« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », écrivait Pascal. Républicain en deçà des Pyrénées, royaliste au-delà, pourrait dire , le plus français des Espagnols, le plus espagnol des Français ! Le Premier ministre émérite de la République française vient, en effet, de prendre la défense du roi émérite d’ Juan Carlos Ier.

Il est vrai qu’en 2013, ce dernier avait accordé la grand-croix de l’ordre du Mérite civil à celui qui était alors ministre de l’Intérieur et qu’en 2015, le roi Philippe VI récidivait dans les honneurs en décorant le Premier ministre de la grand-croix du prestigieux ordre d’Isabelle la Catholique. Pour la Toison d’or, c’est mort, semble-t-il : il aurait fallu que Valls devienne d’abord président de la République française ! Neuf l’ont en effet obtenu, dont le dernier était Nicolas Sarkozy. Mais ça, c’est une autre histoire…

Or, donc, Manuel Valls, en sa qualité de conseiller municipal d’opposition de Barcelone, vient d’apporter son soutien à la monarchie, actuellement dans la tourmente à cause des frasques du vieux roi Bourbon. En effet, la gauche et les indépendantistes catalans viennent de réclamer la réunion d’un conseil municipal extraordinaire pour retirer la médaille d’or de la ville et autres distinctions à l’ancien roi.

Mais ils vont plus loin : cette session serait l’occasion de constater que la monarchie espagnole est le successeur du régime franquiste. Une évidence historique : Juan Carlos fut désigné par le Caudillo pour lui succéder alors que l’ordre dynastique, selon la décision du roi Alphonse XIII (1886-1941), aurait dû amener sur le trône son fils, don Juan, comte de Barcelone, et non son petit-fils, Juan Carlos. C’est en cela, d’ailleurs, qu’on a pu dire qu’en 1975, on assista en Espagne, non pas à une restauration mais à l’instauration d’une nouvelle monarchie. Mais tout cela nous amènerait trop loin.

Pour la gauche et les indépendantistes catalans, il s’agit, à l’évidence, de délégitimer l’institution monarchique. Entre autres exigences, on trouve une réprimande du gouvernement espagnol pour sa collaboration dans l’exil de Juan Carlos, une demande d’enquête sur la corruption de la monarchie, l’abrogation des délits d’injure à la Couronne. Mais, encore, une réaffirmation du droit de la Catalogne à l’autodétermination et, en même temps, une exhortation à la Commission européenne à agir pour la défense de l’État de droit : l’Europe des régions contre l’Europe des nations, en somme…

La réunion de ce conseil municipal extraordinaire devrait se tenir le 27 août, mais le groupe auquel appartient Manuel Valls, Barcelona pel Canvi (Barcelone pour le changement), a lancé un appel à Ada Colau, le maire de gauche de Barcelone, pour qu’elle n’ait pas lieu, arguant que les motifs de ce conseil extraordinaire seraient illégaux, voire inconstitutionnels.

Ce n’est, d’ailleurs, pas la première fois que Manuel Valls monte au créneau pour prendre la défense de la monarchie. En 2018, durant la campagne pour les élections municipales, il avait vivement attaqué Alda Colau, maire sortant, en déclarant : « Tourner le dos à Felipe VI et demander l’abolition de la monarchie montre qu’Alda Colau n’est pas une personne de confiance, c’est la connivence entre la maire actuelle et les groupes radicaux et indépendants. »

La riposte d’Alda Colau avait été cinglante : « Qu’une républicaine défende la République est normal. Celui en qui on ne peut pas avoir confiance est plutôt le républicain soudainement devenu monarchiste. Liberté, égalité, fraternité, c’est resté dans les Pyrénées ? » La question à un euro, monnaie ayant cours en deçà et au-delà des Pyrénées, est de savoir si République est forcément synonyme de liberté, égalité et fraternité.

De là à ce que Manuel Valls se mélange les pinceaux avec tous ses allers-retours transpyrénéens et finisse par se prononcer pour la monarchie en France et la république en Espagne…

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