Editoriaux - Médias - Radio - 2 septembre 2019

Les dévotions à sainte Greta bientôt obligatoires ?

Certes, nous vivons un temps où tout s’accélère et, certes, on sentait bien que ça finirait par arriver… mais pas si vite, pas tout de suite. Encore un peu de temps, Monsieur le bourreau…

Nein. Niet. Nada. Pas de répit, on s’agenouille devant Greta, et fissa !

L’injonction – sans doute bientôt suivie de sanctions – nous vient dans la bouche d’Hervé Gardette, officiant du « Grain à moudre » sur France Culture.

Samedi dernier, sous le joli titre de « Thunberg, persona non Greta », il s’interrogeait sur cette épineuse question de société : « Pourquoi les seniors détestent-ils autant la jeune militante suédoise ? »

On pourrait résumer sa thèse d’une phrase – « c’est parce que ce sont de vieux cons » – mais ce serait ignorer toute la subtilité de l’analyse. Ignorer aussi que ce monsieur ignore les senior.esses. Or, étant moi-même une vieille chose de sexe féminin, je revendique, au nom de l’égalité et de la parité, le droit de rigoler et de m’agacer des génuflexions devant la gamine aux tresses.

Hervé Gardette le confesse, il a lui aussi éprouvé une violente crise de rejet devant Greta Thunberg, d’autant, dit-il, qu’il est « allergique à tout phénomène d’engouement collectif ». Et là, de fait, on est servi. Il en était donc là de son prurit lorsqu’il est tombé sur un tweet de Laurent Alexandre, homme brillant s’il en est et qui, au-delà de ses brillants titres universitaires, ose se présenter comme « anti-collapsologue et… anti@gretathunberg ».

Deux péchés socialement mortels sachant que le cas de ce monsieur, fondateur du site Doctissimo, est déjà quasiment désespéré. J’explique : il a eu l’audace, voilà quelques semaines, de répondre aux questions de Boulevard Voltaire. Autrement dit, il est porteur de la peste brune.

Donc, Hervé Gardette lit ce tweet horrifiant : « Je suis pas jaloux de @gretathunberg ! J’aimerais pas avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoidéation, et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule ! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation. »

Il en est tout bouleversé, notre Gardette : « L’attaquer sur son physique, sur son trouble du spectre autistique : les mots m’en tombent ! » Il lui en reste toutefois assez pour s’interroger : « Laurent Alexandre, s’il est un des plus odieux, n’est pas le seul à s’en prendre à Greta Thunberg », ajoute-t-il. « Michel Onfray, Pascal Bruckner et pas mal d’autres grands garçons partagent la même détestation. Comment expliquer un tel déchaînement ? » Et de poser alors cette hypothèse : « Faut-il y voir les spasmes d’un patriarcat aux abois, ne supportant pas qu’une gamine remette en cause sa virilité déclinante ? »

Il le dit, « n’étant ni féministe ni psychanalyste », ce qui lui donnerait sans doute une compétence particulière en ce domaine, il n’avance là qu’une hypothèse.

Il est rigolo, ce Gardette, car à machiste, machiste et demi. En effet, si l’on suit son raisonnement, toute personne de sexe féminin, jeune ou « senior », devrait donc, par le seul fait qu’elle est femme, s’agenouiller sans discuter devant sainte Greta.

Ou alors, suivant son analyse essentialo-existentialo-medicalo sexuée, peut-être mon agacement est-il dû aux spasmes d’une ménopause mal digérée, à moins que mon aversion ne soit l’effet d’une jalousie féminine archaïque dictée par la chasse aux mâles qui remonte aux cavernes…

Enfin, Hervé Gardette a trouvé un soutien rassurant dans l’analyse sans concession de Philippe Watrelot, professeur de sciences économiques et sociales, qui écrit sur le site AOC : « Greta Thunberg fait en France l’objet d’attaques scandaleuses. Ces réactions offrent l’occasion de prendre toute la mesure de la relation problématique qu’entretiennent nombre de nos concitoyens à l’autonomie de la jeunesse dans un système scolaire encore fortement hiérarchisé. »

« La “Gretaphobie” est surtout une jeunophobie ! », affirme ce monsieur. S’il le dit…

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