Economie - Editoriaux - Société - 26 octobre 2018

Les automobilistes sautent de joie, le prix des carburants saute aussi

La vie collective des Français est faite de surprises et de constantes, année après année. Toutefois, depuis que l’on est passé des Trente Glorieuses aux “Trente Miteuses” actuelles, les surprises sont, le plus souvent, de mauvaises surprises et les constantes de mauvaises tendances.

Une constante qui a la vie dure depuis la vignette du bon monsieur Ramadier, en 1956, pour améliorer la retraite des vieux, c’est l’exploitation de l’automobiliste.

Pendant les Trente Glorieuses, le conducteur râlait en faisant son plein pour partir en vacances, mais il partait en vacances, tout joyeux quand même. Aujourd’hui, il écarquille les yeux en regardant le compteur de la pompe, avant de partir au travail à vingt ou quarante kilomètres de là, travail qu’il conserve précieusement malgré l’éloignement de son domicile, de peur de se retrouver chômeur. Tout le monde n’a pas la chance d’habiter à côté du métro, du RER ou du TER vers la ville voisine ou le centre-ville.

La presse “mainstream”, jamais en retard d’une pseudo-protestation vaine ou alibi, s’inquiète de la « grogne des automobilistes ». Europe 1, toujours objective et novatrice, a promené son micro dans une station des Ulis, dans l’Essonne, après la décision du gouvernement d’augmenter la fiscalité des carburants à 60 % de leur prix au nom de la très vague “transition écologique”. Résultat garanti.
« Le plein fait, [une certaine] Sylvie rabat le clapet du réservoir d’essence et lève les yeux sur le compteur. “90 euros ! Il y a six mois, j’en mettais soixante””, constate-t-elle. “Mon mari a une voiture, j’en avais une autre. On a dû en supprimer une”, déplore cette conductrice. “C’est du racket ! On paye toujours”, s’agace de son côté Jacqueline (prénom bien de chez nous et bien choisi), pour qui cette hausse est d’abord un moyen de remplir les caisses de l’État. “L’écologie a bon dos. Eux, ils prennent l’avion, se promènent. Je ne les vois pas aller au Conseil des ministres à vélo”, relève-t-elle. Regrette-t-elle Taubira ?

Mission d’information utile et objective remplie. En connaissez-vous beaucoup qui sautent de joie quand le prix des carburants saute aussi ? Le reportage, novateur, suggère que la révolte gronde. Macron, que les interviewés ont élu, tremble. Je rigole, plutôt que de me laisser gagner par le découragement.

Rien ne change en France, sauf la continuelle aggravation de la situation, soigneusement occultée par une presse qui fait semblant d’être libre.

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