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Notre époque affectionne les manichéismes de tout poil, incapable qu’elle est devenue d’introduire de la nuance, de la subtilité, de la complexité dans la trame de nos existences. Ne parlons pas de notre rapport au passé, lequel est soupesé au trébuchet moralisateur de nos jugements du jour et de nos certitudes quasi religieuses, le tout dans l’assourdissante cacophonie des affreuses cymbales de l’anachronisme et de l’amnésie.

Excédé par cette étouffante chape de plomb de l’idiotie et de l’inculture, Thierry Lentz, dans un essai vif et convaincant, courtois dans l’expression mais ferme dans l’argumentation, se propose d’épouser le parti de l’Empereur, d’où un titre dont le signifiant lapidaire renferme un signifié bien plus riche qu’il ne le laisse entendre à première vue.

Comme il le relate lui-même, le livre est né à l’issue d’une réunion dont le sujet était l’organisation, pour le deux-centième de la mort de l’Empereur, d’une exposition retraçant sa vie et son œuvre. Les esprits étaient enthousiastes et l’on se réjouissait de se revancher gentiment de la commémoration avortée de la bataille d’Austerlitz en 2005, , alors président de la République, s’étant trouvé fort peu enclin, la pleutrerie en bandoulière, à offenser « les anciens vaincus, devenus nos “partenaires européens” ».

Tout se passa bien, donc, jusqu’à ce qu’à « la cinquantième minute de la réunion, les communicants de l’institution organisatrice pri[ssent] la parole pour refroidir d’un coup toutes les ardeurs : et le rétablissement de l’esclavage ? Et le statut de la femme dans le Code ? Et les victimes des guerres ? Et l’ “sous la botte” ? Et le “totalitarisme napoléonien” ? » Puis le mot « tyran » fusa de la bouche peu inspirée d’un prétendu expert et la rencontre, d’aimable et enjouée à ses débuts, s’écroula sinistrement en capilotade. Les mânes de Waterloo avaient encore frappé et le point Godwin affleurait dangereusement.

On repassera pour une célébration et l’on se contentera d’une commémoration mezzo voce, ainsi qu’en a décidé Emmanuel Macron, le 10 mars dernier, le président de la République ayant exprimé sa volonté de rendre à « cette figure majeure de notre  ». L’honneur est sauf, pourrait-on soupirer. Mais le mal n’est-il pas déjà fait ?

C’est un sport national, depuis une quinzaine d’année, que de battre sa coulpe et de prendre le cilice du masochisme devant un roman national (le nôtre) dont les salisseurs de mémoire de tout acabit s’échinent, par dilection morbide pour la coprophagie, à fouiller les poubelles de l’Histoire pour y dénicher de quoi ternir à jamais la réputation de Clio en .

L’auteur de ces lignes, bien que partisan des lys et du drapeau blanc, ne peut pourtant s’empêcher de vibrer – suivant, en cela, une célèbre sentence de l’historien Marc Bloch – au souvenir glorieux d’un homme qui sut porter la France au firmament de la puissance. Nous ne cessons, aujourd’hui, de pleurer la perte irrémédiable d’icelle…

nous l’envie, rappelle encore Thierry Lentz qui, citant ce mot de Victor Hugo, « Lui partout ! », a d’autant plus raison de dire que Napoléon est en « nous », dans nos institutions comme dans nos mœurs.

Alors, vive l’Empereur, quand même !

24 mars 2021

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