[LIVRE] « On vote aussi dans les républiques bananières… »
Philosophe, homme politique, ancien député, le président du Parti chrétien-démocrate (PCD) publie La Dictature du bien (Les Éditions du Verbe Haut). Enlevé, bien écrit, bien construit, cet ouvrage précieux balaie, avec des concepts clairs, le risque que chaque Français sent plus ou moins confusément dans sa vie quotidienne : celui d'une dictature du Bien. Le verrouillage des réseaux sociaux, l'enchevêtrement de lois nationales, de textes européens liberticides, de normes et de non-dits, le tout au nom du Bien, créent un risque majeur et nouveau, un risque croissant de « démocrature ». Comment en est-on arrivé là et comment recouvrer notre liberté ? Jean-Frédéric Poisson répond aux questions de Boulevard Voltaire.
Boulevard Voltaire. Vous démarrez par une citation du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot qui appelait, en février dernier, à « une mise au pas des réseaux sociaux ». Faut-il s'inquiéter de ce propos ?
Jean-Frédéric Poisson. Il faut se méfier des mots qui dérapent. Quand un ministre évoque la « mise au pas des réseaux sociaux », il ne parle pas seulement de régulation technique : il révèle une tentation. Celle d’un pouvoir qui se vit comme seul détenteur du bien et du vrai et ne supporte ni la contradiction ni d’être pris en flagrant délit de mensonge. Bien sûr, les réseaux sociaux ne sont pas un espace parfait, mais depuis quand la liberté d’expression devrait-elle être parfaite pour être protégée ? Qu’est-ce qui pourrait justifier qu’elle soit conditionnée ? Et à quoi ? « Mettre au pas » est une formule à peine polie pour dire « censurer ». Il s'agit de savoir si l’on accepte encore que le débat public soit libre, donc parfois dérangeant.
BV. Les Français désignent par leur vote les gouvernants du pays. Pourquoi évoquez-vous une « dictature du bien » ? Qui l'exerce ?
J.-F. P. Nous votons, c’est vrai. Mais la démocratie ne se réduit pas au scrutin : on vote aussi, dans les républiques bananières… L’exercice de la souveraineté populaire (c’est l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme) suppose que les citoyens puissent penser, dire, contester sans être disqualifiés moralement, et être informés en vérité sans être traités comme des ennemis. C’est là que j’évoque une « dictature du bien ». Non pas un régime autoritaire classique, qui agirait par la coercition violente et les sanctions arbitraires. Mais un système insidieux, où une certaine vision du Bien s’impose comme indiscutable, du simple fait qu’elle est officielle. Qui l’exerce ? Personne en particulier, et tout le monde à la fois : pouvoirs publics, grands médias, plates-formes numériques, institutions culturelles et, de manière emblématique, Bruxelles. Toutes les oligarchies qui veulent se maintenir au pouvoir coûte que coûte et continuer à marchandiser le monde. Le climat qui s’installe peu à peu est tel que contester cet état de fait expose sans délai à l’excommunication médiatique ou sociale, parfois même, comme en Angleterre, à la sanction pénale. Est-ce réellement dans une telle société que nous voulons vivre ?
BV. Vous faites le constat d'une puissante manipulation des masses. La place prise par les médias non alignés et par les réseaux sociaux ne contredit-elle pas, désormais, cette analyse ?
J.-F. P. C’est justement parce que ces réseaux sociaux revendiquent d’être des espaces de liberté - où se jouent à la fois le meilleur et le pire - que les pouvoirs publics cherchent à en diminuer la portée. Protéger ces moyens d’expression, c’est aussi nous protéger nous-mêmes. Mais ne soyons pas naïfs : ces réseaux n’échappent pas, non plus, à la puissance de l’ingénierie sociale, à la manipulation des foules, à l’orientation sournoise de nos avis et de nos comportements. La capacité d’influence n’a pas disparu, elle s’est déplacée. Elle est devenue plus diffuse, plus algorithmique, parfois plus brutale. On ne manipule plus seulement en contrôlant l’information mais en saturant l’espace, en orientant les émotions, en fragmentant les opinions. Nous devenons peu à peu les esclaves des outils que nous avons inventés – ou plutôt les marionnettes des individus et des entreprises à qui nous avons laissé le contrôle de ces outils : si nous ne reprenons pas la main, nous vivrons bientôt dans un monde qui nous échappera entièrement.
BV. Pourquoi le libéralisme doit-il reprendre la place qu'il a laissée face au néo-libéralisme ? Est-ce possible et comment ?
J.-F. P. Oui, à condition de renouer avec cette partie de la tradition libérale qui est prête à renoncer au relativisme issu des Lumières et renouer avec les fondations de la pensée chrétienne. Cela passe d’abord par une prise de conscience : cesser de croire que la liberté est définitivement acquise et que personne ne songe à l’attaquer. Par ailleurs, le redressement de nos sociétés passe par le rétablissement des corps intermédiaires : familles, entreprises, associations, territoires, lieux propres de l’éducation individuelle et sociale. Et lieux par excellence de résistante à la toute-puissance de l’État. Cela suppose de restaurer des contre-pouvoirs réels, de garantir le pluralisme, de refuser la moralisation autoritaire du débat public. En un mot, de réapprendre à faire confiance à la liberté — au lieu de vouloir sans cesse la corriger.
