Armées - Editoriaux - 1 avril 2019

Les gendarmes n’en peuvent plus

L’Union nationale des personnels et retraités de la gendarmerie (UNPRG) a lancé son propre grand débat national. Pour cela, la principale association de gendarmes a consulté ses 104 présidents départementaux. Et le constat, révélé par L’Essor et transmis, il y a quelques jours, aux parlementaires de la commission d’enquête sur les moyens des forces de sécurité est sévère et alarmant.

D’abord le contexte actuel voit s’enchaîner « une extrême violence en hausse constante avec les manifestations des gilets jaunes ». Violence qui entraîne, chez les gendarmes, usure et fatigue.

Premiers touchés, les gendarmes mobiles. Un des adjoints de l’UNPRG cite l’exemple d’un escadron qui, « depuis le 18 novembre, n’a eu que trois week-ends de repos, dont Noël ». Cette mobilisation à outrance, notamment les samedis, empêche tout congé, impliquant le report des réunions de famille et des vacances. Les femmes des “moblots” se retrouvent enfermées dans les casernes, ne voyant que rarement leurs maris, ceci, pendant des semaines entières. Si c’est Castaner qui trinque au Noto, ce sont les familles qui en bavent, touchées de plein fouet par ces absences répétées. Elles souffrent d’autant plus que quinze escadrons ont été supprimés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, dont celui que j’ai commandé à l’époque.

Du côté de la gendarmerie départementale, le constat n’est guère plus brillant. Les brigades sont en « sous-effectif permanent ». Pour l’UNPRG, deux raisons à cela : les « personnels mutés non remplacés » et « la création de cellules particulières, brigades de contact qui sont mises sur pied mais sans affectation d’effectif ». Ceci, alors que de nombreuses brigades ont été fermées ou regroupées. Ainsi, avec un canton de plus de 4.500 habitants, une brigade a été supprimée et son effectif dispatché dans des unités environnantes à vingt kilomètres de celle qui a fermé.

Ensuite, plus généralement, l’association estime que l’attractivité de la gendarmerie est en « forte baisse », due notamment aux face-à-face avec les gilets jaunes. Il ne faut pas oublier que les candidats à la gendarmerie restent, en priorité, issus de la France périphérique. Or, c’est cette France qui fournit les gros contingents des gilets jaunes. Une telle baisse a des conséquences néfastes. « Un faible niveau de recrutement »“, qui amène des jeunes recrues à intégrer la gendarmerie en étant inaptes à répondre à la charge considérable des missions en constante augmentation. Cette surcharge de travail empêche l’institution de fidéliser ses personnels. Ainsi, 75 % d’entre eux la quittent avant la limite d’âge, préférant un emploi moins ingrat.

Pour Gérard Sullet, secrétaire général de l’association, il est urgent, face à ces dérives, d’augmenter les effectifs le plus rapidement possible : en gendarmerie départementale, mais encore plus en gendarmerie mobile. À cette fin, l’UNPRG demande une nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dans laquelle seraient inscrits ces recrutements mais aussi « une amélioration des conditions de vie et de travail […] surtout à l’égard des familles ».

Ce qui est important, dans ces remarques exprimées par les retraités, c’est qu’elles reflètent ce que pense l’active car, comme la gendarmerie est un corps militaire, ses membres ne peuvent exprimer directement leurs doléances et font passer ces dernières par la voix des anciens de l’arme.

Pendant ce temps, les manifestations de gilets jaunes se poursuivent, Jupiter se déplace en France protégé par une cohorte de gendarmes et le gouvernement pense plus aux élections européennes qu’aux surcharges de travail des forces de l’ordre.

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