Editoriaux - Politique - 22 juillet 2019

Le transparent François de Rugy victime de la tyrannie de la transparence ?

Aujourd’hui, la « transparence » – en matière politicienne, surtout – est en passe de devenir à la fois mantra et injonction publique. On remarquera que nos hommes et femmes politiques avaient, depuis longtemps, largement devancé l’appel, devenus tellement fades et incolores qu’on pouvait presque lire au travers.

François de Rugy, ex-ministre de la Transition écologique et solidaire et ancien président de l’Assemblée nationale, qui faisait partie des apôtres de cette même « transparence », en paye aujourd’hui le prix, pour les affaires qu’on sait. Homard l’a tuer, pour résumer. Pourtant, deux enquêtes diligentées par Matignon et le palais Bourbon auraient désormais plutôt tendance à le blanchir.

Tout ça pour ça ? Aurait-il trop tôt démissionné ? Certes, il est encore suspecté d’avoir détourné 9.200 euros de son indemnité parlementaire pour financer son parti d’alors (Europe Écologie Les Verts) avant qu’il ne le trahisse pour passer avec armes et bagages à cette Macronie alors triomphante. Le tout en une « transparence » un brin aléatoire, mais qui prouvait au moins qu’en matière de recyclage, François de Rugy n’avait de leçons à recevoir de personne.

Après, qu’il soit coupable ou non des méfaits que lui reproche Mediapart, site contre lequel il vient d’ailleurs de porter plainte, importe peu.

Entendons-nous : quand le couple Balkany est traîné devant la Justice pour telles ou telles malversations, on ne s’étonne guère. Mais au moins, les flamboyants Thénardier de Levallois-Perret nous épargnaient-ils les leçons de morale humanistes. Toute la différence entre le sémillant Patrick et, par exemple, un autre écolo de haute école, donneur de leçons humanistes professionnel, Denis Baupin, parangon de féminisme de combat, poissé pour des histoires de harcèlement. D’un côté, le jouisseur cynique ; de l’autre, le vicieux hypocrite. Personne n’est évidemment sommé de choisir son camp, mais on reconnaîtra à l’un de ne pas ajouter la tartufferie à ses turpitudes.

Cette nouvelle tyrannie de la « transparence » ne nous tombe pas de Vénus, mais plus prosaïquement de ces pays nordiques ayant de longue date façonné le droit européen, lequel finit tôt ou tard par donner la tonalité de nos lois nationales. Car si nos vieilles civilisations latines et catholiques cultivent le goût de la discrétion – on met des persiennes aux fenêtres –, leurs homologues protestantes, dès la Wallonie passée, laissent les leurs grandes ouvertes. N’importe quel badaud peut donc regarder ce qui se passe dans le salon des voisins : normal, ils n’ont rien à cacher. Chez les catholiques, il y a le secret de la confession. Chez les protestants, cette dernière peut être parfois publique, comme jadis chez les maoïstes et autres marxistes-léninistes.

Emmanuel Macron serait-il en passe de comprendre que tout ceci va trop loin ? C’est à se demander : « Nous devons être attachés à la vérité, mais aussi à la présomption d’innocence, à la capacité à laisser à chaque personne de défendre son honneur et de plaider sa vérité. » Voilà qui n’est pas faux, mais qui serait encore plus vrai si ce droit avait été, hier, accordé à un Jean-Marie Le Pen ou, aujourd’hui, à une Nadine Morano ; eux dont les seuls crimes consistent finalement à dire un peu haut ce que tant de Français pensent tout bas, pour reprendre l’expression consacrée.

Ces choses écrites, on découvre qu’un François de Rugy avait encore un « honneur » à « défendre », lui qui se parjura en 2017 en soutenant Emmanuel Macron alors qu’il s’était engagé à soutenir le candidat sorti vainqueur de la primaire à gauche.

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