Les nouveaux maires écolos sont-ils porteurs d’espoirs ? Pour les bobos des grandes villes comme Bordeaux, Strasbourg, Lyon ou Marseille, sans doute, mais ces métropoles ne sont pas toute la France. Un sondage publié, le vendredi 3 juillet, par Le Huffington Post, vient remettre les pendules à l’heure. La vague écologique n’est qu’une vaguelette, grossie par les médias : beaucoup de Français sont sceptiques sur l’efficacité des nouvelles municipalités.

Si, pour 49 % d’entre eux, les Verts feront mieux que leurs prédécesseurs sur les questions écologiques – ce qui est la moindre des choses pour des militants de cette cause –, 20 % estiment qu’ils feront moins bien dans le domaine de la sécurité, 49 % qu’ils ne seront pas plus efficaces dans le secteur économique, 30 % des sondés jugeant même qu’ils seront pires que les autres. C’est dire que les nouveaux maires écolos sont loin de faire l’unanimité et d’inspirer une confiance tous azimuts.

Ce n’est pas un hasard si les villes gagnées par les Verts, le plus souvent avec la gauche, sont de grandes métropoles. L’exemple de Bordeaux est instructif. Ce bastion de la droite depuis 73 ans, marqué par les mandats d’Alain Juppé, qui a réveillé « la belle endormie », a été gagné par l’avocat , allié aux principaux partis de gauche, excepté le NPA qui a fait cavalier seul. Comme à Paris, où Anne Hidalgo l’a facilement emporté avec les écologistes, cette ville, déjà bourgeoise, s’est de plus en plus boboïsée, la proximité de la capitale, grâce au TGV, attirant les Parisiens, et le prix de l’immobilier repoussant dans les banlieues les catégories sociales les moins favorisées.

La victoire des écologistes est donc la victoire d’une bourgeoisie aisée qui trouve dans l’écologie et l’idéologie de gauche – tant qu’elles ne touchent pas trop à son portefeuille – des motifs de se donner bonne conscience et d’être dans le vent. Il faut dire qu’Alain Juppé, avant sa retraite au Conseil constitutionnel, avait bien profité de cette sociologie, faisant la cour aux lobbies LGBT et aux écologistes de tout poil. Mais son héritier, Nicolas Florian, à qui les sondages prédisaient le fauteuil de maire, n’a ni la personnalité ni l’aura de l’ancien Premier ministre. Les Bordelais le lui ont fait savoir.

Une autre cause explique le succès inattendu de Pierre Hurmic. Pour assurer ses chances, Nicolas Florian a jugé bon de s’allier, entre les deux tours, à Thomas Cazenave, tête de liste LREM. Mal lui en a pris ! Les Français n’aiment guère ceux qui semblent prêts à manger à tous les râteliers. Pensant gagner des voix supplémentaires, il s’est privé des voix d’électeurs pour qui la probité et la fidélité à des convictions passent avant les combinaisons opportunistes. Alain Juppé, venu soutenir son dauphin, n’avait plus qu’à faire part de sa « tristesse » et constater, non sans quelque amertume, qu’« il y a eu une vague verte en France. Et c’est la démocratie. » Une façon d’occulter sa propre responsabilité dans la perte de la mairie bordelaise.

Il faut donc relativiser la victoire des écologistes dans plusieurs grandes villes. Elle résulte plus de leur composition sociologique, des maladresses de la droite, d’alliances contre-nature que d’une adhésion profonde aux thèses écologistes. La droite française, ou ce qu’il en reste, ferait bien d’en tirer les leçons. Elle ne peut espérer revenir un jour au pouvoir que si elle reste fidèle aux principes de souveraineté, d’autorité, de méritocratie et défend le patrimoine culturel de la France. Elle gagnerait plus à rechercher l’unité avec les partisans de ces principes qu’à courtiser ses adversaires.

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