Editoriaux - Religion - 20 avril 2019

Le pape en France : « en temps voulu »…

Le pape viendra en France « en temps voulu », a annoncé Emmanuel Macron, jeudi dernier. « J’ai eu […] le pape au téléphone, je l’ai évidemment invité à venir, et il viendra en temps voulu. » En clair, et avec les formes diplomatiques et ecclésiastiques convenables et convenues, la réponse du pape a dû être du genre : « Écoute, mon grand, c’est gentil, ta proposition, mais là, ça va pas être possible. » Il s’attendait à quoi, Emmanuel Macron ? Que le pape débarque à Paris, toutes affaires cessantes, dont les cérémonies de la Semaine sainte à Rome ?

À un mois et demi des élections européennes, il est vrai, c’eût été pain bénit. Histoire de poursuivre la drague des catholiques qui peuvent encore être séduits par la figure de premier communiant du président de la République et par la tête de liste aux élections européennes qui s’affiche comme catholique pratiquante tout en se déclarant pour une « GPA éthique » (la martingale idéale !). Mais il semble que le pontife de Rome ne mange pas de ce pain-là. Donc, ce sera en « temps voulu ».

En temps voulu par qui, d’ailleurs ? Le pape François Ier n’est pas Pie VII et Emmanuel Macron n’est pas Napoléon Bonaparte. L’empereur des Français traîna le pape manu militari jusqu’à Paris pour qu’il le sacre à Notre-Dame. Emmanuel Macron aura beau faire le zouave (pontifical ?), ça ne se passe plus tout à fait pareil, de nos jours. Que voulez-vous, les temps ont changé. Ce sera donc le temps voulu par le Saint-Père et non par celui qui aime tant à se prendre pour le maître des horloges. Cela a peut-être pu choquer, peiner, décevoir ceux qui réagissent à l’émotion première et auraient aimé que le pape soit plus expressif dans sa compassion face au drame de l’incendie de Notre-Dame. Quelles belles images, en effet, aurions-nous eu pour le 20 Heures et les magazines people : l’homme en blanc, sur le parvis de Notre-Dame. À sa droite le Président ; à sa gauche Brigitte ; légèrement en retrait, mais pas très loin, Christophe Castaner, hésitant entre les fonctions de sacristain de la République et de garde du corps du roi. De la belle image (pieuse !) comme on dit de la belle ouvrage. Et comme il n’y a pas de petits profits et qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, on serait allé grappiller quelques dixièmes de point précieux dans les sondages comme on va à la chasse aux œufs dans le jardin, le matin de Pâques. Mais le pape est d’un autre temps. Le pape est dans un autre temps. En l’occurrence, en ce moment, c’est le temps pascal qui s’ouvre en ce dimanche 21 avril et s’achèvera avec la Pentecôte. Désolé, il y a deux mille ans que c’est comme ça.

Le maître des horloges n’est pas le maître du temps. On en avait un peu l’intuition depuis quelque temps. On en a eu la confirmation ces derniers jours.

Le pape n’a pas débarqué à Paris mais s’il y a une de ses prières qu’il faudrait relayer ad libitum, c’est celle qu’il a exprimée au sujet de la restauration de Notre-Dame : qu’elle soit « une œuvre harmonieuse de louange et de gloire à Dieu ». On est loin des temps prométhéens voulus par Emmanuel Macron.

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