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16 commentaires
Tout pouvoir est, par nature, totalitaire. C’est pour ça que les démocraties ont inventé les contre-pouvoirs. Et c’est pour ça qu’ils ont disparu de notre France.
à Yaya, son message du 2 mai à 8 heures 25.
« DIeu n’a rien à voir dans l’histoire ».
Qu’en savez-vous, mais à propos, pourquoi lisez-vous les articles de « Boulevard Voltaire » avec la tendance qu’il affirme ? Est-ce que vous ne vous êtes pas trompé d’adresse ?
(je ferai la même remarque pour ceux qui approuvent la proposition de loi « d’aide à mourir », ou la constitutionnalisation de la liberté de l’avortement ou pour le libéralisme tel que prôné par l’Union européenne, ou encore pour la vaccination forcée telle qu’on l’a connue en 2020-2022, mais là, il faut avouer que BV n’a pas été très clair ni très courageux).
Vous admettez le caractère très tendencieux de boulevard Voltaire. Tout le monde n’a pas la paresse intellectuelle de rester dans son milieu et de s’y fondre en plusoyant sans recul. C’est simple et agréable d’être toujours caressé dans le sens du poil, mais la vraie vie est plus complexe. L’instinct grégaire peut avoir des limites.
Je suis assez d’accord. C’est souvent comme cela chez les lecteurs et la rédaction de B5, mais pas toujours, Il y a d’heureuses surprises et ne gàchons pas ce plaisir.
Cher ou chère Ejalladeau,
« L’homme est naturellement bon… ». De grâce, épargnez nous ce sophisme emprunté à Jean-Jacques Rousseau si revendiqué par la Révolution française avec les résultats que l’on sait.
Même chose lorsqu’il faut parler du libéralisme et du « doux commerce ».
Des mots d’ordre cachés derrière des idéologies meurtrières dont l’ex-droite s’est trop souvent fait le porte-parole.
Même attitude critiquable au RN, voire à Reconquête, voire à l’UDR, composée des « déçus du LR ». Il est donc urgent de lire Jean-Frédéric Poisson.
Et oui dans toutes les dictatures les apparences de la démocratie sont respectées c’était le cas même en URSS. Aux dernières municipales la suppression du panachage dans les petites communes est un exemple de suppression de la démocratie en respectant son apparence.
L’homme est naturellement bon. Sa liberté doit être totale et tout ira bien.
Vive les droits de l’homme et sa dictature. A bas celle du bien qui est une idée démoniaque pour le faire souffrir pour le plaisir des divinités.
La dictature du bien c’est peut-être pas si mal. En tout cas beaucoup pensent depuis des années que la France a maintenant besoin d’une bonne dictature pour se sortir de la chienlit ( à défaut de pouvoir trouver la « démocratie du bien »).
Jean-Frédéric POISSON voit juste. Je dis inlassablement que l’UE sera totalitaire. Cela se voit déjà, elle ne s’en cache même plus puisque c’est au nom de la Bien-pensance. Les français et les européens y souscrivent en votant toujours largement pour les candidats pro UE. JF Poisson a raison mais il n’est pas écouté. Il n’est pas audible par des français déconnectés du monde réel. Ils sont trop endoctrinés et nihilistes pour voir plus loin que leur petit confort personnel du moment. Et puis en cas de chaos ; on nous expliquera que c’est parce qu’il n’y a pas eu assez de politique de gauche et que c’est la faute aux riches… Et quand on sait qu’on n’a ni industrie, ni matières premières et qu’on produit de moins en moins de matière grise , on ferait mieux de bien s’entendre avec tout le monde plutôt que de désigner des ennemis et financer des guerres déjà perdues…
veulent viraiment pourrir la vie de la majorité des gens
Je me joins aux remerciements de Laurhenne, mais j’ajoute aussi qu’on aimerait que BV fasse davantage état et écho de ce que dit cette personnalité politique qui a l’immense mérite de ne pas faire partie de cette ex droite si supeficielle dont BV dit se faire le porte-parole.
tout à fait d’accord avec lui
Merci monsieur Poisson pour votre lucidité et pour la clarté de vos explications. Vous avez raison : revenons à la Doctrine Sociale de l’Eglise, et suivons Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie ! Le mensonge ne passera pas par nous.
Nous sommes sur le chemin. Les français se dépouillent pour voyager léger. Le consumérisme capitaliste va souffrir en France et la vraie vie est en perspective.
Vrai, et Dieu n’a rien à voir dans l’histoire.
l’urss n’est pas loin avec l eu