Editoriaux - International - 1 avril 2019

Élections présidentielles : l’Ukraine va-t-elle donner le pouvoir à un comique ?

Dimanche s’est tenu le premier tour des élections présidentielles en Ukraine. Il s’agissait des deuxièmes élections depuis le coup d’État de l’Euromaïdan en février 2014, qui avait préparé la prise de pouvoir de l’oligarque Petro Porochenko.

Les estimations, à la sortie des urnes, ce dimanche, ont placé Volodymyr Zelensky, comédien vedette de la télévision, largement en tête, avec plus de 30 % des voix, suivi de loin par le président sortant, à seulement 17 %.

Porochenko paye sa très mauvaise gestion de l’Ukraine depuis l’Euromaïdan. Depuis qu’il a pris le pouvoir, l’Ukraine n’a cessé de se déliter. La guerre civile fait des ravages au sud-est, où deux républiques autoproclamées au Donbass refusent l’autorité issue du coup d’État. Malgré l’abondante aide de Bruxelles et de Washington et des emprunts massifs auprès du FMI, l’Ukraine du président Porochenko est, aujourd’hui, le pays le plus pauvre d’Europe. Un rapport de 2018 du Crédit suisse classe même l’Ukraine derrière le Bangladesh en termes de pauvreté et l’ONU souligne que 60 % des Ukrainiens vivent sous le seuil de pauvreté. Pour beaucoup d’Ukrainiens, la seule issue est l’exil.

Zelensky, quant à lui, représente l’espoir et surtout le ras-le-bol des Ukrainiens, qui ne croient plus en leur classe politique dominée par des guéguerres entre oligarques qui se soucient de tout sauf du bien commun. Le score impressionnant de Zelensky est à la hauteur de l’exaspération du pays, qui jette son dévolu au premier tour sur un acteur de 41 ans qui n’a aucune expérience politique. Il est soutenu en coulisse par l’oligarque Igor Kolomoïsky (le grand rival de Porochenko) mais l’homme d’affaires reste dans l’ombre pour laisser son poulain seul face aux caméras, là où il excelle.

Le programme de Zelensky est flou mais simple : il souhaite la fin de la guerre au Donbass, mettre un terme définitif à la corruption et rendre les Ukrainiens prospères. Il veut intégrer l’OTAN et l’Union européenne (qu’il soumettrait à référendum) mais il veut aussi revenir sur les lois contre la langue russe. Sur le papier, ça peut séduire une partie des Ukrainiens pro-Euromaïdan, mais comment un homme sans expérience va-t-il y parvenir dans un système gangrené par les intrigues d’une oligarchie très peu encline à céder une once de pouvoir au premier clown venu ?

Porochenko va avoir du mal à revenir dans la course, tant l’écart est important, mais c’est un briscard de la politique et, dans le mois qui vient, il va sortir tout son arsenal pour déstabiliser son adversaire. Il faudra surveiller de près les opérations sous fausse bannière et la fraude au deuxième tour. Saura-t-il séduire les électeurs des 37 autres candidats présents au premier tour ? Dans l’Ukraine post-Euromaïdan, tout reste encore possible. À l’ouest on a coutume de dire qu’un politicien est un bon comédien. Au deuxième tour, le 21 avril prochain, on verra si les Ukrainiens pensent qu’un comédien peut faire un bon politicien ; mieux : un bon président.

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