« Que faire ? » L’interrogation de Lénine prend tout son sens, à droite, au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron. Avant de parler d’union des droites, il convient de dresser le tableau des forces en présence au-delà de la défaite du « bloc national populiste » face au « bloc mondialiste et élitaire ».

Marine Le Pen a échoué pour la troisième fois, quatre si l’on compte l’élection présidentielle de 2007 qui la vit travailler comme directrice de la dernière campagne de Jean-Marie Le Pen. Cette troisième élection la voit donc échouer au second tour avec un peu plus de 41 % des voix. Une nette progression, quand on compare avec son score de 2017. La machine à diaboliser a de toute évidence bien moins fonctionné qu’à l’échéance précédente. Emmanuel Macron le sait. Il a tacitement évité la confrontation et a réussi l’exploit d’apparaître aux yeux de beaucoup comme le véritable extrémiste de cette campagne, n’hésitant pas à montrer sa supériorité, perçue cette fois comme du mépris lors du débat d’entre-deux-tours. Aussi, Marine Le Pen a vu se rallier à sa candidature plusieurs millions d’électeurs supplémentaires par rapport à 2017. Elle arrive en tête au second tour dans 158 circonscriptions (et 28 départements, contre deux en 2017), d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur. « 13 millions et demi de voix, ce n’est pas rien », s’est félicité Louis Aliot, sur l’antenne de France Inter, ce lundi matin. En effet, mais cela ne suffit pas. Pour Jérôme Sainte-Marie, en tout cas, cela ne fait pas un pli : « Le bloc élitaire s’est constitué mais force est de constater que le bloc populaire n’y parvient pas. »

Au RN, en tout cas, on semble se satisfaire de la demi-défaite après avoir célébré la demi-victoire du premier tour. En effet, chez Marine Le Pen comme chez Jean-Luc Mélenchon, on se rêve en leader de l’opposition face à un Emmanuel Macron présenté comme affaibli. Une illusion, pour Sainte-Marie : « Macron n’a pas gagné, il a triomphé. Il a les mains libres et il peut faire ce qu’il veut pendant cinq ans. Non seulement il a renforcé sa base, il a réussi à se faire largement réélire et, face à lui, il a des oppositions qui sont multiples et irréconciliables. »

Reconquête-RN : l’impossible réunion ?

Si Éric Zemmour avait voulu crisper l’état-major de Marine Le Pen, il ne s’y serait pas pris autrement. Marine Le Pen avait à peine fini sa prise de parole que le président de Reconquête, crédité d’un peu plus de 7 % au premier tour, a lui aussi donné son avis sur le résultat : « Hélas, c’est la 8e fois que la défaite frappe le nom des Le Pen, je voyais cette défaite venir depuis tant d’années. » Au RN, on manque de s’étouffer : « Des propos insultants pour tous les patriotes qui se battent depuis des décennies. Indigne ! », cingle Philippe Olivier, l’un des principaux conseillers de Marine Le Pen et mégrétiste repenti. Enfilant donc le costume de Cassandre qu’il connaît bien, Zemmour a ensuite tendu la main et proposé une grande union nationale en « oubliant nos querelles et unir nos forces ». Compliqué à vendre après avoir désigné Marine Le Pen comme responsable de plusieurs années de défaite électorale. Zemmour a acté un tour d’équilibriste précaire, dimanche soir. Depuis, ses troupes s’activent autour de ce projet de coalition : « On va tout tenter dans les prochaines heures », prévient l’entourage d’Éric Zemmour. Pas certain que chez Marine Le Pen, on soit très pressé d’avoir des nouvelles du jeune parti de droite. Quoi qu’il en soit, en ce soir de second tour, Marine Le Pen n’a pas fait assez pour se permettre de refuser des alliances, mais suffisamment pour que tous, au RN, pensent qu’ils peuvent faire mieux. Entre le RN qui pense se passer de soutien et Reconquête qui confond main et doigt tendus, l’union du camp national est loin d’être faite.

25 avril 2022

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