Les ressorts de la politique menée à Paris par depuis qu’elle occupe la mairie me paraissaient jusqu’à présent assez mystérieux. Une tribune publiée dans Libération, le 12 janvier, par plusieurs élus parisiens en donne enfin les clés de compréhension.

Une série télévisée franco-américaine, intitulée , connaît un gros succès sur Netflix depuis le mois d’octobre 2020. Le scénario relate la découverte de la capitale et des mœurs françaises par une jeune Américaine venue travailler dans une agence de marketing haut de gamme. De défilés de mode en terrasses de cafés, l’essentiel de ses aventures se déroule au centre d’un Paris de « carte postale » romantique, habité par des bobos friqués qui mènent une vie sentimentale et sexuelle débridée. La série recourt largement aux clichés et préjugés, tant dans le portrait qu’elle propose des Français que dans la peinture d’un Paris mythifié. Mais son succès international s’est traduit par une multiplication du nombre de touristes dans la capitale et par une forte hausse de la demande de biens immobiliers émanant d’étrangers, surtout anglais et américains. Les commerces, boulangeries, restaurants et cafés en profitent aussi.

On peut s’agacer de cette description d’un Paris chic et toc, propret et policé, qui correspond si peu à la réalité de la ville sous la gestion d’, ou s’inquiéter de cet envahissement anglo-saxon. Mais il est étonnant que les premiers à dénoncer cette publicité mensongère soient les élus écolos de Paris, comme David Belliard, premier adjoint au maire, chargé de la transformation de l’espace public, des transports et de la voirie, ou son distingué collègue Dan Lert, adjoint chargé du climat et de la transition écologique. Les motifs de leur irritation ne sont pas moins surprenants : à leurs yeux, la vision d’un « Paris instagrammable, couleurs impeccables et perspectives idéales », « au patrimoine architectural homogène et figé », n’est pas écologique ! Ils ambitionnent, écrivent-ils, de « redéfinir collectivement les critères du beau et de la préservation du patrimoine à l’épreuve du choc climatique auquel nous sommes confrontés ». J’imagine que dans leur esprit, le bouquet d’anus multicolore planté par Jeff Koons et Hidalgo à côté du Grand Palais symbolise la lutte contre le CO2

La prétention de modifier l’aspect jugé rétrograde de la capitale, qui pointe derrière le paravent de l’écologie, aboutit à proposer, par exemple, de repeindre en blanc les toits de zinc des immeubles haussmanniens. En voilà, du moderne ! David Belliard lui-même enfonce le clou en élevant le débat à la hauteur d’un combat moral : « Ce Paris idéalisé, ce Paris qui ne bouge pas, il ne peut pas exister et surtout, il ne doit pas exister. […] Ce n’est ni désirable ni viable comme réalité, poursuit-il. Et si nous ne bougeons pas, nous ne pourrons plus vivre à Paris, parce que les dérangements climatiques vont décider pour nous. » La bougeotte comme remède au réchauffement, fallait y songer !

Voilà en tout cas qui éclaire d’un nouveau jour la politique de la mairie de Paris. Ceux qui pensaient que la décrépitude et la puanteur croissantes de la capitale tenaient à l’incapacité du maire et de sa municipalité sont détrompés : avait déjà interdit l’accès de Paris aux banlieusards avec la vignette anti-pauvres Crit'Air (il fallait les socialistes pour l’oser), ses adjoints veulent aussi renvoyer dans leurs pénates les riches touristes bernés par Emily : restez chez vous, Paris est crado, Paris pue !

Encore un effort et l’on n’y verra plus la queue d’un chat – seulement celles des rats. Le surmulot (comme on dit à la mairie), dont je soupçonne la municipalité de pratiquer l’élevage intensif dans les sous-sols de l’hôtel de ville, devient ainsi le totem écologiste par excellence, l’emblème hidalgien de la lutte contre le carbone par la crasse. Reste, toutefois, un défi à relever : les Jeux olympiques de 2024 à Paris risquent de favoriser l’arrivée d’un tas de touristes supplémentaires qui augmenteront sans scrupule le taux de CO2. Comment les dégoûter ? Si vous avez des idées, envoyez-les à David Belliard, pour une ville toujours plus verte, plus moche, plus sale.

