Le gouvernement face à la crise des gilets jaunes : la balle au prisonnier

La controverse sur l’usage des Flash-Ball® par la police enfle au vu des nombreuses victimes parmi les gilets jaunes (comme l’explique l’article de Marie-Estelle Pech intitulé “Controverse sur l’usage des lanceurs de balle de défense” dans Le Figaro du 15 janvier). Cependant, beaucoup ressemblent à l’idiot qui regarde uniquement le doigt de celui qui montre la Lune. Car un État qui n’exerce pas la violence légitime n’est simplement pas un État en bonne et due forme (Max Weber). Le problème n’est pas l’utilisation du Flash-Ball® en tant que telle, mais plutôt ceux qui sont visés depuis plus de deux mois par l’arme non létale autorisée par Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur (en 2002). En vérité, l’ordre libéral-libertaire qu’incarne la Macronie emploie les grands moyens contre la contestation sociale de la part de personnes qui subissent de plein fouet les conséquences néfastes du capitalisme financier.

La France ressemble maintenant à un G20 permanent : les esprits « illibéraux » (terme qu’avait employé le Président pour la première fois lors de son discours du 3 janvier 2018) se tendent face à une violence qui ne porte pas son nom, si ce n’est la précarisation. « Fort avec les faibles et faible avec les forts », tel est le credo implicite d’un pouvoir cynique et abscons. On serait intéressé de connaître la fréquence d’emploi de cette arme dans ces coins de France qui doivent faire l’objet de cette fameuse “reconquête républicaine”. En attendant, le marché de la drogue y prospère et les kalachnikov font entendre leurs crépitements.

Force est de constater que la répression policière qui frappe les gilets jaunes est la conséquence d’une politique de fermeté que l’on serait heureux de voir appliquer dans les territoires cités plus hauts… La police doit, en effet, suivre des consignes. Coûte que coûte, il convient d’entretenir l’angoisse de la population. Le fait que le citoyen ait peur de rien ou de tout à la fois nourrit un divertissement permanent : « le spectacle doit continuer ». En témoigne la récente représentation théâtrale de Jupiter devant des parterre de maires. Le pouvoir macronien dénué de toute souveraineté, tant douanière que budgétaire, se retrouve obligé de négocier des parts de marché avec les nouveaux occupants obsédés par « le rêve américain ». Quant aux autres qui survivent et qui ne demandent qu’à conserver leur dignité, ceux-là n’ont rien à proposer comme monnaie d’échange.

Dans ces conditions, chacun reste dans son couloir et attend que le moment de l’affrontement devienne inéluctable. “C’est l’imagination qui perd les batailles”, disait Joseph de Maistre. On oublie qu’Emmanuel Macron avait offert des gages à un certain Mohamed Saou (ancien référent de LREM dans le Val-d’Oise s’illustrant par des propos ambigus comme “Je n’ai jamais été et je ne serai jamais Charlie”, selon un article de Libération du 7 avril 2017). Dans un monde médiatisé, rien n’est neutre. Le salafisme pratique, lui aussi, la tactique gramscienne selon laquelle le combat culturel doit être la condition sine qua non de la victoire politique. Depuis le début de la crise des « gilets jaunes », les barbus et les « chouf » (« guetteurs », en arabe) se font très discrets. Trop discrets. La Macronie fait bien son travail…

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