Notre Nicolas Gauthier avait, récemment, fait un travail d’exégèse de la complexe pensée « thuramienne ». Oui, c’est après tout l’ère philosophique du moment. Les civilisations ont les penseurs qu’elles méritent. La Grèce a connu les métaphysiques socratiques, platoniciennes, stoïciennes et épicuriennes, entre autres. Nous avons, pour notre part, les pensées décoloniales et « antiracistes ».

Comme tout bon philosophe, Lilian Thuram sait manier le verbe et tourner les mots à l’avantage de sa rhétorique. Et lorsqu’il s’agit de défendre fiston – coupable d’un crachat au visage d’un adversaire dans un match de du championnat d’Allemagne -, il emploie tout son talent, même en pleine tournée promotionnelle en Guadeloupe pour son livre La Pensée blanche : « Et après coup, j’ai eu son explication, c’est-à-dire qu’il était rage de colère, et donc il a insulté l’adversaire et sans faire exprès effectivement, il a eu de la salive qui est partie […] Lui, ce qu’il veut, c’est que les gens retiennent que c’est involontaire. » (Ouest-).

Forcément.

Derrière la naïveté, la malhonnêteté diraient même certains, se cache une nouvelle réflexion « thuramienne ». Si un contradicteur prenait l’argument de Lilian Thuram au premier degré, il pourrait aisément lui répondre que, sous l’effet de la colère, tout acte violent ou odieux deviendrait en ce sens involontaire et dédouanerait ainsi son auteur de toute accusation. Les pourraient même être excusées par une soudaine colère ou jalousie. Mais ce serait bien sous-estimer le philosophe. Car dès qu’il pose ses lunettes sur son nez, Lilian devient puissant. Il prépare, sans doute, déjà un prochain ouvrage. Il dépassera alors le sens commun que l’on porte à la volonté, une notion assujettie au privilège blanc, issue d’une intériorisée depuis des siècles par des descendants d’opprimés. Avec Lilian, Nietzsche, Kant et Schopenhauer pourront se rhabiller et mettre à la poubelle leur « volonté de puissance » et autre « monde comme volonté et comme représentation ».

Lilian transcende la pensée, il l’élève. Il pourrait même aller jusqu’à conclure son prochain livre en avançant l’idée que si un joueur noir crache au visage d’un joueur blanc, c’est finalement pour exorciser inconsciemment des siècles d’oppression et de souffrance. Le geste de Marcus Thuram deviendrait alors une , une forme de sortie des entrailles d’un peuple. Il mériterait, dès lors, les honneurs et la reconnaissance… Peut-être en mettant tout à genoux encore quelques saisons !

23 décembre 2020

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