La ligne de fracture passe entre une droite très libérale et une autre droite

Deux députés Républicains ont voté contre le projet de réforme de la SNCF. Julien Aubert est l’un d’eux, il s’en explique au micro de Boulevard Voltaire.

Vous n’étiez que deux députés Républicains à voter contre le projet de réforme de la SNCF. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

J’ai voté selon mes convictions. Je peux citer au moins trois raisons qui m’ont conduit à ce vote.
La première et la principale raison est que ce texte ouvre à la concurrence le rail. Or, je pense que la concurrence ira sur les lignes rentables et les lignes non rentables auront un coût qu’il faudra bien éponger. Comme je suis partisan d’une politique d’aménagement du territoire et d’une égalité devant le service public ferroviaire, je ne considère pas que cette ouverture à la concurrence sera bénéfique à l’usager ou, en tout cas, aux usagers de certains territoires.

La seconde porte sur les avantages attendus de la libéralisation. Je pense que le système ferroviaire est peut-être un monopole naturel. Je ne suis pas certain qu’il y ait de la place pour plusieurs acteurs. L’ouverture à la concurrence dans d’autres pays ne s’est d’ailleurs pas toujours traduite de manière positive.

La troisième raison renvoie à notre souveraineté. Cette réforme ne procède pas d’un choix de politique des Français, mais d’une politique tous azimuts portée par l’Union européenne. Elle est donc demandée par en haut. Elle procède d’accords entre les exécutifs nationaux d’il y a maintenant vingt ans. L’idée que l’Union européenne ne puisse mener qu’une seule politique, celle de la libre concurrence, et que nous ne puissions jamais en changer, jamais en débatte, jamais s’y opposer ou la modifier, pose à mon sens un vrai problème démocratique.

Le vrai sujet, avec la SCNF, réside dans le régime spécial des retraites et la réglementation du droit de grève. Or, aucun de ces deux sujets n’a été traité. De surcroît, ceux qui pensaient que le statut allait disparaître se sont trompés. Une convention collective va, en effet, reprendre une partie des acquis sociaux qui seront étendus à toutes les entreprises du secteur. Ce n’est donc pas vraiment la libéralisation offensive que certains voudraient faire admettre.

Comment le fait d’avoir été seulement deux parlementaires dans votre groupe à avoir voté contre a-t-il été accueilli ? Y avait-il eu des consignes de votes ?

Le président souhaitait que nous votions pour, ou que nous nous abstenions. Certains souhaitaient voter contre, mais beaucoup ont décidé de renoncer en voyant la consigne de vote.
On n’a pas essayé de me convaincre lorsque j’ai expliqué les raisons pour lesquelles je m’y opposais, que cette réforme était mauvaise et ne répondait pas aux besoins des Français et à l’amélioration de la qualité du service aux Français.
Un parlementaire est libre de son vote et notre parti, contrairement à la majorité En Marche !, nous laisse des latitudes sur des sujets importants.

N’avez-vous pas peur que ce vote massif en faveur de la majorité ne brouille les cartes pour votre parti, qui a du mal à s’imposer comme un réel parti d’opposition ?

C’est une question qu’il faudrait plutôt poser au président de mon groupe et au président de mon parti. En ce qui me concerne, j’étais parti sur une opposition.
L’explication vient de notre constant soutien à la libre concurrence. Je suis défavorable, pour ma part, à un libéralisme idéologique qui impose d’être systématiquement d’accord avec la libre concurrence. Je n’étais pas d’accord en 1995. Je ne suis toujours pas d’accord. De la même manière, je ne suis pas favorable à la concurrence sur les barrages hydroélectriques, sur l’industrie nucléaire et sur le ferroviaire.
La ligne de fracture passe plutôt entre une droite très libérale et une autre droite.

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