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L’épidémie ou psycho-pandémie de -19 serait-elle l’acmé biologique ou, à tout le moins, épidémiologique du libéralisme ? De cet apparent paradoxe, l’économiste Guillaume Travers en déduit pourtant un continuum logique. Dans son dernier opus, l’auteur, plume régulière de la revue Éléments, prolonge une réflexion menée brillamment depuis son premier ouvrage, Pourquoi tant d’inégalités, sur les origines et les tares du libéralisme, tout en offrant, d’essais en essais, des pistes vivifiantes – voire authentiquement régénératrices – pour tenter de s’extraire de la toile tentaculaire de cette idéologie avancée du techno-capitalisme.

Remontant le temps de l’innocence pré-libérale – ou pré-capitalistique –, Travers se livre à une généalogie de la liberté, mot galvaudé, passe-partout et fourre-tout, s’il en est. L’on a oublié, nous dit l’essayiste, que la liberté des Anciens se décline au pluriel ; les libertés, dans classique – grec, romain et médiéval –, « ont nécessairement un fondement politique. C’est toujours l’appartenance à une communauté qui confère des droits particuliers, des libertés particulières. » Ainsi, « l’idée posée d’une manière indifférenciée et universelle, hors des enracinements organiques, est un non-sens », attendu que ces « libertés ne sont jamais le fruit d’une "déclaration" abstraite. Elles sont au contraire le produit de l’Histoire, de la tradition, d’une expérience de vie en commun. » En d’autres termes, ces libertés engagent collectivement l’individu – seul ce qui fait lieu fait lien et seul ce qui fait lien libère –, ses droits éventuels étant principalement fonction de devoirs qu’il doit rendre à la collectivité.

Les libéraux, quant à eux, dissocient l’homme de la cité et, ce faisant, jettent un d’ignorance – pour parler comme un libéral conséquent comme John Rawls – sur son statut de « Zoon Politikon ». Partant, l’individu devient une monade sans origine ni repères, à l’unique profit de son intérêt que la quête de son bonheur lui enjoint de maximiser. Déconnecté de tous liens communautaires, l’individu ne se sent plus le créancier actif de devoirs mais l’obligataire sourcilleux et procédurier de droits infinis, indéfinis et inconciliables.

Or, dans une telle société concurrentielles de « droits à » qui récuse a priori toute entrave ou limite, la sphère du proche s’étrécira tandis que celle du lointain s’agrandira, l’étranger devenant plus proche que son voisin de palier. Dès lors, aux contrôles informels (honneur, réputation, conscience du travail bien fait) des économies prémodernes se substitueront, dans l’économie de marché, des sanctions formelles « administrées non par le corps lui-même, mais par des autorités publiques vouées à ce but ».

Dans ce basculement se nichent « les racines profondes de la société de surveillance ». Ouverte et sans frontières, la société libérale se devra d’homogénéiser jusqu’au formatage extrême ses règles de contrôle applicables à tous, aux proches comme aux lointains. Proprement impolitique, le tend, par nature, à neutraliser par avance l’aléa en l’enserrant dans des procédures juridiques toujours plus contraignantes et complexes, « sans aucune considération pour des valeurs ou des principes politiques ». Ainsi, les contrôles auront sensiblement tendance à s’intensifier et à se diversifier, la liberté des modernes ne se concevant guère dans les limites qu’elle considère comme étroitement étouffantes du local, lui préférant un global prétendument plus émancipateur. Mais, « passée une échelle très locale, ce sont toujours les normes, la standardisation, qui rendent possibles les mouvements sur de longues distances ».

C’est dire que « passe sanitaire » et ses avatars vaccinaux et numériques ne sont que la pointe émergée d’un iceberg massif de contrôle social, dont « il n’y a aucune raison d’espérer un reflux naturel ».

Nous voilà prévenus.

10 novembre 2021

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