C’est une nouvelle qui n’a rien de bien nouveau et encore moins d’imprévisible : la multinationale Microsoft vient de pratiquer des coupes claires dans ses rédactions anglaise et américaine. Soit près de quatre-vingts journalistes mis au chômage. Mais étaient-ce de véritables journalistes ?

À en croire Le Figaro de ce lundi 1er juin, pas tout à fait : « Les journalistes employés par Microsoft n’écrivent pas d’articles. Leur travail consiste à gérer les portails d’actualité du géant américain, une sorte de “revue de presse” que l’on voit apparaître à chaque fois que l’on ouvre un onglet dans le navigateur Microsoft Edge. »  Journalistes qui faisaient déjà figure de robots avant d’être remplacés par d’autres robots dopés aux algorithmes ? Oui.

Dans son fameux La France contre les robots, publié en 1946, l’immense Georges Bernanos annonçait déjà : « La civilisation des machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité. »

De la « qualité » ? Parlons-en ! Ainsi, et ce, toujours selon Le Figaro, Apple, autre mammouth mondialisé, vient-il d’abandonner les puces électroniques pour en revenir au traditionnel jus de cervelle. En effet, la hiérarchisation de l’information robotique avait-elle placé, fin 2018, « un article de Ouest-France sur la nouvelle propriétaire d’un salon de coiffure breton en tête d’Apple News, devant l’affaire Carlos Ghosn »

On notera qu’à l’occasion du 1er avril dernier, sur ce site, l’auteur de ces lignes avait fignolé un articulet selon lequel Alexandre Benalla était pressenti pour prendre la place de Christophe Castaner, place Beauvau. Pour donner corps à ce canular avaient été ajoutées des citations issues de journaux parfaitement imaginaires et des déclarations totalement inventées de notre confrère, le criminologue Xavier Raufer. Le tout était passé comme lettre à la poste pour se retrouver dans le Top 50 des informations du jour, sur Google Actualités…

Gag de potache qui permettait, momentanément, de contredire cette citation du même Bernanos : « Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain. »

Les algorithmes peuvent sûrement battre l’homme aux échecs ou à la belote ; mais pas forcément dans un concours d’histoires belges ou dans le règlement de paix israélo-palestinien. Car leur manque malgré tout le rire, propre bien connu de l’homme. Faute d’humour, pour les Anglais, ou d’esprit, chez nous les Français, c’est l’âme qui, au final, n’est pas au rendez-vous. Logique : ce sont des hommes qui ont créé ces machines et non point le Tout-Puissant qui, lui au moins, a le sens de la poilade ; autrement, jamais il n’aurait inventé l’ornithorynque.

Pour autant, ce mince succès n’est qu’anecdotique face à ce moloch technologique et messianique nous intimant l’ordre d’idolâtrer le moyen pour mieux passer la fin en pertes et profits. La technologie n’est qu’un outil, tel le pinceau pour un peintre, pour lequel l’outil n’est rien s’il n’y a pas la main, la grâce et le cœur derrière. Pour résumer, n’importe quel clampin peut acheter un pinceau, mais devenir Edgar Degas n’est pas non plus à la portée du premier venu. Internet est également un moyen fantastique, mais ce n’est qu’un simple moyen et pas une fin. Tout comme la démocratie n’est qu’un moyen et non pas une fin en soi, laquelle fin consiste à définir et articuler le bien commun d’une cité, d’une nation, d’un peuple. Et là, la démocratie n’est jamais qu’un moyen comme les autres et non pas un but à atteindre.

Pour conclure, on laissera une dernière fois la parole au regretté Georges Bernanos : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Il n’est pas sûr qu’une machine aurait pu conceptualiser un tel de concision et d’intelligence.

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