Dans une société qui passe son temps à écumer de rage et faire de la mousse amère sur les réseaux sociaux, les officines officielles craignent plus que tout de voir crever les bulles au-dessus de leurs têtes. Conséquence : elles passent leur temps et leur budget à tenter de sonder les nuées pour prévenir l’orage plutôt qu’en actions concrètes.

C’est, une fois de plus, ce que révèle le rapport de la députée LR du Jura Marie-Christine Dalloz, présenté devant l’Assemblée nationale le 27 mai dernier. Elle y passe au crible les dépenses effectuées dans le cadre de la mission « Direction de l’action du gouvernement » (DAG), et pointe particulièrement celles du SIG, le Service d’information du gouvernement, « chargé d’analyser l’évolution de l’opinion et d’informer le grand public », nous dit Capital, en relatant la chose.

Hélas, il apparaît à l’examen des faits, comme dirait Columbo, que ledit service a été grandement sollicité pendant l’épidémie, consacrant des sommes importantes à sonder les cœurs plutôt que les poumons. Autrement dit, si tests il y eut en abondance, c’était plus pour chercher à savoir ce que les Français avaient derrière la tête que dans les fosses nasales. À défaut de masques, on a donc multiplié les enquêtes d’opinion.

« Dans un contexte financier contraint, où le risque de dépassement budgétaire apparaît inévitable, l’arrêt de certaines activités non essentielles, tels (sic) que les sondages, aurait été nécessaire », dit la dame dans son rapport. Elle a, certes, raison, mais c’est bien mal connaître le politique que de l’imaginer renoncer aux sondages, surtout en période de crise ! (Fausse) naïve, elle dresse ce constat d’évidence : c’est « un choix qui démontre qu’au cœur de la crise, les décisions du gouvernement ont été davantage guidées par l’évolution de l’opinion publique que par la poursuite de l’intérêt général ».

Le Service d’information du gouvernement aura donc avalé, en trois mois de temps, une fois et demie le budget qui lui est alloué pour l’année : doté de 14,2 millions d’euros, selon la loi de finance initiale pour 2020, « à la fin mai, près de 80 % de cette manne avait déjà été utilisée, soit un peu plus 11 millions d’euros, ce qui représente presque deux fois le montant dépensé sur la même période, en 2019 », dit le rapport, si bien que « le surcoût engendré devrait s’élever entre 15 et 20 millions d’euros, d’ici la fin du mois de juin ».

Là-dessus, 9 millions ont été consacrés à la plate-forme téléphonique destinée à informer les citoyens sur l’épidémie, ce qui paraît, semble-t-il, cohérent. Ce qui l’est moins, c’est « l’initiative malheureuse » du site anti-« fake news » qui a « mobilisé des moyens financiers et humains » avant d’être retiré devant la fronde des journalistes. La sainte parole n’a donc pas été encadrée. De vous à moi, on a parfois pu se demander s’il n’aurait pas été préférable qu’elle le fût, tant on a entendu de scientifiques obscurs ou éminents se contredire au fil des semaines dans des affirmations aussi péremptoires qu’éphémères.

La conclusion de Mme Dalloz est, toutefois, assez rassurante quant au trou financier. « Le SIG n’aspire qu’une faible partie des crédits du programme 129, baptisé “coordination du travail gouvernemental”, dont la dotation en loi de finances initiale pour 2020 s’élevait à 690 millions d’euros au total », nous dit-on. Les farces et attrapes du SIG ne seraient qu’une légère brise sur l’océan des dépenses, « il est donc permis de croire que les impacts budgétaires ne seront pas majeurs à l’échelle du programme ». Et Capital de finir sur cette note optimiste : « D’autant que le ralentissement des activités de plusieurs autres services rattachés au Premier ministre pendant la crise sanitaire laisse augurer de substantielles économies, susceptibles de compenser les dérapages du SIG. »

Qui peut y croire ?

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