Marcher devant sa compagne, c’est du « micromachisme » !

Le "machisme" au féminin, on en observe tous les jours, mais il n’existe curieusement pas de mot pour cela.
Photo de Thet Tun Aung sur https://www.pexels.com
Photo de Thet Tun Aung sur https://www.pexels.com

Le problème, grave, en ces temps de canicule incendiaire, est soulevé par Le HuffPost : « En vacances ou en balade, marcher dix mètres devant sa partenaire n’est pas anodin, c’est du "micromachisme". » Voilà une vérité révélée qui ne se discute pas. Convoqués par la journaliste Charlotte Arce, psys et sociologues s’évertuent à nous le démontrer.

L’étude commence par un témoignage : une dénommée Camille en a fait la triste expérience avec un micromacho pourtant « assez poli » et même « très galant ». C'est suspect. La suite l'a confirmé : ces qualités, de prime abord, cachaient un fond mauvais : « Il marchait systématiquement devant elle. »

Ils ne font pas d’effort de « care »

Si l’on n’a pas encore trouvé de nom pour les amateurs de barbecue patriarcal, on dénonce, sur TikTok, cette « Man Walking Ahead Theory », c’est-à-dire « la théorie de l’homme qui marche devant ». Pour résumer, un affreux macho égoïste qui refuse de calquer son pas sur celui de la douce et frêle créature qui l’accompagne. On apprend que, précurseur, le média catholique Aleteia s’était déjà penché sur ce sujet crucial, « avançant plusieurs pistes, dont une étonnante : en "passant devant", l’homme s’assurerait ainsi que le chemin est sûr ». Ça, alors !

Cela nous rappelle une anecdote qui remonte cinquante ans en arrière. Un vieil ami, aujourd’hui disparu – et qui fut d’ailleurs l’un des premiers collaborateurs de BV –, fréquentait beaucoup l’Angleterre des années 70, notamment les milieux féministes qu’il étudiait alors. C’est ainsi qu’un jour où il accompagnait une amie au restaurant, il se prit une violente paire de claques. La première beigne parce que, élevé aux mœurs traditionnelles de la bourgeoisie française, il l’avait précédée dans l’établissement ; la seconde pour lui avoir tenu la porte, ce qui était, dit la dame, le signe qu’il la considérait comme inférieure.

Ce que l’on pouvait éventuellement songer à pardonner en ces années post-68, au nom de l’émancipation des femmes, n’est aujourd’hui que le signe d’une insondable bêtise frappée du sceau de l’idéologie. Car une autre piste lancée par Aleteia ne manque pas d’étonner la journaliste du Huff : « Les hommes mesurant en moyenne 13 cm de plus que les femmes, leur foulée est forcément plus grande. » Impensable, toutefois, de croire que ceci expliquerait cela.

Une sociologue urbaniste – ça existe – appelée à la rescousse avance une autre hypothèse, hautement périlleuse : « Au-delà du genre, dit-elle, il faudrait prendre en compte le niveau de forme physique », ce qui amène à cette troublante découverte : « Une personne sportive aura tendance à marcher plus vite qu’une autre qui ne l’est pas. » Et c’est là où l’on découvre que les hommes ne font pas d’efforts de « care » : ils avancent quand leur compagne attend « plutôt de la conversation, de la flânerie… »

La dynamique de domination

Illustration de l’article à l’appui, on comprend que ce reproche de « micromachisme » s’adresse avant tout aux mâles blancs, randonneurs, hommes aux tempes grisonnantes de préférence. Ce sont les mêmes, dit la sociologue, qui se complaisent dans « tous ces petits gestes qui ne sont pas de la violence, mais qui relèvent de la même dynamique de domination : les petites blagues, le mansplaining… »

Arpentant sans doute une ville ou, pour le moins, des quartiers qui échappent au lot commun, Lucie Roussel-Richard, chercheuse à l’université de Caen Normandie, assure que « les femmes n’ont pas la même détermination ni la même aisance à circuler dans la rue » (sic). Cela, car « la société nous a appris que la ville était utilisée par les hommes pour flâner (resic), qu’elle leur appartenait, tandis qu’elle était un danger pour la femme, qui y devient une proie ».

Nous confirmons : des petits gestes de micromachisme, et même souvent de machisme au féminin – il n’existe curieusement pas de mot pour cela –, on en observe tous les jours.

Ainsi, dans notre ville de Toulon, il y a, c’est vrai, beaucoup d’hommes qui flânent. Ils sont même le plus souvent vissés aux terrasses des cafés du cours Lafayette, pour les plus âgés, et vissés aux murs pour les plus jeunes. De là, ils surveillent les épouses et les sœurs qui ahanent sous le voile en traînant leurs énormes sacs de provisions. Ils ne les dépassent certes pas, occupés qu’ils sont à protéger leur vertu.

On voit aussi beaucoup de femmes qui flânent. Entre elles, souvent, et d’autres qui traînent leur mari derrière elle tandis qu’elles font les boutique une à une. Mais là, c’est une autre sociologie.

Pour finir, on expliquera à la journaliste du HuffPost qu’il est extrêmement pénible, et même très fatigant, pour une femme comme pour un homme, de devoir marcher à un rythme qui n’est pas le sien. Encore faut-il savoir réellement ce que marcher veut dire…

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

83 commentaires

  1. Je ne suis absolument pas féministe, mais j’ ose indiquer qu’ effectivement, en ville mon mari, au demeurant tout à fait galant en toute autre circonstance, marche toujours devant et que ça a le don de m’ exaspérer. J’ en ai parlé à mes amies qui ont fait le même constat. En tapant le « problème » sur internet j’ ai trouvé un site Chrétien et un autre musulman qui traitaient le sujet !!!

  2. Il faut bien de temps en temps la sociologie serve à quelque chose d’autre que d’occuper une partie des fac à l’intention des pseudo-étudiants portés par nos lois sociales…

  3. J’habite la campagne, la prochaine fois qu’une écolo quelconque se présentera pour une des multiples raisons qui amène nos fonctionnaires à des visites de contrôles je la laisserais passer devant et à elle de se débrouiller avec les orties, ronces et autres joyeusetés qu’il nous faut laisser pousser et envahir pour leur bon plaisir. Bon courage!

  4. Étonnante constatation !
    Je suis pourtant entourée d’hommes (un époux, des fils, neveux, beau-frères …) et je n’ai jamais vu aucun d’entre eux précéder sa compagne en déambulant en ville.
    Par pure précaution s’agissant de métropoles, ils marcheraient même plutôt derrière afin d’anticiper tout problème.
    Alors, de quels hommes précisément nous parle-t-on ?

    • La bienséance veut qu’on précède l’accompagnatrice en entrant dans un établissement (restaurant, magasin, théâtre,…) pour s’assurer de la sûreté des lieux, comme en descendant l’escalier pour prévenir d’une chute. Bien sûr que c’est un usage paraissant désuet et suranné, mais quel beau symbole!

  5. Le très vieux bonhomme que je suis, a dû louper un truc, il est vrai que j’ai commencé l’école en 45.

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