« Le mot “autonomie” ne nous fait pas peur » : Marine Le Pen défend sa vision pour la Corse

Une évolution notable du RN qui défend à l'Assemblée son « contre-projet ».
Capture écran Assemblée nationale
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Ce 16 juin a débuté, à l’Assemblée nationale, l’examen du projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République ». Le Rassemblement national a progressivement évolué pour aboutir à un contre-projet que Marine Le Pen a présenté devant la représentation nationale : « une autonomie insulaire » bien spécifique.

C’est en « Bretonne » que la députée du Pas-de-Calais a indiqué comprendre les Corses de vouloir « être eux-mêmes ». L’autonomie de l’île telle que l’envisage la parlementaire nécessitera un « statut consensuel et réaliste » qui devra se construire dans l’Hémicycle lors de ces trois prochains jours de débats. Une autonomie qui correspond, selon Marine Le Pen, « non seulement à une demande démocratique, mais aussi à la nécessité de prendre en compte la singularité insulaire, les problèmes spécifiques, mais aussi l'âme corse que des siècles d'Histoire, l'attachement à la terre, des valeurs et une identité propre ont façonnée ». La présidente du groupe des députés RN défend une autonomie « respectueuse et équilibrée » qui ne conçoit pas la reconnaissance d’une « communauté corse » spécifique comme le prévoit le texte défendu par le gouvernement.

« Pour nous, la communauté, c'est la communauté nationale », réagissait, dans l’après-midi, auprès de LCP, le député mariniste du Var Stéphane Rambaud. Orateur du groupe en commission, ce dernier défendait la position de son parti lors de l’examen du texte en commission des lois : « Nous refusons une autonomie qui éloignerait la Corse de la nation française, qui servirait de marchepied vers l’indépendance ou qui deviendrait un moyen d’affaiblir la République. »

Le fruit d’une réflexion progressive

Le contre-projet du RN, compromis entre un jacobinisme absolu et un risque de fracture de l’unité nationale, est le fruit d’une réflexion progressive.

« La Corse, c’est la France », insistait Jordan Bardella, lors d’un déplacement à Ajaccio en 2025. S’il se disait favorable à une réflexion sur des « améliorations » pour tenir compte des « spécificités » de l’île, le président du RN prenait soin de rappeler sa méfiance à ce sujet : « Le projet politique de ceux qui prônent l’autonomie dissimule souvent l’idée de l’indépendance. »

L’opposition du RN à un changement de statut en faveur de la Corse est ancienne. « Un leurre » était le terme employé par Marine Le Pen, lors de la campagne présidentielle de 2022, pour qualifier l’idée d’autonomie . « On est très attaché à la souveraineté nationale, à l’unité du pays et la Corse en fait parfaitement partie », insistait, quant à lui, Jordan Bardella.

En septembre 2023, alors qu’Emmanuel Macron prononce officiellement le mot « autonomie » devant l’Assemblée de Corse, les réactions au RN sont très vives. Le vice-président Sébastien Chenu reproche au chef de l’État de vouloir « déconstruire la nation française ». « Si Emmanuel Macron ouvre cette porte, alors les revendications vont être très nombreuses et c’est la France qui va s’émietter », déclare-t-il, sur France Info. « Après, ce sera l’Alsace, les Basques, peut-être des territoires d’outre-mer… », s’émeut le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy. « Avant même tout débat sur l’évolution du statut de l’île, partie intégrante du territoire national, ce que la majorité des Corses attendent, c’est que l’État réponde de manière pragmatique à leurs préoccupations sur le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes, le foncier, la fiscalité du patrimoine, l’aménagement du territoire », répond alors Marine Le Pen

Les électeurs RN favorables à l'autonomie

Trois ans plus tard, le RN a mûri sa réflexion. Il s’oppose au projet gouvernemental, considéré comme « dangereux » et « flou ». En revanche, Marine Le Pen plaide pour « une forme d’autonomie qui n’empiéterait pas, évidemment, sur les pouvoirs régaliens de l’État et ne créerait pas de rupture avec la France », a-t-elle confié aux lecteurs de Corse-Matin.

