Les Polonais deviennent eurosceptiques : « Polexit » en vue ?

L’euroscepticisme gagne la droite polonaise et devient une nouvelle ligne de fracture politique dans le pays.
Le président Karol Nawrocki, lors du  Conseil de sécurité nationale de février 2026. Capture d'écran @NawrockiKn
 sur X.
Le président Karol Nawrocki, lors du Conseil de sécurité nationale de février 2026. Capture d'écran @NawrockiKn sur X.

Après le Brexit, le Polexit ? Depuis des années, la question d’une sortie de l’UE est instrumentalisée comme un repoussoir par les eurofédéralistes contre les souverainistes. Et l’actualité politique polonaise vient d’en donner un nouvel exemple. Le 9 mars dernier, le président souverainiste Karol Nawrocki a annoncé qu'il ne signerait pas une loi qui porterait atteinte à la « souveraineté, à l'indépendance et à la sécurité économique et militaire » de la Pologne, en l’occurrence une aide de 43,7 milliards d'euros dans le cadre du programme européen SAFE. À la suite de cette déclaration, le Premier ministre Donald Tusk, ancien conservateur rallié à l’eurofédéralisme, n’a pas hésité à accuser la présidence de « dérive ouvertement anti-européenne ». « Appelons un chat un chat », a alors ajouté Donald Tusk, estimant que « ceux qui disent que ce sont les prémices du Polexit ont malheureusement raison ».

Instrumentalisation progressiste

Interrogé par BV sur ces échanges musclés, Olivier Bault, de l’institut polonais Ordo Iuris, constate « qu’une fois encore, l’objectif du gouvernement est de faire peur aux Polonais en pointant du doigt les conservateurs et en disant "attention, ils veulent sortir de l'Union européenne" ». Pourtant, selon lui, « ce n’est qu’un épouvantail que les progressistes ressortent régulièrement, alors qu’il n’a aucun fondement ». D’une part, « même si Karol Nawrocki est plutôt souverainiste, il n’a pas, et pas plus d'ailleurs que la principale formation de droite, le PiS (parti Droit et Justice), réclamé la sortie de l’UE pour la Pologne ». Par ailleurs, « son veto sur le programme SAFE a uniquement pour objectif d’éviter à la Pologne de devenir dépendante des exigences de Bruxelles ». En effet, en acceptant cette aide, dont le montant correspond au budget annuel de défense polonais, « le pays doit faire une demande de fonds tous les six mois, et devient donc dépendant du bon vouloir de Bruxelles, qui conditionne évidemment son aide à des critères idéologiques ». Une allégeance forcée, donc.

Euroscepticisme : les lignes bougent

Pourtant, s’il était jusqu’à récemment cantonné à une frange ultra-souverainiste, minoritaire au sein de la droite polonaise, le Polexit n’est plus un tabou, désormais. « Il gagne fortement des adeptes depuis deux ans », remarque Olivier Bault.

Cette évolution est très perceptible dans les sondages. Celui réalisé en janvier 2026 par OGB est particulièrement révélateur. En cas de référendum sur l’appartenance de la Pologne à l’UE, 24,5 % des répondants se prononceraient désormais pour une sortie, contre seulement 6,7 % en 2019. Et à la question de savoir s’ils seraient favorables à l’abandon du złoty au profit d’un passage à l’euro, 70 % s’y disent opposés.

Une étude universitaire du CBOS, datée elle aussi de janvier dernier, montre la forte progression de la défiance envers l’UE, en seulement deux ans : si les Polonais resteraient encore majoritairement partisans d’un maintien dans l’UE, les lignes ont bougé, et plutôt vite. Ils seraient désormais 38 % à estimer que l'adhésion à l'UE limite trop la souveraineté de leur pays, 6 % de plus qu’en 2024. Et ils ne sont plus que 50 % à être d’un avis contraire (-7 %).

Un autre sondage, réalisé en mars dernier par Ibris pour le média Polsat News, donne une autre information intéressante. En effet, alors que la direction du PiS reste officiellement opposée au Polexit, ses électeurs sont bien plus partagés, puisqu’ils seraient désormais 31,1 % à estimer que l’appartenance à l’UE a eu des effets négatifs pour la Pologne, alors que seulement 11,8 % d’entre eux pensent qu’elle a été un bienfait.

