Je suis un pécheur et je n’ai aucune leçon à donner. Je ne suis pas assez pratiquant pour pouvoir me targuer d’autre chose que d’une croyance qui est plus une passion de la transcendance et une détestation des laïcards dogmatiques qu’une foi enracinée.

Il n’empêche que je suis frappé par le nombre de ceux qui, n’ayant pas le moindre lien spirituel avec l’Église catholique, la sermonnent, l’accablent, la dénoncent et la condamnent. Je ne savais pas, à les écouter sur la délinquance et la criminalité de tous les jours, qu’il y avait tant de Français attachés, contre leur habitude, à une si dure répression dans le domaine religieux.

Que des catholiques aient été atterrés par les révélations de ces derniers mois est compréhensible. Un ciblage médiatique sans nuance semble noyer tous les prêtres sous un opprobre, certes justifié par trop de transgressions, mais n’étant pas mérité par une part importante de l’Église encore dans l’innocence au regard de ses vœux et de ses engagements.

Parce qu’il y a de l’odieuse pédophilie, des viols de religieuses, une homosexualité surabondante au Vatican, des liaisons entretenues par des prêtres avec des femmes dans le secret ou dans une apparente discrétion mais connue de tous, une quotidienneté manifestant, pour certains, la fascination et l’emprise d’une sexualité impérieuse, il faudrait, au nom d’un diktat de la société, édicter de toute urgence le mariage des prêtres.

Constituer ceux-ci comme nous tous, les faire ressembler à des personnes quittant leur vie domestique pour rejoindre l’office, tâtant du profane pour appréhender le sacré et offrant un message universel après avoir préparé un pot-au-feu.

Le mariage serait le grand remède. Il n’y aurait peu ou prou, dans l’Église catholique, que des criminels, des malades ou des obsédés qui seraient vite détournés de l’innommable ou de la violation tranquille des règles grâce à l’influence bienfaisante de l’union conjugale évidemment riche d’une progéniture.

Je continue à penser que, si des membres de l’Église catholique ont failli, du plus bas niveau jusqu’au plus haut, en tous lieux et parfois sur un mode criminel qui n’a été que trop longtemps étouffé, beaucoup ont tenté et essaient, le moins mal possible, de respecter ce qu’il y a d’élevé et d’absolu dans une pratique de vie que, pour ma part, j’apprécie et respecte d’autant plus qu’elle n’est pas la mienne.

Pour la pédophilie, s’agissant d’une perversion singulière consubstantielle à l’être qui profite de son statut et de son emprise pour l’extérioriser, il est évident que le mariage ne servira à rien. Seule la justice des hommes doit être saisie, et vite.

Pour les autres dévoiements – ces règles d’inconduite – qui ne sont pas accordés aux règles de rigueur et d’exigence au moins initialement acceptées, il serait illusoire de s’imaginer qu’on redonnerait à l’Église le tonus, la foi et la qualité qui lui manquent en décrétant cette solution de facilité que serait le mariage des prêtres.

Ce serait consentir à s’adapter à la transgression ou au laxisme. D’une certaine manière, il vaudrait mieux avoir une Église combattante, audacieuse, fière d’elle, de ce qu’elle porte et apporte, réduite mais fidèle à la promesse inouïe d’instiller, sans arrogance ni feinte humilité, dans le relativisme du siècle l’étincelle d’un choix d’existence extraordinaire. On n’a pas besoin de l’approuver pour l’admirer s’il va au bout de ce qu’il impose, de ce qu’il s’impose.

Il me semble qu’il convient de casser cette image d’une Église à laquelle la société édicterait ses principes flous et mous pour la rapprocher de notre communauté alors que, croyants ou incroyants, on a besoin de son intégrité nue et pure.

L’obsession, dorénavant, est de nous persuader que le seul ressort, l’unique motivation de la prêtrise serait d’avoir à s’accommoder d’un rapport transgressif, équivoque, trouble ou contraint avec la sexualité. J’espère qu’il n’en est rien.

Pour justifier le mariage des prêtres, on évoque volontiers les couples qui, notamment dans le protestantisme, se conjugueraient parfaitement, dans leur quotidienneté, avec l’incandescence non utilitaire de la religion. Je ne suis pas sûr qu’ils représentent forcément une illustration à imiter.

Entre l’harmonie artificiellement cultivée d’unions – pour ne pas tomber dans le prosaïsme – hors-sol et l’abandon à une conjugalité ordinaire avec ses faiblesses et ses bonheurs, où serait le bénéfice pour une Église catholique enfin recentrée sur l’essentiel, n’étant pas en permanence tentée par ce qu’elle a refusé, récusé avec force sans, pour cela, juger les autres humains engagés sur des chemins diversement profanes ?

À l’issue de ce billet, je me rends compte que j’attends de l’Église catholique qu’elle cesse de courber le dos – la compréhension de ceux qui l’offensent doit avoir des limites – et qu’elle autorise, chez le pauvre pécheur imparfait que je suis, un sentiment d’admiration.

Au fond, mon vœu le plus cher est qu’elle aussi soit transcendante.

Extrait de : Justice au Singulier

30 mars 2019

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