Les médias ont, enfin, du nouveau à se mettre sous la dent : le Premier ministre est candidat à la mairie du Havre ! Il a tenu, vendredi soir, son premier meeting. Le Monde titre : «  lance sa “singulière” campagne dans un climat agité », tandis que 20 Minutes se pose « cinq questions autour de la candidature d’Édouard Philippe au Havre ». Les journalistes sont fébriles, les opposants politiques s’indignent, tous sondent les intentions du Premier ministre.

Le quotidien 20 Minutes résume assez bien les sujets qui agitent les médias. Comment le Premier ministre va-t-il faire campagne ? Peut-il cumuler les deux fonctions ? Que va-t-il faire s’il est élu ? Et en cas de défaite ? Prépare-t-il sa sortie du gouvernement ? L’inévitable Sibeth Ndiaye déclare qu’Édouard Philippe est une espèce de surhomme, qui « sera Premier ministre à temps plein, à triple temps, à double temps » pendant la semaine, « et candidat le week-end ». De quoi occuper les rédactions et tirer des plans sur la comète.

Yannick Jadot fulmine : « Est-ce que le boulot de Premier ministre est un boulot à mi-temps ? », lance-t-il, jugeant la démarche « profondément scandaleuse ». Adrien Quatennens retweete la une de Paris-Normandie, une photo d’Édouard Philippe déclarant « Je suis candidat au Havre », avec ce commentaire : « Mais d’abord je pète vos retraites. » Sébastien Chenu fait une analyse plus politique : « Ça en dit beaucoup sur la fébrilité de La République en marche qui a peur de ne pas gagner de mairie tant leur personnel politique n’est pas au niveau de ces élections municipales, et qui déguise des Républicains. » Marine Le Pen l’accuse de se chercher une porte de sortie.

Mais, à part L’Express, selon lequel « il devrait être à la tête d’une large coalition allant de LREM à LR, le parti politique de l’actuel maire Jean-Baptiste Gastinne », aucun journal ne s’interroge vraiment sur les appuis dont il pourrait bénéficier. Il faut dire que Le Havre est une sorte d’enclave macronienne dans une terre anciennement RPR, puis UMP, puis LR. Arrachée au Parti communiste, en 1995, par Antoine Rufenacht, la mairie fut ensuite dirigée par Édouard Philippe, Luc Lemonnier et, depuis mars 2019, Jean-Baptiste Gastinne, sous l’étiquette LR. Lequel maire s’est d’ailleurs empressé d’afficher son soutien au Premier ministre : « Je m’engage totalement à ses côtés pour Le Havre. »

Pour sa part, la députée de la circonscription, élue sous l’étiquette LR en juin 2017 – sans candidat d’En Marche ! en face d’elle, ce qui est significatif –, cofondatrice d’Agir, la droite constructive, en novembre 2017, maintenant membre de l’UDI, s’est écriée devant les supporters d’Édouard Philippe : « Nous comptions les dodos jusqu’au retour de Doudou. » À chacun ses mots pour exprimer son appui à l’homme de Matignon qui, en l’occurrence, tient le rôle du traître. Avec sa barbe, il a quelque chose d’Iznogoud : s’il ne veut pas, pour le moment, être calife à la place du calife, bien fol est qui s’y fie.

Si Édouard Philippe joue sur tous les tableaux, assurant ses arrières, tentant d’offrir une victoire symbolique à la majorité et de se donner ainsi de l’importance, il brouille surtout les cartes, piège son ancien parti, le met dans une position difficile. Ne pas réagir, c’est, pour les dirigeants LR, entériner l’alliance des Républicains et des macronistes et renoncer à leur crédibilité pour l’avenir. S’ils étaient cohérents, ils devraient condamner cette union, voire présenter une liste concurrente, qui ne soit pas une droite de pacotille. Oseront-ils franchir ce pas ? Rien n’est moins sûr ! Ce serait pourtant la seule façon de lever toute ambiguïté.

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