, ce sera pas possible pour lui. Dommage. Comme on a visiblement ouvert le « champ des possibles », pourquoi pas Camélia Jordana ? Reste plus qu’à désigner les candidats finalistes. Là, c’est une autre paire de manches…

23 avril 2021

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