Le Polexit au cœur des prochaines élections

La progression de l’euroscepticisme au sein de la droite polonaise va obliger le PiS à réfléchir. « S’il veut reprendre le pouvoir, il a besoin d’alliés », constate Olivier Bault. « Il y a la Confédération, une alliance de nationalistes chrétiens et de libertariens conservateurs, qui ne réclame plus le Polexit [comme le RN en France], mais ne l’exclut pas non plus. » Mais il faut aussi trouver un terrain d’entente avec les royalistes, « la Confédération de la Couronne polonaise, ultra-souverainiste et pro-Polexit », qui constituerait une force d'appoint bien utile. Pour Olivier Bault, « la question du Polexit ne se pose pas encore directement à droite », mais le débat, c'est tout de même de savoir s'il faut « envisager un éventuel Polexit si on ne peut pas réformer l'UE, ou s'il faut l'exclure totalement ».

À ces évolutions, il faut ajouter le fait que les progrès économiques de la Pologne, qui expliquaient jusqu’à présent l’europhilie des Polonais, risquent désormais de se retourner contre l’UE. Comme le fait remarquer Małgorzata Kopka-Piątek, chercheuse à l’Institut d'affaires publiques à Varsovie, « la Pologne devrait devenir un contributeur net au budget de l’Europe à partir de 2034. Donc, l’Union perdra ce qui la rendait populaire en Pologne, à savoir des avantages financiers colossaux dont le pays a bénéficié jusque-là. »

Autant de raisons pour lesquelles le Polexit devrait s’inviter dans le débat des prochaines élections législatives polonaises, qui se tiendront aux alentours de novembre prochain.

Vos commentaires

59 commentaires

  1. Ca ne sert à rien, s’ils se « perdent » ils seront de toute façon rapidement remis dans le « droit chemin ».

  2. « La Pologne devrait devenir un contributeur net au budget de l’Europe à partir de 2034 », et ils pensent quitter l’union d’ici là, malins les Polonais.
    Par contre les français sont vraiment beaucoup moins malins avec une nouvelle hausse de la contribution de 6 milliards, déjà contributeur net de 15 milliards, Nicolas n’est pas très malin mais qu’est ce qu’il est généreux. En France on a pas de pétrole mais on a des taxes.

  3. Rien du tout. Pendant seize ans, on nous a dit Orban pourrait penser à sortir, il y pense, il en parle, il va le faire. Les élections sont perdues, et il n’a rien fait. La Pologne c’est l’UE et ça le sera toujours.

  4. Des girouettes ces gens de l’Est. Ils se rangeront tous derrière l’allemande Von Der Leyen. A coup sûr.

  5. Les Polonais ont toujours été très courageux même quand tout le monde les abandonnait! Vive le Polexit et vive le Frexit

  6. De plus en plus de pays européens sont sceptiques concernant la commission bruxelloise; certains sont pour un retrait complet, d’autres pour un remaniement. Que se passe-t-il à Bruxelles?

  7. LES PEUPLES EUROSCEPTIQUES ?
    La Méfiance des peuples vis-à-vis de la CEE ne se manifeste pas qu’en Pologne : elle est générale et le fruit d’une expérience concrète de plus de cinquante années. La CEE est contrôlée par une caste « d’Éclairés », plus Mondialistes qu’Européens, qui se considèrent au dessus des peuples « stupides ». Sans nécessairement quitter la CEE, qui peut rester une institution de concertation, il est devenu impératif de priver de tout pouvoir effectif de décision une technocratie totalitaire, un clan de prétendus « Grands Intelligents » qui étouffent les peuples européens. La CEE doit être limitée à un organisme strictement consultatif pour restituer aux nations un peu d’autonomie politique. Redonner la parole aux hommes réels, vivants, différentes et même opposés, contre l’Homme Universel, abstrait, mort, est impératif pour éviter le totalitarisme du « Meilleur des Mondes »

  8.  » Une allégeance forcée, donc. » Comportement d’une triste banalité et qui dure depuis des temps immémoriaux, mais qui était jusque là cantonné au grand banditisme. Le progrès européen dans toute sa splendeur.

