« Le temps n’est pas à la polémique », dit le gouvernement ? Bien sûr que si !

C'est ici et maintenant, face aux braises encore chaudes, que les comptes doivent être réglés. Sinon, une actualité chassant l'autre, ils ne le seront jamais. Et l'État le sait bien.
© Kenzo TRIBOUILLARD / POOL / AFP
© Kenzo TRIBOUILLARD / POOL / AFP

Le gouvernement a dégainé l’outil rhétorique habituel pour faire taire la critique.

« Le temps viendra du retour d’expérience, mais on le fera en bon ordre et au bon moment », a déclaré, lundi soir, Emmanuel Macron. « On ne le fait pas en plein milieu de la bataille. » « On doit tous être unis derrière les combattants du feu. » « On reste unis pour gagner la bataille. » L’argument est imparable : quelle sorte d’irresponsable faut-il être pour agir dans le désordre, au mauvais moment, désolidarisés des pompiers, en pagaille afin de perdre la bataille ?

« Je sens que les critiques affluent. Les gens ont le droit d’être en colère et de l’exprimer mais le temps de la polémique n’est pas venu, le feu n’est pas fini », renchérit la préfète, en écho. « On est encore dans l’urgence, ça brûle ici et là. » Malheur à ceux qui osent ne pas avoir le petit doigt sur la couture du pantalon. La préfète leur fait les gros yeux : ils voudraient donc détourner le regard du brasier, démobiliser les pompiers et déconcentrer les Français ?

On connaît la chanson

Bref, taisez-vous. « Le temps viendra du retour d’expérience », mon œil. « Le temps de la polémique n’est pas venu », mais il ne viendra jamais. Nous connaissons tous la chanson, la ficelle est usée. Au moment du Covid-19 : contester les mesures coercitives sanitaires absurdes ? Vous n’y pensiez pas ! Il fallait serrer les rangs, vous ne voyiez donc pas que nous étions en guerre, pas une tête ne devait dépasser, c’est de la santé, de la vie ou de la mort des Français qu'il était question !

Après chaque meurtre atroce : c’est le temps de l’émotion, du recueillement… Bande d’indécents qui venez instrumentaliser, récupérer… « Se servir du cercueil d'une gamine de douze ans comme on se sert d'un marchepied, c'est une honte », avait éructé, après le meurtre de la petite Lola par une Algérienne sous OQTF, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, lors des questions au gouvernement. Par une inversion accusatoire éhontée, le député LR Éric Pauget était passé d'un coup sur le banc des accusés d’avoir dénoncé le laxisme de la politique d’immigration. Sans imagination, Éric Dupond-Moretti recyclera son horrible métaphore pour Lyhanna : interdit, dans ce drame, de souligner la faillite de la Justice.

Outrecuidance et incompétence

On imagine que cette fois, dénoncer l’impéritie du gouvernement revient à piétiner le catafalque des pompiers décédés ? Leur outrecuidance rime avec leur incompétence.

C’est pourtant maintenant, au contraire, qu’il faut en parler, interroger les responsabilités et réclamer des moyens. Car une actualité chassant l’autre, ces sujets passeront bien vite à la trappe et la rentrée sera occupée par d’autres sujets. Ceux qui nous gouvernent le savent parfaitement.

Que des bénévoles admirables - agriculteurs, artisans… - accourent de toutes parts pour aider les pompiers est un signal d’espérance magnifique pour la France mais, en même temps, celui d’une perte de confiance tragique : comme en matière sécuritaire, comme pour l’Éducation nationale (avec les écoles hors contrat), la France bien élevée a compris qu’elle ne pouvait plus compter sur l’État et devait désormais se débrouiller seule, ou presque, en se serrant les coudes.

