Vestes étriquées, pantalon étroit, trop court, poche kangourou au derrière, sans ceinture à moins d’être jaune – celui des gants du dandy : que les hommes sont mal fringués ! D’abord, pourquoi des chemises grisâtres ? Le blanc est-il si peu flatteur au teint que seul un philosophe arbore un col de cygne ? Racialiste, une chemise éclatante trahirait-elle son mâle blanc hétérosexuel ? Élitiste, une prétention beethovénienne ? Toreros sans paillettes, nos hommes, avouons-le, font un peu freluquets. Quant aux chaussures, longues et pointues, de péniches qu’elles étaient, elles sont devenues gondoles. Qui porte des chaussures bateau ? Va pieds nus dans des mocassins pleine peau ? Sur la photo de classe des chefs d’État, aux G7, seul Boris, avec sa tignasse blonde, ses pantalons larges, crève l’image. Quant aux lauréats des prix littéraires, ils ne sont guère fashionable.

L’habit fait le moine. Les écrivains ont toujours accordé une grande place à la tenue vestimentaire. « Tout se règle par la mode », écrivait La Bruyère. Et Balzac : « Tant vaut l’homme, tant vaut la cravate. » Le dandy, auquel Baudelaire consacre Curiosités esthétiques, existe-t-il encore aujourd’hui ? On en doute, en voyant les mannequins pomponnés des salons de mode vintage. La couleur des chaussettes ne fait pas tout. Le dandy baudelairien, lui, se jouant des règles, tout en les respectant, se distinguait par l’habit parce que l’habit traduisait une attitude morale, esthétique, métaphysique. Et, dans son Traité de la cravate, Balzac écrit avec humour : « Une cravate bien mise, c’est un de ces traits de génie qui se sentent, s’admirent mais ne s’analysent ni ne s’enseignent… C’est d’instinct, d’inspiration que se met la cravate. » Nul doute que Balzac ne fît allusion à celle de Frédéric Taddeï.

La cravate signe, par excellence, l’ masculine et l’appartenance à la société. De nos jours, elle signale l’homme et le banquier, le technocrate et le phallocrate. L’absence de cravate, c’est au week-end. Dénouée, elle est une concession au code social. Avouons-le : un costume bien coupé est toujours plus facile à porter qu’une tenue négligée. Le naturel est impossible en société. Ne parlons pas du sweat-shirt grisâtre, arboré par les historiens de gauche. Le nœud papillon, lui, est une grâce, accordée à certains. Comme un circonflexe sur le verbe paraître qui disparaît des claviers d’ordinateur.

Le dandysme se caractérisait par la sprezzatura. Ce mot, tiré du livre de Castiglione Le Livre du courtisan (1528), désignait l’élégance uniquement masculine : une nonchalance étudiée et naturelle qui casse les codes, mais dans des matières nobles. Que signifie, alors, la vêture étriquée, faite de bric et de broc, de nos hommes ? Un mal-être cachant un mâle en quête d’être ? Une féminité refoulée ? Un désir d’effacement dans une qui rejette la virilité ? Un rationnement en tissu ? En attendant, barbes et moustaches vont et viennent sur les visages masculins. Du jour au lendemain, le visage imberbe d’un ministre se retrouve broussailleux. Et si la virilité des hommes devenait la grande cause du futur quinquennat ? Alors, dandies, nos hommes ? Zazous, nouveau genre ?

7 novembre 2021

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