Editoriaux - Politique - 2 février 2020

Le nouveau monde ou le pire de la politique ?

Trop de fautes, trop de couacs, trop d’amateurisme, trop de cynisme, trop de réprimandes, trop de phrases jetées à la légère, trop de maladresses pour qu’on ne soit pas inquiet.

On attend avec impatience une journée où nous n’aurions pas à rire, à nous indigner, à protester.

Ce pouvoir est-il à la hauteur, le président de la République, le Premier ministre, les ministres, le parti dominant avec Stanislas Guerini, le rectorat de Grenoble pour Mila, y a-t-il quelque part en France un service qui fonctionne bien et dont on puisse être fier, une personnalité politique impeccable ?

Le Président, entre bonne foi et inconscience, porte un tee-shirt dont le sigle a été détourné de BD en LBD. D’où la colère légitime des syndicats de police.

Il continue à cultiver son obsession de repentance, réaffirme, après l’avoir vaguement rétracté, que la France a commis un crime contre l’humanité en Algérie et s’apprête, je le crains, à la faire plaider coupable.

Je persiste : il n’aurait pas dû se mêler de l’affaire Halimi mais s’occuper de ce qui le regarde.

Le Premier ministre sans vergogne. Il se sert de Matignon pour regagner la mairie du Havre puis s’en éloignera vite pour rejoindre Matignon. Le nouveau monde ou le pire de la politique ?

Le Conseil d’État – notre contre-pouvoir préféré – corrige la circulaire choquante de Christophe Castaner qui avait été prévenu par à peu près tous les partis et tous les analystes. Il n’a rien voulu entendre et est gravement désavoué.

Le ministre Blanquer l’avait lui-même été, au sujet des professeurs, par la plus haute juridiction administrative qui a, par ailleurs, taillé en pièces le projet sur les retraites, l’estimant peu ou prou mal préparé et présenté.

Le garde des Sceaux dit n’importe quoi au sujet de Mila, traînée odieusement dans la fange par des intégristes de l’islam qui n’avaient pas supporté qu’elle traite vulgairement la religion musulmane. Il se repent, s’excuse, il a commis une erreur et on est heureux que la lucidité ait aussi atteint le parquet de Vienne qui, s’il avait ordonné une enquête absurde contre la jeune fille, l’a heureusement vite classée sans suite.

Scandale. Depuis dix jours, le rectorat de Grenoble n’a pas été capable d’inscrire Mila dans un établissement parce qu’elle est menacée. Ce sont les voyous violents qui l’insultent et l’intimident qui vont gagner parce que l’État ne se sent pas capable d’exercer son autorité et d’assurer sa sauvegarde ? C’est notre République aujourd’hui ?

LREM, ce parti si progressiste ! Alors que le MEDEF et l’opposition s’accordent pourtant pour approuver l’UDI, elle renâcle pour porter de cinq à douze jours le délai de congé des parents après la mort d’un enfant. Le Président joue le bon apôtre et demande à son parti de faire preuve d’humanité. Tout cela est une comédie qui met au jour que les donneurs de leçons humanistes ne sont pas les plus qualifiés pour le faire !

Pourtant, Stanislas Guerini nous vend l’idée que LREM aurait trouvé la méthode infaillible pour faire baisser le RN et convaincre ses électeurs de la rejoindre. Rien de neuf, en réalité. Au deuxième tour des élections municipales, si le candidat RN est en passe d’être élu, celui de LREM se désistera en faveur de son adversaire. Comme cela, le parti macronien sera au moins félicité par tous ceux qui considèrent qu’avec le RN, nous avons le fascisme aux portes de nos cités !

Cet inventaire de bric et de broc, de l’important au dérisoire, ne va pas miraculeusement faire prospérer les forces d’opposition mais, de grâce, au moins que le pouvoir et ses auxiliaires quittent définitivement leur posture de justiciers éthiques, prétendument exemplaires, dans un monde bien trop impur pour eux. Ce serait déjà beaucoup !

Je voudrais terminer sur François Fillon. Aurait-il été à la hauteur au plan politique ? Il m’a semblé limpide et clairvoyant sur ce registre sur France 2. Toutefois, sa défense judiciaire, elle, m’est apparue honorable – son épouse à sauver à tout prix – mais peu convaincante, pathétique et désespérée. Il n’aurait pas dû faire cette émission. Au meilleur inutile, au pire préjudiciable…

Aurait-il été à la hauteur s’il n’avait pas été broyé et s’il ne s’était pas fourvoyé ? Je ne sais pas mais ceux d’aujourd’hui le sont-ils ?

Commentaires Facebook
Extrait de : Justice au Singulier

À lire aussi

A-t-il été lui-même à la hauteur ?

Notamment au sujet de cette interrogation qui m'obsède et sur laquelle personne n'a osé le…