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Préfacé par Onfray sonnant une roborative charge antimarxiste – mais nullement anti-marxienne –, le dernier opus de Thibault Isabel, rédacteur en chef de la substantifique revue Krisis, expose en une quinzaine de courts chapitres, dans une langue cristalline, la rafraîchissante pensée du père de l’anarchisme concret, Pierre-Joseph Proudhon.

Passé à la postérité avec sa formule “la propriété, c’est le vol” – par surcroît, bien mal comprise –, Proudhon est le grand oublié de l’ des idées, occulté par son frère ennemi d’outre-Rhin . Pourtant, “jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, c’est Marx qui était presque inconnu, et Proudhon qu’on admirait dans toute l’ socialiste !”, rappelle opportunément Isabel, qui ajoute que “ce Franc-Comtois né vingt ans après la Révolution française fut la tête de proue des milieux contestataires, alors que naissaient les premiers mouvements de révolte contre l’ libérale”.

Il en ressort un portrait tout en nuances d’un homme qui, aujourd’hui, serait ostracisé pour malaria lepenia, lors même que le lepénisme – du père comme de la fille, voire de la petite-fille – serait aux antipodes de la pensée fédéraliste, c’est-à-dire antijacobine, subsidiariste, mutuelliste, anti-utopique, autogestionnaire, communaliste, contractuelle, protectionniste, solidariste, antiparlementaire, antilibérale, anticapitaliste mais libertaire enracinée de Proudhon qui, par ailleurs, “multipliait les hommages à la royauté, qui ne lui semblait pas du tout incompatible avec un régime équilibré”, c’est-à-dire authentiquement anarchiste. insiste d’ailleurs, dans sa préface, sur la sémantique en soulignant que “l’anarchie n’est pas synonyme de “désordre”. Elle est synonyme de “rejet du pouvoir”, comme l’indique son étymologie grecque.” Et l’on connait tous cet apophtegme d’inspiration directement proudhonienne de Bernanos : “La monarchie, c’est l’anarchie plus un.” On comprend que certains proudhoniens (Sorel, Berth, Valois) se soient rapprochés, un temps, de l’Action française…

Bon nombre de critiques de la modernité et de l’idéologie du progrès lui sont intellectuellement redevables. L’on pense, par exemple, à notre maître bordelais, Jacques Ellul (et à son fidèle complice Bernard Charbonneau), qui suggérait, dès la fin des années 1930, de “penser globalement [et d’] agir localement”, véritable manifeste que, plus tard, le Portugais Miguel Torga fera sien avec son non moins célèbre aphorisme “L’universel, c’est le local moins les murs” (sonnant charnellement mieux en portugais : “universal é o local sem muros”).

Stigmatisant la double aliénation politique et économique de l’homme moderne (Marx ne se préoccupera que de la seconde), Proudhon résout du même coup l’aporie d’un Rousseau observant, aux premières lignes de son Contrat , que “l’homme est né libre et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux.” Dans cette optique, la n’est rien de plus que celle du “barbare” reclus “dans la sphère privée” dont, inévitablement, l’égoïsme souverain n’est rien de moins que tyrannique lorsqu’il se déploie dans la sphère publique. Aussi, parce qu’“au point de vue social, liberté et solidarité sont des termes identiques, […] l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relations avec ses semblables”.

Cette conception de la liberté irrigue en profondeur le fédéralisme de Proudhon. Ici, elle n’est plus aliénée au bénéfice de la société, mais partagée entre tous les membres de la communauté, de sorte que l’autonomie de chacun est préservée et, partant, celle également de ladite communauté intriquée dans un complexe fédératif où les excès (notamment de l’État et du capitalisme) se font contrepoids, tandis que la subsidiarité assure l’harmonie du tout en réservant les compétences de chaque partie. De ce fait, il est frappant de voir que Proudhon emprunte à l’organicisme de la “communauté symbiotique” d’Althusius. L’un et l’autre ne conçoivent la politique que par le bas. À méditer d’urgence !

23 juin 2017

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