Arrêter la racaille qui pille les boutiques des Champs-Élysées ou matraquer des supporters réunis tranquillement dans un bar ? Le ministère de l’Intérieur n’a pas hésité une seule seconde. Le non-respect des gestes barrières est la priorité absolue. La pandémie continue sa lente progression : 12 décès le 20 août. 23 le 21. Olivier Véran s’arrache les cheveux : c’est une flambée ! Le 23 août, la mortalité bondit à un seul mort ! 15 le 24 (source Wikipédia) ! Le profil des victimes n’est pas communiqué. Comorbidité, âge très avancé ? Informations classées secret défense.

Alors que la racaille commence à arriver sur l’ex-plus belle avenue du monde, forte de sa mission, la « brigade de répression de l’action violente motorisée » (la BRAV-M) part à la recherche de regroupements d’individus. Il y a, en cette ville, des malfaisants qui ourdissent un complot contre la santé des Parisiens.

Dans un bar, tandis qu’une trentaine de clients suivent calmement le match sur un écran, les braves motorisés font une entrée tonitruante. Bien qu’ils ne donnent aucun signe de rébellion, des supporters sont matraqués. Les coups pleuvent. Tous des assassins en puissance, des contamineurs de corona, des inconscients qui vont faire passer les chiffres de mortalité de 9 à 12 ! « Et tiens, prends ça ! Et toi aussi… Allô, chef ? Mission accomplie, les rebelles ont été maîtrisés. »

Pendant ce temps-là, sur les Champs-Élysées, bien loin de ces turpitudes, les casseurs font leurs courses du dimanche soir. Pour être sûr de faire plaisir, les vitrines sont dévalisées méthodiquement… Vêtements de marque, baskets, colifichets, parfums… Noël approche. À chaque extrémité de l’avenue, les CRS en armure assistent au saccage. Le lendemain, sur TF1, une riveraine témoigne de la passivité des forces de police. « Ils ont laissé piller les boutiques, casser… Et il ne se passait rien. Ils étaient à un extrême à droite et un extrême à gauche et ils ne sont pas venus les arrêter. Donc, je comprends pas. »

Au cours de ce même reportage, un responsable du syndicat Alliance Police explique cette apparente inaction par la trop faible mobilité des troupes. Dépourvu de patins à roulettes, le CRS harnaché se meut avec difficulté. Au cours de l’interview, le syndicaliste ne juge pas bon de préciser que les unités motorisées étaient occupées à faire la tournée des bars. Des policiers au bistrot, un soir d’émeute… La justification est délicate.

Alors que de multiples rassemblements n’ont suscité aucune intervention policière musclée, la répression s’intensifie soudainement dans la tranche horaire où les voyous dévastent les Champs-Élysées. Pour peu qu’un CRS ait tapé trop fort sur la tête d’un client du bar et nous avions une nouvelle victime du coronavirus. Et la mortalité de repartir à la hausse ! Et la répression contre la propagation de la pandémie de s’intensifier. Des victimes. Et ainsi de suite jusqu’au geste barrière final. Seul, dans l’isoloir. La sortie de la pandémie, enfin.

À lire aussi

Fabrice Luchini allume le couvre-feu

Luchini a trouvé les mots. …