Editoriaux - Politique - 5 juin 2019

Marion Maréchal, ou l’oiseau d’Athéna

Ce 2 juin, Marion Maréchal fut interviewée longuement dans l’émission « En toute franchise » de LCI. Son intervention fut remarquable tant sur la forme que sur le fond.

Sur la forme, tout d’abord : elle a renoué avec le calme et la dignité qui l’animaient lors de l’annonce de sa démission du FN sur TV Libertés. Par la suite, sans doute galvanisée par le succès des populismes en Occident et l’émergence des gilets jaunes, son attitude pouvait passer, aux yeux de certains, comme un peu plus rude. Ce nouveau comportement lui aurait porté, à terme, préjudice face à des Français éreintés par l’hystérie politico-médiatique ambiante. Peut-être que la tempérance et la hauteur de vue du très populaire François-Xavier Bellamy lui servirent de modèle.

Sur le fond, ensuite, Marion Maréchal n’a pas voulu s’appesantir sur le débat sur l’IVG (pour lequel elle a déclaré : “je ne suis pas et n’ai jamais été pour l’interdiction de l’IVG”) sans doute pour ne pas accentuer les clivages entre des français divisés économiquement entre le libéralisme et une société plus solidaire, mais unis par les défis sécuritaires. C’est grâce à la convergence des Français sur la préservation de l’identité que Marion souhaite les réunir, tout en les rassurant sur la nécessité d’une économie plus libérale couplée à une grande politique industrielle et de revitalisation des territoires.

Si Marion Maréchal maintient son cap, il est tout à fait probable qu’elle soit élue en 2022 ou en 2027, en captant les électorats populaires du RN et du centre droit de LREM ; d’autant plus que leur chefs respectifs sont peu appréciés, leur succès aux européennes résultant surtout d’un vote utile pour ou contre les gilets jaunes.

Si elle devient Présidente, elle sera notre Donald Trump avec sa grandeur et ses limites. Sa grandeur, car comme lui, en dérégulant les normes entravant la liberté d’entreprendre, en baissant les charges et en œuvrant pour un protectionnisme européen contre la concurrence déloyale de la Chine ou de l’Amérique, elle revigorera une économie qui facilitera l’assimilation.

Ses limites aussi, car comme Trump, sa volonté de stopper l’immigration ne pourra enrayer le basculement démographique au profit des allogènes du fait d’une dynamique des naissances qui leur est favorable. Plus encore, un inversement des flux migratoires ou une lutte en profondeur contre l’islamisation provoqueront sans doute un embrasement des banlieues additionné à une résurgence du terrorisme, engendrant une situation politique délicate, aggravée par la perte du soutien, à travers le vote sanction, des couches vieillissantes et embourgeoisées des centres urbains, encerclés par les zones de non-droit, afin de préserver leur confort personnel.

Par conséquent, selon moi, elle ne pourra éviter la partition territoriale qui existe déjà de fait. Néanmoins, son service sera-t-il vain ? Je ne le crois pas car sa sincérité, son souci de ses compatriotes et son amour de la France panseront l’âme de ce peuple meurtri par un demi-siècle de culpabilisation castratrice et insufflera au sein des nouvelles générations de Français de sang ou de cœur, débarrassées à terme du joug léthargique des papys-boomers, un sentiment patriotique nécessaire à la reconquête des territoires colonisés.

Comme l’écrivait Dominique Venner, préalablement à la renaissance des peuples, « intervient toujours de façon décisive l’effort acharné de quelques “porteurs maudits de forces créatives”, ceux qui voient clair dans l’obscurité, à la façon de la chouette, emblématique symbole d’Athéna ».

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