Cette fois-ci, l’accord bipartisan conclu in extremis la semaine dernière au Congrès pour éviter la paralysie de l’État fédéral (le shutdown) n’aura pas coûté son siège au président républicain de la Chambre des représentants. Et pourtant, Mike Johnson, le nouveau Speaker, a suivi la même voie que son prédécesseur, Kevin McCarthy, en s’alliant aux démocrates et en frustrant l’aile droite de son groupe pour faire passer de nouvelles mesures de financement temporaire.

En réalité, personne, ni du côté démocrate, ni du côté républicain, ne souhaitait être tenu pour responsable d’un blocage budgétaire qui allait mettre au chômage technique des milliers de fonctionnaires et provoquer la fermeture de nombreux services fédéraux. Un choix pragmatique et politique a donc été fait : maintenir le statu quo en repoussant à plus tard les choix difficiles.

Le projet de loi adopté, mercredi, par le Congrès permet, en effet, de financer l’État fédéral jusqu’au début de l’année prochaine mais sans rien régler sur le fond. Avec une Chambre à majorité républicaine, un Sénat à majorité démocrate et des élus républicains fortement divisés, les conditions d’une nouvelle crise institutionnelle sont toujours réunies. Et on ne voit pas comment, dans les prochaines semaines, un consensus pourrait soudainement se dégager sur les dossiers les plus controversés.

L’enjeu de l’aide à l’Ukraine

Parmi eux, l’aide à l’Ukraine qui déjà, en septembre dernier, était au cœur des désaccords et avait failli provoquer un premier shutdown. Dans une lettre adressée à la Maison-Blanche, 23 élus républicains, sénateurs et membres de la Chambre avaient exprimé leurs préoccupations : « Comment se passe la contre-offensive, avaient-ils demandé ? Les Ukrainiens sont-ils plus proches de la victoire qu’ils ne l’étaient il y a six mois ? Quelle est notre stratégie et quel est le plan de sortie du président ? » Sans réponses à ces questions, il leur paraissait inenvisageable d’accorder leur vote à un financement supplémentaire.

Depuis, ce ne sont pas les propos tenus par le commandant en chef de l’armée ukrainienne, le général Zaloujny, qui risquent de les convaincre. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire britannique The Economist, début novembre, celui-ci a reconnu que son armée était dans une impasse. « L'aveu stupéfiant du général Valeri Zaloujny se répercute au Capitole, où les républicains affirment que ses commentaires sont une raison pour repenser le soutien américain à Kiev, "aussi longtemps qu'il le faudra" », s’inquiétait alors Politico.

Au-delà de cet aveu, c’est surtout l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre dernier, qui a brutalement rétrogradé à la seconde place le conflit ukrainien désormais de moins en moins présent dans les médias occidentaux. Toute l’attention et toutes les inquiétudes semblent se concentrer sur l’« Orient compliqué » et la guerre qui le déchire à nouveau.

Joe Biden comme son administration s’efforcent de persuader l’opinion publique que les États-Unis peuvent affronter deux crises internationales majeures, mais leurs déclarations optimistes relèvent plus de la communication que d’une analyse franche de la situation. Les crises ne se contentent pas de s’accumuler, elles interagissent entre elles. Et l’industrie de la défense américaine se retrouve sur la corde raide.

Des crises concurrentes

Au début de l’année 2023, les États-Unis ont commencé à transférer vers l’Ukraine des obus d’artillerie conservés dans leurs stocks en Israël. À l’époque, le gouvernement israélien n’y voyait pas d’inconvénient. L’attaque du Hamas a tout changé. Désormais, Tsahal demande à récupérer des dizaines de milliers d’obus pour remplir les stocks d’urgence américains épuisés. « Il n'y a pas eu un seul moment, au cours des trente dernières années, où deux véritables conflits se sont produits en même temps, avec un troisième potentiel dans trois régions différentes du monde », confiait récemment à Politico un industriel de la défense. En réalité, professionnels et experts expriment ouvertement leur scepticisme quant à la capacité du système à répondre à la demande. Dans ce contexte, l’inertie du Congrès constitue une menace grandissante pour Kiev. Il y a quelques jours, lors d’une conférence de presse, Jake Sullivan, le conseiller national à la sécurité, a reconnu que plus le temps passait, plus les capacités américaines à financer les besoins de l’Ukraine se réduisaient. « La fenêtre se ferme », a-t-il déclaré aux journalistes.

Des sondages en berne

L’autre fenêtre qui se referme pour l’administration Biden est celle de la bataille de l’opinion. Un récent sondage Gallup a montré que le soutien des Américains à la guerre en Ukraine ne cessait de s’affaiblir. 41 % d’entre eux estiment que les États-Unis en font trop (ils étaient 29 % en juin 2023), 33 % considèrent que les États-Unis font ce qu’il faut et seuls 25 % pensent que les États-Unis n’en font pas assez.

On notera, par ailleurs, que 61 % des Américains estiment que l’aide financière à l’Ukraine devrait avoir des limites, avec plus de huit républicains sur dix qui partagent ce point de vue. Ce qui montre le décalage entre l’opinion et les médias mainstream. La poignée d’élus trumpistes qui, au Congrès, a refusé d’accorder un nouveau « chèque en blanc » à l’Ukraine a été décrite comme un petit groupe d’extrémistes encourageant la stratégie du chaos et faisant le jeu de Vladimir Poutine. Ils n’ont fait, en réalité, que refléter ce que souhaitent une majorité d’Américains.

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19 novembre 2023

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17 commentaires

  1. La France souffre d’avoir épousé la querelle américaine à l’égard de Moscou d’une part, et d’avoir négligé le danger arabe ignoré aux USA mais bien présent en Europe.