  9. Dans cette histoire de l’Europe telle que conçue, on ne saura jamais assez tout le mal qu’elle a fait aux nations. Le pire, c’est que ce n’est pas terminé. Sortir de ses griffes demande de la détermination. Mais qui pour le faire ? « Ô rage, ô désespoir comme le dit si bien, dans ‘Le Cid’, Don Diègue ». Oui! Quel désespoir, quelle rage devant tant de trahison. Qui pour relever le gant ? Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? Nada !

  10. Les Polonais peuvent être eurosceptiques après s’être gavés des milliards de l’UE. Partie d’un pays ravagé par 45 ans de communisme, la Pologne est maintenant plus riche que la France en terme de niveau de vie par habitant.
    La Pologne, c’est le client d’un restaurant qui prétend le vin bouchonné après avoir bu les 3/4 de la bouteille.

    • Tant que la Pologne était un bénéficiaire net (beaucoup, beaucoup + de subventions que de contribution au budget de l’UE), elle a profité des largesses de l’UE. Mais, entre temps, elle a aussi pu observer que cela n’allait pas sans tutelle (il faut en effet souscrire à l’idéologie de l’UE pour recevoir les fonds) et la Pologne tient à son indépendance et à ses valeurs. Comme son économie s’est bien relevée, la Pologne va bientôt faire partie des pays « contributeurs nets » au budget de l’UE. Et, perdant les énormes avantages financiers de son adhésion à l’UE, elle devient réaliste et n’aura plus envie de payer des milliards d’euros pour garder une tutelle pesante qui ne lui apportera plus que des contraintes. Comme en France. Le système de l’UE est pervers et irréformable sans l’unanimité des pays membres, impossible à obtenir avec 27 pays aux intérêts nationaux divergents. Les Polonais euro-septiques ont tout compris.

  11. URGENT refonder l’Europe des nations et non pas cette Europe technocratique; retrouver la souveraineté des états en matière de politique intérieure. Ce n’est pas à des personnes non élues par les peuples de décider de ce qui est bon ou mauvais pour eux . Une Europe de coopération entre les états et non pas de soumission à la commission Européenne

    • @Nostalgique

      Ce projet ne pourra voir le jour qu’à partir du moment ou l’UE se sera disloquée! La dérive de l’UE est désormais telle qu’elle est inamendable est irréformable en l’état!

    • Cela fait des lustres (plus de 45 ans) que les politiques de tous bords veulent « changer l’Europe » pour une Europe des Nations pour les uns, une Europe des Travailleurs pour d’autres, une Europe plus sociale, une Europe plus écologique, etc. En vain : rien n’a jamais changé ! Pourquoi ? Parce que le Traité de Fonctionnement de l’UE (TFUE) est irréformable sans « l’unanimité » des pays membres. Or, il est impossible d’avoir l’unanimité avec 27 pays dont les intérêts nationaux sont divergents. L’UE a été conçue pour être une Europe de la finance, et cela convient bien au Luxembourg. La seule façon de retrouver notre souveraineté est de quitter l’UE avec le FREXIT et de continuer librement nos partenariats avec les différents pays d’Europe et du monde. Comme l’a fait le Royaume-Uni qui, aux dernières nouvelles, ne s’est pas effondré et continue d’avoir des partenariats économiques, culturels etc avec les autres pays.

      • Une petite chance maintenant qu’il n’y a plus le traitre Orban ?
        Quant au Royaune Uni, une majorité se dessine pour le retour vers l’Europe …

  12. Frémit, polexit.. non la meilleure façon c est meloni. Elle essaye de réformer l ourope de l’intérieur. Et elle réussira. Aquand une meloni en France.

    • Non, elle ne réussira pas, à part sur des points de détail, mais elle ne pourra pas réformer de l’intérieur le TFUE qui a été conçu pour être irréformable : la moindre modification doit être votée à l’unanimité, laquelle est impossible à obtenir avec 27 pays qui n’ont pas les mêmes intérêts nationaux.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Quel est le coût de ce Teknival pour la collectivité ?
Marc Baudriller sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois