Mercredi après-midi, l’Assemblée nationale s’apprête à entériner définitivement la loi Avia qui déléguera aux GAFA la censure des contenus considérés comme « haineux » circulant sur le Net. Une loi qui met gravement en péril la liberté d’expression, à l’initiative de la députée LREM Laetitia Avia qui, par ailleurs, fait parler d’elle aujourd’hui, si l’on en croit Mediapart.

Réaction de Marine Le Pen pour Boulevard Voltaire.

L’Assemblée nationale est en train d’entériner la loi Avia. Beaucoup pensent que c’est un ultime coup de burin à la liberté d’expression. Partagez-vous cette opinion ?

C’est plus qu’un coup de burin, c’est le dernier clou dans le cercueil. Le juge est totalement exclu de la protection de la liberté d’expression. Normalement, la liberté d’expression est totale. Elle ne peut être limitée que par la loi. Par définition, uniquement les juges peuvent faire appliquer la loi. Or, par cette loi, le gouvernement décide de sous-traiter la censure aux GAFA. Il faut être censuré, mais comme ils ne souhaitent pas le faire eux-mêmes, car cela nécessite d’assumer ses actes, ils font le choix de sous-traiter aux GAFA le soin de censurer les contenus dit « haineux », dont personne n’est capable de connaître précisément les contours. C’est donc une violation, peut-être la plus grave depuis deux cents ans, de la liberté d’expression qui est une des grandes libertés en France.

Cette violation est portée par Laetitia Avia, dont Médiapart a opportunément révélé la gestion de son équipe parlementaire. Laetitia Avia est-elle la bonne personne pour porter ce projet de loi ?

Personne n’est la bonne personne pour porter un projet de loi tel que celui-là. Mme Avia et moi-même avons discuté de ce qui était ou non un contenu haineux. Si je l’appelais Mme Tartuffe, s’agirait-il d’un contenu haineux ou d’une très belle référence littéraire. Il y avait, manifestement, une différence entre son discours et ses actes. Elle ne m’a pas répondu…

Damien Abad et l’intégralité du groupe Les Républicains vont voter contre le projet de loi. Vos arguments et ceux de La France insoumise ont-il réussi à faire pencher vos collègues en votre faveur ?

Sur les sujets tels que cela, on ne peut pas jouer les girouettes. Soit on est convaincu, soit on n’est pas convaincu de la liberté d’expression. Mais on ne peut pas se laisser convaincre de défendre la liberté d’expression. De la part des Républicains, je crois que nous assistons à une ultime démonstration de leur absence de conviction sur aucun sujet. Leur position de vote est une position opportuniste, au sens premier du terme.
Il y a des grandes libertés dont on ne peut pas dire « je vais voter pour sa disparition le lundi, et finalement je vais peut-être voter pour son maintien le mardi ». Ou alors d’autres considérations rentrent en ligne de compte et ne touchent pas à la conviction profonde qu’ils devraient avoir. La liberté d’expression est un bien éminemment précieux sans laquelle il n’y a pas de démocratie. Sans liberté d’expression, il n’y a plus de liberté de jugement et, donc, plus de démocratie.

Beaucoup pensent que cette loi ne passera pas au niveau du Conseil constitutionnel, du fait de la définition juridique d’un propos haineux. Selon-vous, le Conseil constitutionnel pourrait rejeter cette loi ?

Je le souhaite, car si le Conseil constitutionnel ne rejette pas cette loi, je ne comprends pas. Même le Parlement européen, qui n’est pas connu pour être particulièrement attaché à quelque liberté que ce soit, a tiqué. Ils ont trouvé que c’était fort de café. Si le Conseil constitutionnel laisse passer cette loi, alors les Français peuvent se dire qu’ils ne sont plus du tout protégés par leur Constitution.

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