À la mi-mars, les médecins libéraux exerçant en cliniques privées furent sommés d’arrêter leurs consultations, de reporter toute chirurgie non urgente et de s’organiser en garde de 12 heures pour soigner des patients Covid-19 nécessitant une hospitalisation ou une réanimation. Ce qu’ils firent de bonne grâce, quoiqu’un peu étonnés de voir transférés, à des centaines de kilomètres, par avions ou TGV « médicalisés » – mais sous les yeux admiratifs des caméras de télévision -, des patients hospitaliers qu’une ambulance n’aurait mis qu’un quart d’heure à leur amener de la commune voisine.

Pour la « complémentarité public/privé » tant prônée par l’administration, ce n’est donc pas gagné, mais la diffusion du virus n’en alimente pas moins, depuis six semaines, des centaines de praticiens libéraux autour de « consultations Covid » et d’un millier de lits privés.

Pour la rémunération de ces activités, l’heure n’était pas à la négociation, mais un arrêté ministériel de fin mars laissait, toutefois, entrevoir pour la vacation de douze heures un tarif forfaitaire raisonnable de 300 à 400 euros. Patatras ! le ministère de la Santé annonce, maintenant, qu’« aucun cadre de financement n’existait pour ces situations exceptionnelles », et si l’on comprend bien, ce sera plutôt à chaque agence régionale de santé de voir ce qu’elle peut faire (quand il s’agit de se défausser, la régionalisation a du bon…). En tout cas, pour l’ARS du Centre-Val de Loire, on sait déjà : la garde, ce sera zéro euro, zéro centime !

Parce que, comme pour les commerces, l’État étudie un « dispositif d’indemnisation des professionnels libéraux impactés par la crise » qui ont subi une chute d’activité partielle, voire totale, face à des charges constantes. Mais entre ceux qui sont allés au charbon auprès des patients Covid, ceux qui sont restés dans leurs cabinets et ceux qui sont restés devant Netflix… l’exercice s’annonce délicat.

En réalité, il l’a toujours été pour les soignants qui, comme chacun sait, ont un si beau métier, ce qui devrait les dispenser des viles préoccupations matérielles ! C’est ainsi que nos infirmières, qu’une France émue applaudit religieusement à 20 heures, per­çoi­vent une rémunération infé­rieure de 5 % au salaire moyen français. (En Allemagne, un infir­mier gagne 13 % de plus que le salaire moyen, en 28 % de plus.) Et pour les médecins de la fonction publique hospitalière, on a même dû inventer un régime spécial de sous-rémunération. Parce qu’en tant que « docteurs d’État », s’il avait fallu les payer conformément à la grille des salaires de la fonction publique, ils auraient coûté plus cher que les énarques de Bercy. Vous imaginez le scandale !

 

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