Une position d’équilibriste qui fait figure de compromis. Face à un État centralisé bureaucratique et impotent, une frange importante de l’électorat RN, ou susceptible de le devenir, est favorable à une certaine décentralisation et revendique les identités régionales. Un sondage IFOP réalisé en 2025 démontre que 59 % des électeurs de Marine Le Pen à la présidentielle de 2022 se déclarent favorables au statut d’autonomie de la Corse. Un chiffre qui monte à 75 % chez les électeurs corses.

Au sein du camp national, ce projet d’« autonomie insulaire » laisse certains dubitatifs. « Il y a un risque de fragmentation », glisse, à BV, un parlementaire, dans les couloirs de l’Assemblée, qui invite à la « prudence ». L’élu reste perplexe sur l’opportunité d’« un traitement différencié de l’organisation des pouvoirs et des compétences en fonction des territoires si on parle de l’unité de la République ».

Marine Le Pen veut « ouvrir la voie de la réconciliation » pour l'île de Beauté. Si ses propositions n'étaient pas acceptées, le RN s'opposerait à l'adoption du projet gouvernemental.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Re avis sans effet ?
    Et plouf ! tous les lecteurs plongent dans le piège !
    Poudre aux yeux , leurre pour lourdauds , stratagème d’un SOUS 2 ème classe , qui a déjà abaissé renié, Notre LANGUE, notre HISTOIRE, l’existence même des FRANCAIS ,les vrais de sang et de cœur.
    Ce subterfuge , en prenant la Corse pour début , ?? tout en ouates et faveurs ? hypocrite ,
    l’arbre cachant la foret,
    Préparation pour d’autres iles au loin , déjà annexées par ses potes ,dont il est redevable.
    Méthodes de socialos ,que de mettre en façade le cas unique pour enfumer les vrais raisons.

  2. Après avoir voté pour la sortie de l’Alsace du Grand Est, qui prend elle aussi le chemin de l’autonomie – sans le RN ça n’aurait pas été adopté à l’Assemblée – voici que l’autonomie de la Corse ne fait plus peur.
    Il y aura un effet domino sur les autres régions c’est certain.
    Et bien le voilà le DÉMANTÈLEMENT DE LA FRANCE, il est là, sous nos yeux ébahis.
    Et on pensait, que l’attaque viendrait de la gauche, non mais franchement.

  3. Déjà si j’étais elle ,je poserais la question aux principaux interessés par référendum A-t-elle fait une étude approfondie de ce que veulent les Corses ou ne veulent plus ?Quelles sont leurs difficultés avec les institutions en place ?Quelles sont leurs attentes ?
    Macron lorsqu’il évoque l’autonomie , parle depuis l’UE et non pas la France.
    La France si on y regarde bien est de plus en plus organisée en länders .
    De nombreuses institutions se substituent a celles dêjà en place pour les « shunter  » et passer outre l’Etat . Les agglomérations et communautés de communes en son un des exemples , elles appliquent le programme de l’UE et reçoivent ses subsides en conséquence et sont donc en état de dépendance .
    Sauf que c’est nous » qu’on » paye avec notre contribution à l’UE . Deuxième contributeur .Faut pas l’oublier .
    Et on paye donc notre dépendance totale et entière à cette Europe là, sans jamais en avoir tiré un quelconque avantage depuis que celle ci s’est mise en place .
    Donc « gaffe » à la Corse , cela pourrait agir en accélérateur de ce qui existe déja au niveau de la métropole, parce qu’il y a aussi des opportunistes, chez eux ,qui gagneraient à marcher main dans la main avec l’UE ,surtout que les marchés et les lobbies nbreux en Europe sont rénumérateurs …

  4. Un jour ou l’autre il faudra finir par y passer mais qui dira autonomie dira aussi plus de subventions et accroissement des forces militaires sur l’Ile de beauté !

