Le politique est conçu, traditionnellement, comme celui qui maîtrise savamment l’art de gouverner la Cité (Platon et Aristote). En tant que disciple du philosophe Paul Ricœur (1913-2005), semble faire montre de cet art avec une certaine habileté. Il faut reconnaître, objectivement, qu’il est parvenu à réduire la masse gilets jaunes à peau de chagrin. En témoigne le nombre (officiel) de manifestants retrouvés ici et là en France, et essentiellement entre et Paris, le samedi 26 mai : 12.500. Le cortège parisien a commencé sa marche au Père-Lachaise afin de commémorer, comme il se doit, le massacre des communards (la « Semaine sanglante », du 21 au 28 mai 1871). À l’évidence, il ne reste plus que des anarcho-libertaires invectivant la police avec la clope au bec et la canette de bière à la main. Si ce n’est pas sous l’effet d’autre chose… Lorsqu’on souffre, on a d’autant plus besoin de tuer l’ennui.

Valéry Giscard d’Estaing s’est contenté de gagner du temps. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir que l’extrême gauche s’infiltre toujours dès qu’il y a une brèche quelque part. De fait, il est bien loin, le temps où les véritables « insoumis » à l’ordre libéral-libertaire avaient trouvé le moyen de faire cause commune sans trop se regarder en chiens de faïence. Entre le mois de novembre dernier et le mois de janvier, cette convergence des luttes, qui s’étendait des ronds-points jusqu’aux boulevards, avait pris forme contre le diktat de la technocrature brusselo-berlinoise, et ce, entre un Front national et un front social. Mais, de voitures brûlées en voitures brûlées, mais surtout de LBD en LBD, les authentiques désespérés ont dû retourner dans leurs quartiers, quand ils avaient la chance de ne pas être estropiés.

La logorrhée du grand débat et la futile campagne pour les européennes passant par là (rien de nouveau sous le soleil, avec l’émergence de l’écolo-sociétalisme et l’effondrement de la droite libérale-conservatrice), le citoyen comprend parfaitement à quel point le politique n’est préoccupé que par la garantie de son propre prestige. Parce qu’à défaut d’être un homme peu banal – un des nombreux caciques de la haute fonction publique française –, il n’est qu’un homme minimal : un « avorton » qui ne se complaît que dans la « micro-action », autrement dit le clic plutôt que l’acte politique. Après avoir supplié Moscovici (le commissaire strauss-kahnien de Bruxelles) de bien vouloir lui lâcher la bride sur le plafonnement de la à 3 % du PIB, l’ancien inspecteur des finances a pu opérer une révolution dans sa stratégie : stimuler la demande (Keynes) au lieu d’encourager l’offre (Ricardo).

Et, avec quelques euros de plus à la fin du mois, les baby-boomers – qui avaient, majoritairement, voté pour l’appendice de la Hollandie, en 2017 – ont reposé leur derrière sur le canapé. In fine, le temps étant « l’image mobile de l’éternité » (Platon), l’enfant roi qui avait mis ses bras en croix à la fin d’un discours clé de sa campagne présidentielle (le 10 décembre 2016) est, irrémédiablement, devenu Jupiter, celui qu’il a toujours ambitionné d’être. Pourtant, le maître des horloges croit, bêtement, que le temps s’identifie à la durée. Alors, est-ce que l’ordre libéral-libertaire fera, en France, son temps ? Ou n’est-ce que le début de l’ère du jeu perpétuel ?

28 mai 2019

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