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21 janvier 2023

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22 commentaires

  1. Oui, PARIS a changé ! Sans remonter au Moyen-Age, il a connu plusieurs phases de beau et de laid. Je l’ai connu il y avait encore des pavés de bois, des rails de tramway recouverts de bitume par certains endroits, des monuments et immeubles Haussmanniens tout gris, des arrondissements comme le 20è- 19è – 11è insalubres, etc… puis est arrivé un miracle, Malraux tout d’abord, ensuite la volonté de raser tout ce qui était misérable (encore que ce fut parfois au détriment de ses habitants) mais malgré tout ces quartiers dit ouvriers, c’est endroits comme Pigalle Montmartre, restaient l’identité et l’image de Paris, tant envié dans le monde! Même la gouaille de certains chanteurs comme Chevalier, Piaf, la poésie de Trenet, tout s’exportait ! Mais il a fallu la volonté d’une seule femme pour venir à bout de cette image : [ HIDALGO ! ] HÉLAS, je crains que le glas est sonné, même avec la volonté de réparer, le mal est fait, nous n’aurons jamais l’argent pour le faire et combien de Français cela intéresseraient-ils ? Il n’y aura bientôt plus personne pour regarder avec nostalgie PARIS !

  2. Oui, les Jeux olympiques de 2024 à Paris vont favoriser l’arrivée d’un tas de touristes supplémentaires qui augmenteront sans scrupule le taux de CO2, mais surtout de faux touristes qui une fois finis les Jeux vont rester comme immigrés….

  3. J ai habité Paris, entre 1979 et 1987, c était vivable relativement sympa au début, puis ça s est dégradé… j ai eu maintes fois l occasion d y retourner, pour le travail, pas par envie, suffisamment pour constater un changement toujours plus déplaisant. Ce qui est certain, c est que je n y mettrais plus jamais les pieds, un boboland vert ne me tente plus…

  4. Ils ambitionnent de « redéfinir collectivement les critères du beau  » : Eh béh ! Ils font une sacré paire, ces deux là ! Le beau est une réalité objective depuis des millénaires, et … » le collectif », c’est quoi ,au juste ? le petit entre-soi gauchiste/pastèque ?

  5. Parisiens nombril du monde, quand vous débarquez à la campagne, vous êtes intransigeants, pas de bruits matinaux, pas d’odeurs de bêtes. Eh bien restez Parisiens, vous aurez la plus belle capital du monde pour vous. En fin de compte on a ce qu’on choisit. N’est-ce pas.

  6. J’aimerais savoir, dans le détail, quelles sont les occupations d’un adjoint chargé du climat ! Depuis la nuit des temps, l’humanité subit le climat, et tente de s’y adapter de son mieux. Mais à Paris, si on se rôtit ou si on gèle sur pied, si on se dessèche ou si on se noie dans les rues, il y a un responsable, un Monsieur Climat qui peut faire la pluie et/ou le beau temps. Si le climat se dérègle, sans doute convient il de sacrifier ce haut responsable sur l’autel de l’Ecologie, pour s’attirer la clémence des dieux.

  7. Quelqu’un a élu, puis réélu ces dérangés verts. La population locale a donc tout lieu d’être satisfaite. Sauf que Paris, capitale de la France, devient un espace réservé. Il faut montrer patte blanche pour y entrer.

  8. Rassurez vous beaucoup de touristes ne viendront pas , ce qui s’est passé au stade de France en a dégouté un bon nombre , quand aux français très peu feront le déplacement vers ce Paris sale ou règne l’insécurité . Aucune envie de se faire agresser , voler ou violer .

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