Le pire des reproches, finalement, c’est celui-là, et il ne vient ni de l’opposition politique, ni des médias, mais des citoyens désabusés.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

206 commentaires

  1. En Gironde Monsieur Macron n’était pas accomagné de Madame Brigitte. Quel dommage ! En revanche Madame Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée a fait coup double : visite sur le Tour de France et hommage aux soldats du feu comme à tous ceux qui les aident. Pour ces gens-là c’est toujours positif de se montrer, spécialement à l’occasion de nos drames. Et peu importe la perturbation des organisations en place et qui luttent contre le feu, n’est-ce pas…

  2. Bonjour à tous,
    Voilà le discours servi le 28 octobre 2022 aux Français par Macron suite aux incendies ayant ravagé 72.000 hectares en 2022 dans 50 départements et territoires, soit plus que toutes les surfaces brûlées en 10 ans de 2012 à 2021.
    « Je le disais, nous avons fait beaucoup ces dernières années. Nous avons réinvesti et permis de renouveler un parc qui était défaillant et nous l’avons complété. Dans l’imaginaire collectif, c’est évidemment le Canadair qui est cet instrument de lutte contre les feux est l’avion le plus éprouvé, le plus performant…/..
    Nous en avons douze (12) aujourd’hui, nous allons investir massivement pour que d’ici la fin du quinquennat, ces 12 soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu’à seize (16).
    Là encore, deux (2) de ces Canadairs seront remplacés grâce au fond européen du mécanisme rescUE (Texte du discours) ».

    —– La PROMESSE. Selon Macron, nos 12 vaillants Canadairs CL-415 (ancien modèle dont la fabrication a cessé en 2015, d’où l’énorme difficulté pour obtenir les pièces de rechange) devaient être intégralement remplacés avant la fin du second mandat de Macron en mai 2027.
    —– La REALITE. Force est de constater que la France ne recevra livraison d’aucun (zéro) nouveau Canadair d’ici mai 2027. Rappel que les deux nouveaux Canadairs HDC CL-515 aptes au vol de nuit commandés en 2024 pour un montant de 83 millions d’euros, en partie financés par le programme européen RescUE, ne seront pas livrés avant 2028 et 2029.

    • Bonjour RIRI.06. M. Macron n’a pas inventé la formule selon laquelle les promesses n’engagent que ceux qui y croient mais il a tout compris à l’art et la manière de l’appliquer ! For sure !

    • pourtant hier dans son discours, c’était l art de l’auto félicitation/satisfaction… insupportable, imbuvable, et encore presque un an à subir ça

  3. Le temps n’est pas à la polémique dixit le gouvernement? Si le temps n’est pas à la polémique il est (grand) temps de pointer l’incurie de ce pouvoir! Et c’est cela dont le gouvernement ne veut pas! Tout le reste n’est que de la poudre de perlin pinpin!

  4. Un pays où on ne peut plus compter sur l’état et qu’il faut que le peuple se débrouille avec les moyens « du bord » est un pays « foutu » !! On aide les pompiers ,à quand allons nous aider les « flics et gendarmes » pour mettre de l’ordre ???

  5. Merci Gabrielle de mettre les choses au point. Je suis énormément étonné que Macron ne soit pas sifflé voire hué même si c’est de loin avec des hauts parleurs.

  6. Au plus ça va, au plus je me rends compte que les énarques et tous ceux qui traînent autour ne connaissent rien à la gestion de projet. Quand je vois comment ils réagissent face aux problèmes qui se présentent à eux, ils sont dans la gestion de l’urgence, la recherche de responsables et le recherche de solutions alors qu’ils ne connaissent rien au sujet. En fait, je pense qu’on leur apprend à discourir et à parler creux. Et je doit dire qu’ils sont très bons. Le problème c’est que ce n’est pas ce que l’on attend d’eux.

