La position d’attente des 148 interpellés près du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, et surtout le contexte de leur arrestation en plein mouvement des gilets jaunes, a fait d’eux des martyrs de la de manifester. Certains ont choisi de reproduire cette image frappante, le 8 décembre, comme un pied-de-nez à la dérive autoritaire du régime Macron.

Le problème, c’est que les « lycéens de Mantes-la-Jolie » ont été canonisés un peu trop vite, et Ségolène Royal fait bien de le rappeler. Les faits n’ont pourtant pas manqué d’être détaillés par la presse, qui n’écrit pas que des bêtises : “C’était quand même terrible. Il y a eu des bonbonnes de gaz de jetées dans des bennes à ordures qui auraient pu flamber [note de l’auteur : c’est un gentil euphémisme], il y a une femme seule qui a été agressée, il y a eu des voitures incendiées, un déferlement de sauvagerie…” Les bonbonnes de gaz avaient, par ailleurs, été volées chez des riverains assaillis par la horde.

Faut-il s’en étonner ? On a peu lu que l’établissement public Saint-Exupéry, classé ZEP jusqu’à ce que cette appellation disparaisse pour les lycées, avait pour élèves les habitants de la célèbre cité « sensible » du Val Fourré. Les trois collèges voisins font partie du dispositif Rep+, indicatif d’un public notoirement rétif à toute discipline, cauchemar des parents consciencieux et des professeurs.

Dans cette « no-go zone », les émeutes n’ont pas besoin d’une réforme du bac pour éclater régulièrement. Les « jeunes » y tendent régulièrement des guet-apens à la police et aux pompiers pour le plaisir de s’exercer au tir en cloche de pavés et au tir tendu de mortier d’artifice. Le quartier fait parler de lui chaque soir du Nouvel An en tentant de battre des records de voitures incendiées. Autant dire que la réforme des lycées, ou les gilets jaunes, les émeutiers s’en soucient autant que de leur première poubelle brûlée.

Dans ce contexte, les policiers ont donc de quoi se réjouir d’avoir pu faire tenir tranquille et en silence la meute — formation favorite des semeurs de chaos des cités — qu’ils ont réussi à nasser sans dommages. Rappelons que trente-sept des interpellés étaient armés.

On a beaucoup lu que les forces de l’ordre s’était attaquées à des « enfants ». Il faudrait tout de même se mettre d’accord sur l’âge de raison. À quel moment devient-on libre et responsable de ses actes ? Ces émeutiers ont l’âge des chefs scouts, des pompiers volontaires, des plus jeunes soldats engagés au combat sur tous les théâtres d’opération. Quand on est assez vieux pour piller, agresser et incendier, on est assez vieux pour aller en prison. En réalité, la position d’attente jugée humiliante, à genoux et mains derrière la tête, ne dégrade ni plus ni moins que les vexations ordinaires d’une procédure de garde à vue.

“Soyons un peu concret : ça ne leur a pas fait de mal, aussi, à ces jeunes, de savoir ce que c’est que le maintien de l’ordre, la police, se tenir tranquille… Voilà, ça leur fera un souvenir, et vraiment, c’est pas mal pour leur redonner un peu le sens des réalités. […] C’est une bonne chose de voir qu’on ne laisse pas ces jeunes faire n’importe quoi, et n’importe où, et n’importe comment”, conclut avec bon sens Ségolène Royal sur 1.

Dans l’intérêt du mouvement des gilets jaunes, sachons faire le tri entre vrais manifestants et voyous opportunistes, sans nous laisser influencer par l’effet dramatique de certaines images.

10 décembre 2018

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