  5. Je me demande parfois si Marine Le Pen mesure toutes les implications de ses décisions.
    La Corse bénéficie déjà d’une autonomie de fait bien plus grande que n’importe qu’elle région de France. Elle bénéficie de tolérances multiples que je ne retrouve nulle part ailleurs en France. Si réellement nous allons vers encore plus d’autonomie il serait logique de réduire l’aide financière, sous toutes ses formes, réglée par les continentaux. Espérons aussi que ceux qui, en Corse, auront encore plus de pouvoir soient des gens biens agissant dans l’intérêt général des corses et reconnaissants à l’égard de la France. En vérité j’en doute fortement.

  6. Désolé, mais le RN n’en finit pas de dévisser, accréditant la thèse de ses adversaires selon laquelle il n’a toujours pas de ligne politique claire et pérenne. Impression de naviguer à vue, pénalisée par son éternelle obsession d’être accepté par le système (dédiabolisé), ce qui ne se peut, sauf évidemment à renier tant et plus qu’il ne restera rien de ce qui motivait son électorat.
    Marine Le Pen accepte un nouveau coup de canif dans l’unité nationale, établissant surtout qu’elle n’a pas compris grand-chose au malaise corse, version insulaire du profond malaise qui gangrène …. la France entière. Bon, c’est donc « en bretonne », et non en « chti » donc, que la députée du Pas-de-Calais, comprend les corses. Elle aggraverait plutôt son cas. Elle ne nous épargne pas ses habituelles banalités, « statut consensuel et réaliste », « respectueuse et équilibrée », « l’âme corse », « ouvrir la voie de la réconciliation », « être eux-mêmes », « les siècles » … tout en évitant « un marchepied vers l’indépendance » …. Finalement, comme à l’accoutumée, le fond de sa pensée il faut la trouver dans les sondages, considérés comme de vrais baromètres. 59 % de ses électeurs, et 75 % pour les corses : la réflexion s’arrête là. Pour l’anticipation politique, la hauteur de vue, le messianisme, on attendra l’élection …. d’après.

    • Vous avez raison M Gayan la seule ‘ » boussole » du RN c’est gagner des voix..j’ai longtemps cru vu ses nombreux errements  » en meme temps » qu’il ne voulait meme pas exercer le pouvoir ,juste gameller a la place des macronistes et LR…mais ce parti est devenu trop gros deficitairz,et affamé pour ne oas viser le gros gâteau.. Y chercher de vraies convictions non opportunistes est cause perdue…

  7. Tout à fait favorable à l’autonomie de la Corse. Là bas, dans ce beau  » pays », ils sauront défendre leurs particularismes, leurs valeurs. C’est un bon début…

  8. Vu ce que deviens la France, je comprends que les corses veuillent garder la main sur leur île! Personne veut n’importe qui pour faire n’importe quoi en politique ou dans son pays, sauf en France visiblement.

  9. Par suite, j’aimerais avoir l’avis de MLP sur l’autonomie de la France par rapport à Bruxxxellles. Ses particularités, ses spécificités…

  10. La France est désormais soumise à l’Europe, enfin une certaine vision de l’Europe, celle qui centralise, uniformise, oblige et interdit. Alors la notion d’autonomie disparaît peu à peu, comme celle de l’identité.

  11. Les Corses ont beaucoup de leçons à donner aux continentaux , surtout en matière de cou…rage .

    • Pour parler de la corse il doit y avoir vécu,par répéter les lieux communs de Pascal praud ou garbarrini qui est chauvin..

  12. Donner l’autonomie à la Corse est un risque pour son avenir. Le FLNC est à l’affut avec les groupes indépendantistes qui n’attendent que çà. Sans le contrepouvoir républicain imposé par la métropole rien ne dit que ces Corses-là n’abuseraient de leurs droits au détriment ceux qui veulent vivre tranquilles. L’exemple d’Haïti ne suffit-il pas ? Imaginez qu’un pays veuille mettre la main sur l’île en achetant à prix d’or les terres.

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