L’Algérie bloque son expulsion : un djihadiste bientôt libéré en France ?

Après douze ans de prison, l’ancien combattant de Daech ne cache ni sa haine de la France ni son absence de repentir.
Tewffik Bouallag lors de son procès face à la cour d'assises spéciale de Paris, le 19 mars 2018 (dessin de presse). • © BENOIT PEYRUCQ / AFP
Tewffik Bouallag lors de son procès face à la cour d'assises spéciale de Paris, le 19 mars 2018 (dessin de presse). • © BENOIT PEYRUCQ / AFP

C’est une histoire à peine croyable, mais qui dit beaucoup de l'état de notre pays. Le 30 juillet, la rédaction d’Ici Centre-Val de Loire, antenne de France 3, reçoit un courriel pour le moins inattendu. Son auteur ? Un certain Tewffik Bouallag, Algérien en situation irrégulière et actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lesquin, dans le Nord. Son problème ? Il souhaite quitter la France. L’intéressé explique avoir demandé à plusieurs reprises à être rapatrié chez lui. Mais son départ reste impossible, faute de laissez-passer consulaire délivré par les autorités algériennes…

La préfecture du Nord a confirmé l’invraisemblable situation. Selon elle, les autorités consulaires algériennes ont été saisies « il y a plusieurs semaines » et examinent encore le dossier. Le consulat d’Algérie à Lille, sollicité par Ici, n’a pas répondu. Le ministère de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères n’ont pas davantage apporté de réponse permettant de débloquer la situation. L’absurdité administrative est donc complète : la France veut éloigner un étranger qui souhaite lui-même partir, mais le pays dont il possède la nationalité ne semble pas disposé à le récupérer.

« Je ne me suis jamais senti français »

Le profil de Tewffik Bouallag rend cette affaire particulièrement préoccupante. Né en 1983 à Dreux, il avait acquis par la magie du droit du sol la nationalité française. En décembre 2013, il part en Syrie et rejoint les rangs de l’État islamique. Arrêté à Berlin en juin 2014 alors qu’il revenait de la zone syro-irakienne, il est ensuite jugé en France. Les archives judiciaires et les comptes rendus de son procès établissent qu’il était apparu dans une vidéo de propagande de l’État islamique en 2014, armé et montrant notamment les blessures qu’il avait reçues au combat. En appel, en 2019, il est condamné à 13 ans de réclusion criminelle, avec une période de sûreté des deux tiers, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Mais c’est aussi son attitude envers la France depuis son retour qui interpelle. Depuis sa cellule, il avait demandé à être libéré de ses « liens d’allégeance » avec notre pays. Dans une lettre adressée à l’administration, il écrivait fort justement : « Je ne me suis jamais senti français et je le serai jamais. » Cette demande répétée a finalement été acceptée. Il faut dire que l’homme ne semble guère partager les fameuses « valeurs de la République ». Selon les éléments rapportés, Bouallag revendique toujours son passé djihadiste. Il aurait ainsi déclaré ne pas être un repenti, ne pas être un déserteur et ne jamais avoir regretté les faits pour lesquels il a été condamné. « Laissez-moi en France et vous prenez votre responsabilité. Faudra pas pleurer quand il y aura un fait divers... », a-t-il ainsi prévenu.

Une remise en liberté qui nous pend au nez

Après avoir purgé environ douze années de détention, Tewffik Bouallag est sorti de prison le 10 avril 2026. Mais il n’a pas retrouvé la liberté : il a été placé en rétention administrative, dans l’attente d’un hypothétique éloignement vers l’Algérie. Or, depuis la loi du 27 juillet 2026, la durée maximale de rétention des indésirables en CRA est fixée à 210 jours, lorsque les conditions prévues par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont réunies. Autrement dit, si l’expulsion n’est toujours pas réalisée et si aucune autre mesure juridique ne permet le maintien en détention du sympathique Tewffik, il pourrait être relâché dans la nature en novembre prochain. Il pourrait également être assigné à résidence, mais qui sera là pour surveiller ses faits et gestes et prévenir le pire ?