  7. Si mes souvenirs sont bons, les « cahiers de doléances » dont l’analyse détaillée aurait été fondamentale comme retour d’expérience à froid après les Gilets jaunes (c’était l’objectif annoncé) servent de nourriture aux rats au fond des caves des préfectures …. Alors, le retour d’expérience en Macronie … Nous sommes nombreux à savoir à quoi nous en tenir. A part celui concernant sa comm., le « retour d’expérience » n’a pas dû être bien long à faire. Car la seule « expérience » que fit le pouvoir à l’époque fut de sélectionner les auditoires et les questions (sinon comment M.Macron aurait il pu avoir réponse à tout en sachant tout sur tout et en étant capable de nous expliquer le reste ?) pour permettre à M. Macron de faire son show sur le mode « plus c’est long, plus je suis bon » (tellement les séances duraient) . Le retour d’expérience n’a pas dû être bien compliqué. Rien n’a d’ailleurs changé après les Gilets jaunes, le mépris du peuple par les élites (auto-proclamées) est resté le même. Et d’ailleurs, quand ils y pensent, c’est sur le mode : pourquoi devrait il y avoir un retour d’expérience ? Eux savent (ils ont fait des écoles pour ca …) et les « sans-dent », tous « ces Gaulois réfractaires », tous ceux « qui ne sont rien » et « boivent du pastis et fument des clopes » devraient vaquer à leurs occupations et ne pas se poser de questions. Surtout pas sur les actions de nos dirigeants (que d’ailleurs, ils ne peuvent pas comprendre : les choses sont compliquées et « en même temps », elles ne sont pas simples. Rappelons nous que M. Poutine est quasiment à nos portes ….)

  8. Avec la macronie au grand complet, on voit bien quelle est leur cible de clientèle : les bobos simples d’esprit ! Ccchhhuuuttt ! Tout va bien !

  9. Oui , les français ne peuvent plus compter sur l’état , puisque ce sont les citoyens qui s’y collent .
    Et à juste titre vous notez que c’est la même chose pour la sécurité ou le scolaire , l’impéritie est totale .
    Pour la sécurité , les français vont créer des groupes d’auto défense , pour l’école ce sont des parents eux mêmes qui vont monter à l’estrade . Et ce sera mieux ! Parce qu’ un état qui agit contre son propre peuple tout en l’endettant à vie , il faut le zapper , et faire comme si il n’existait pas , De toute façon ils ont fait en sorte de rendre tout caduque . Pourquoi moins de sécurité dans les campagnes parce qu’ une baisse de 25 pour cent des effectifs avec fermeture de brigades de gendarmerie , et donc moins d’enquêtes et d’investigations donc moins de crimes et délits élucidés , et ce n’est pas la peine d’en parler avec un procureur puisqu’il est chargé d’accompagner la politique de restriction budgétaires, mais pas les dépenses. On appréciera au passage l’indépendance de la justice par rapport à l’état . Pourquoi moins d’école dans la ruralité ? Parce que suppression de classes , avec obligation de prendre la voiture pour emmener son enfant, ce qui n’empêche pas accessoirement d’aller travailler , après on va nous expliquer que c’est parce qu’il n’y pas assez d’enfants pour les conserver, ces classes , Mais c’est plutôt le contraire, c’est parce qu’il n’y a pas de classe que les familles candidates à s’installer dans les endroits concernés, ne se bousculent pas au portillon et c’est pour cela que nous nous retrouvons entre têtes blanches, dans ces endroits, du coup, bien tranquilles . Trop tranquilles ?

  10. Le respect de ce qu’il reste de la Constitution démocratique gaullienne nous y oblige, mais combien de temps encore, le président Emmanuel Macron va-t-il nous imposer le dégradant spectacle de son agonie politique ?

  11. Toute personne qui osera une critique sera accusée de récupération, souffler sur les braises ou je ne sais quoi encore. Si ces feux ont pris une telle ampleur c’est parce qu’il y a eu des ratés. Parfois les ratés sont le fait d’une ou plusieurs personnes responsables. Donc oui, pour ne pas refaire les mêmes erreurs, il faut un bilan de ce qui n’a pas fonctionné. Ne pas préparer la forêt parce que les écolos refusent des zones déboisées, ne pas avoir le matériel volant adéquat sont un début de pistes. Restent les pyromanes…

  12. Notre Président E Macron, élu par défaut, se gausse ouvertement de ce que peuvent penser les citoyens de sa gestion catastrophique du Pays France. Aussi, l’Elyséen reste dans son registre face aux drames, face aux pertes, face aux manques de matériels, dans ses phrasés bien polis tel … »Le temps n’est pas à la polémique « …Le pire des Présidents de la cinquième, il nous laisse un héritage abyssal… » fier de sa Réussite ».

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