  2. Pourquoi les USA poursuivraient-ils cette guerre en Ukraine? Ils ont gagné gros: la revitalisation de l’OTAN qu’ils dominent et la revassalarisation de l’Europe.

  3. Les USA, vont siffler la fin de la parte pour l’Ukraine, en effet ce que voulaient les USA a été atteint contre un éventuel accord qui aurait pu voir le jour, pour faire une Europe de l’atlantique à l’Oural, pour l’instant, c’est le moyen orient qui les occupe, en attendant le conflit avec la chine, qui ne saurait tarder et dans lequel nous serons inexorablement entrainés, via l’OTAN.

  4. Nous n’avons à soutenir ni l’Ukraine ni Israël. Le rôle de la France devrait être d’essayer de trouver des solutions politiques à ces conflits. Notre alignement systématique sur Washington est le signe de notre vassalisation. L’adoption par les  »libéraux-conservateurs » d’une ligne dite « civilisationnelle » n’est rien d’autre que l’alignement inconditionnel sur Washington. Rien de nouveau donc à droite; cette dernière s’est toujours alignée sur un pays étranger depuis les années 1930 (plutôt Hitler que les Soviets!), comme les communistes qui étaient des laquais de l’URSS. De ce fait, elle a toujours été opposée au général de Gaulle qui,lui, refusait tout alignement de la France (sortie du commandement intégré de l’OTAN; bombe atomique propre à la France; discours de Phnom Penh; neutralité pendant la guerre des six jours).

  5. Créer des Etats mafieux est du goût des Démocrates. Ce fût le cas contre Belgrad et Moscou comme en Amérique de Sud auparavant.

    1. C’est portant un républicain, Edgar Hoover, qui a facilité la prise du pouvoir d’Al Capone en 1930, pouvoir qu’il n’a jamais quitté aux USA, tout en colonisant les autres « démocraties » occidentales.

  6. Pour ce qui est de la France il faut arrêter de soutenir l’Ukraine , reprendre nos relations avec la Russie et apporter notre aide à Israël .

    1. Oui, je pense que vous avez raison, qu’il termine d’envahir l’Ukraine, et qu’on en termine avec ça. Ça nous coutera bien moins cher. Parce qu’avoir envahi la Crimée sans avoir un accès facile, c’est tout de même gênant. En plus, il aura une armée bien aguerrie qui lui permettra de récupérer les pays baltiques en quelques semaines. Avant d’attaquer la Pologne. De toute façon avant qu’il arrive en France il faudra qu’il occupe l’Allemagne. C’est ainsi pour les dictateurs, incapables d’assurer le bien-être de leurs citoyens, il se maintiennent au pouvoir à travers la guerre.
      Si poutine souhaitait faire appliquer les accords de Minsk, il lui suffisait de faire un chantage au gaz et les européens se seraient bougés. A la place, ce dictateur a choisi la guerre, parce que c’est dans son adn d’ancien du KGB. Il ne faut pas traiter avec Poutine comme avec un démocrate. Et il ne faut pas lui laisser la main libre.

      1. Ah oui, il est vrai pensez-vous que l’Ukraine et Zelensky sont des parangons de vertue ! Nord Stream 1 et 2 sabordés, c’était les Russes ? Non mais les Ukrainiens. Et tout à l’avenant. Certes La Russie de Poutine n’est pas non plus un modèle sans doute mais l’Histoire et la logique plaident pour une union avec ce grand pays que l’on accuse trop facilement de tous les maux. L’allemagne se réarme considérablement, doit-on s’en inquiéter comme entre 33 et 38 ? L’allemagne avec ses trop nombreux Turcs et antisémites ? Vous perdez le sens de l’Histoire et mettez en danger l’avenir de notre monde.

      2. Si poutine est bien coupable d’avoir attaqué l’Ukraine, les responsables de cette situation sont les USA, qui ont opéré de main de maitre pour en arriver là, ils ont été secondés pour l’opération par leur marionnette Zelensky et leurs caniches européens.

    2. Tout à fait d’accord ! Si la Russie en est arrivée aux extrêmes , regardons l’Histoire à l’origine de ce conflit et on comprendra mieux l’engagement des Russes dans cette guerre

    3. Comme je ne cesse de le répéter, nous devons reprendre nos relations avec la Russie, notre voisine. Nous n’en serions pas là dans tous ces conflits. La France, avec l’Allemagne et la Russie ne serait plus une serpillière sur laquelle tout le monde s’essuie les pieds. Mais les US ne voient pas d’un bon oeil une Europe soutenue par la Russie…Pour eux, « Adieu veaux, vaches et cochons »…

  7. Il semble que les sociétés occidentales ne « sont pas en économie de guerre ». J’ignore ce que cela changerait dans la mesure où ces sociétés ne sont pas très « raccords ». De plus, cela mènerait à des escalades. De plus, encore, avec les élections à venir ( aux USA en particulier ), tout est incertain… Il y a comme du pilotage à vue, de l’incertain, du « en même temps » etc Avec les leçons de morales _ les fameuses « valeurs » _ auxquelles nous sommes habituées, le pilotage à vue dans la brume et sans cap ni plan de vol est devenu risqué ( quel homme d’ Etat occidental non bisounours ces dernières années voire décennies ? )

    1. Parce que tous ces politiques n’ont aucune culture de l’Histoire, ne sont en aucun cas des visionnaires, n’est pas de Gaulle qui veut ! La société vit dans l’immédiateté. Nous sommes des jetables ou des variables d’ajustement. Poutine et nos dirigeants occidentaux ne respirent pas à la même hauteur !

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