Oyez, braves gens, oyez la grande, la bonne nouvelle : il se marie, l’Homo festivus, cette incarnation de l’homme de notre temps qui, en remplaçant, selon le grand Philippe Muray, l’Homo sapiens lui-même, est en train de submerger sous les flots de son rire frivole, égoïste et niais. Voilà : notre homme se marie, et pas avec n’importe qui. Il fait un mariage vraiment fortuné : il se marie, épatez-vous tous et vous toutes… avec lui/elle-même.

Lorsque j’ai entendu pour la première fois parler d’une telle auto-folie, mais une folie qui requiert quand même la participation complaisante d’amis et d’invités, j’ai cru, franchement, qu’il s’agissait d’un de ces bobards qu’on appelle maintenant fake news. Mais non, la chose est tout à fait sérieuse et elle est en train de se développer (faites un tour sur Google : vous y retrouverez même d’avisés commerçants qui vous proposeront leurs services pour votre auto-mariage).

Je croyais aussi qu’aucune autorité civile ou religieuse (mais avec le pape François, on ne sait jamais…) ne se prêterait à une telle loufoquerie dépourvue, faut-il supposer, du moindre effet juridique. Je le croyais jusqu’au moment où j’ai appris qu’en Espagne, une conseillère municipale de Podemos (rien de plus logique !) avait déjà béni un de ces délires égotistes.

Des délires qui ne vont pas sans poser bien des questions pratiques. Celle des rapports sexuels, par exemple. Cela est pourtant facile à régler. Outre que plusieurs des (auto)fiancées sont en ménage avec quelqu’un qui, lui aussi, peut participer aux noces en tant qu’invité, la question sexuelle ne pose aucun problème : il suffit d’avoir recours à l’auto-service qui, d’après d’autres malheureux – mais ceux-là sont déjà hors circulation –, engendrait surdité et maux divers. Soit, mais… que se passe-t-il en cas de divorce ? Comment fait-on pour divorcer de soi-même ? Faudrait-il se suicider ? L’auto-mariage serait-il devenu, dès lors, la seule union conjugale vraiment indissoluble ?

Pour bien préciser les choses, celui qui se marie n’est pas exactement l’Homo festivus. C’est plutôt la Mulier festiva, car le phénomène ne concerne, du moins pour l’instant, que l’ancien «  faible », aujourd’hui devenu « le premier sexe », aussi hautain que… « opprimé ».

Il est probable que les anciens mâles ne tarderont pas longtemps à se marier aussi avec eux-mêmes, mais en attendant, on peut se demander si une des raisons dernières de notre déchéance ne se trouve pas dans l’actuel suprémacisme féministe : dans cette croissante féminisation de la société dont parle quelqu’un comme le grand Éric Zemmour.

Moi, moi, moi, moi… et rien que moi, proclame l’Homo, la Mulier ou le Vir festivus, cette mutation anthropologique consistant, entre autres, à embrasser les égarements les plus saugrenus : depuis l’auto-mariage jusqu’à l’idéologie de genre, qui conçoit l’ sexuelle comme une simple affaire de goût ou de choix personnel. Lorsque plus rien ne soutient et la vie, lorsque tout s’enfonce dans le puits noir du non-sens, lorsque le nihilisme parvient à sa phase ultime, c’est alors, en effet, que le dernier homme envahit la Terre entière.

« Voici ! Je vous montre le dernier homme », écrit Nietzsche dans le Zarathoustra.

“ Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu’est cela ? ” – ainsi demande le dernier homme et il cligne de l’œil. La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme vit le plus longtemps. “ Nous avons inventé le bonheur ” – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. […] On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on prend soin de sa santé.

 
Pas de doute, le dernier homme prend bien soin de sa santé. C’est même l’une de ses plus grandes obsessions. Mais ce dont il ne prend nul soin, c’est d’écarter la mort en vie.

19 novembre 2017

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