Cette affaire illustre à merveille les limites criantes de notre politique d’éloignement. Les chiffres sont connus. Pour l’ensemble des OQTF, le taux d’exécution n’était que de 10,9 %, sur les neuf premiers mois de 2025, selon les données citées par la commission des lois du Sénat. Pour les ressortissants algériens, la proportion est encore plus ridicule. Entre 2019 et 2022, 58.700 OQTF avaient été prononcées à leur encontre et seulement 2.600 exécutées, soit 4,4 %, selon des chiffres repris dans une question parlementaire. Dans le cas de Bouallag, on nage en pleine Absurdie. L’intéressé ne conteste pas son départ : il le réclame. Il explique même avoir entrepris lui-même des démarches pour pouvoir rejoindre l’Algérie.

Comment la France peut-elle accepter qu’un ancien combattant de Daech, qui déteste tout de nous et dont la dangerosité est avérée, puisse éventuellement se retrouver libre sur notre territoire parce que son pays de nationalité rechigne à le reprendre ? Sur CNews, l’avocat Gilbert Collard résume la situation avec son franc-parler habituel : « L’Algérie nous prend pour des blaireaux ! Ils se moquent de nous. » Difficile de lui donner tort.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

13 commentaires

  1. J’ai une petite suggestion à lui faire : Une fois libéré en novembre, qu’il se rende en Espagne, puis qu’il aille à la nage à Ceuta, et enfin qu’il passe au Maroc puis en Algérie ; ce qui marche dans une sens, devrait pouvoir marcher dans l’autre !

  2. Quand on lit son pedigree on comprend que l’Algérie n’en veuille pas. Maintenant, le problème est que la France n’arrive pas à forcer l’Algérie. Je croyais naïvement que la politique de souplesse (plutôt que la soit-disant brutale de Retailleau) fonctionnait, qu’avec la promesse des 250 000 visas on allait voir ce qu’on allait voir.
    Eh bien on voit une macronerie de plus !!!

  3. « l’ancien combattant de Daech »
    négatif, monsieur Kast. Ce n’est certainement pas un « combattant » ni ancien, ni nouveau! Le combattant ne massacre ni femme, ni enfant. Il se bat contre d’autres combattants, sinon cela s’appelle un CRIMINEL.

  4. Barrot a immédiatement pris des initiatives verbales: « La République ne cédera pas », Darmanin a ajouté aussitôt « L’Algérie est un pays frère et nous respecte », Aurore Berger a précisé «  L’égalité homme femme est désormais en place en Algérie » et Macron s’exprimera quand ce sera terminé pour appeler à une coalition contre nous…

  5. Les Algériens sont simplement pragmatiques (contrairement aux dirigeants français …). Si nous étions dans la situation des Algériens et que nous devions choisir : faire revenir ce monsieur en Algérie avec le risque qu’il représente ou bien faire en sorte que les Français s’en occupent comme ils pourront et devront subir sa dangerosité. Vu du côté algérien (dont on rappellera qu’ils ne nous aime guère et trouvent là un moyen de nous nuire), la réponse semble évidente : il vaut mieux que cet individu reste en France et commette ses éventuels méfaits à venir en France. Et il en va de même, pour les autres OQTF qui, en général, be sont pas de simples gentils garnements qu’une tape sur les doigts suffirait à remettre dans le droit chemin. Rappelons que pour un dirigeant algérien, tout ce qui affaiblit la France est bon à prendre.

  6. Il est temps de penser à la création d’un camp pour enfermer tous les criminels étrangers que leur pays refuse de reprendre. Que cela ne plaira pas aux inconditionnels du droit du citoyen, c’est un fait, mais nécessité fait loi. Ne sommes nous pas – parait-il – dans un État de droit ?

  7. L’article omet l’essentiel.
    Cette algérien va demander un passeport au consulat a Lille ,il a déjà obtenu un rv.
    En cra il lui est impossible de faire les démarches.
    Car il doit se rendre en personne a l’ambassade.
    L’algerie aura une obligation de lui fournir un passeport.
    Il a la nationalité algérienne par le droit du sang.

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