Grand banditisme : quelle est cette nouvelle génération de tueurs à gages ?
Dix, c’est le nombre de « tueurs à gages » interpellés dans la Drôme, ces dernières semaines, a indiqué, ce mardi 30 juin à Ici Drôme Ardèche, le préfet du département, Marie-Aimée Gaspari. Ce coup de filet est le fruit d’une étroite collaboration entre police et Justice pour « endiguer la violence » dans la région, a expliqué la haute fonctionnaire, alors qu’un incendie volontaire dans un immeuble de Valence a fait quatorze blessés, dans la nuit de dimanche à lundi.
Génération Uber
Il est loin, le temps des tueurs à gages gantés qui faisaient fantasmer les réalisateurs de cinéma ou les amateurs de romans policiers. Depuis plusieurs décennies, la criminalité évolue et, avec elle, le profil de ceux qui l'exercent. Plus amateurs, plus désinhibés et surtout beaucoup plus jeunes, qui sont ces nouveaux professionnels de l'assassinat ?
Le 4 octobre 2024, Nessim Ramdane était abattu à bout portant dans les quartiers nord de Marseille. Le tireur, une recrue de 14 ans missionnée dans le cadre d'un règlement de comptes lié au meurtre d'un autre adolescent, tuait ce jour-là « par erreur » ce père de famille et chauffeur VTC, dès lors devenu une victime symbole de « l'ubérisation du crime ».
C'est sans doute cette expression qui décrit le mieux cette nouvelle génération de tueurs rémunérés, aussi jeunes qu'inexpérimentés. Les journalistes du Parisien, Jean-Michel Décugis, Vincent Gautronneau et Jérémie Pham-Lê, documentaient déjà ce phénomène en 2024 dans leur livre Tueurs à gages : Enquête sur le nouveau phénomène des « shooters » (Flammarion).
Ils y décrivent la réalité de la criminalité française contemporaine gangrenée par ces petits « porte-flingues » recrutés par de grands narcotrafiquants qui, depuis leurs cellules de prison ou des pays étrangers, publient des annonces sur les réseaux sociaux où ils recrutent des profils toujours plus jeunes, prêts à abattre n'importe quelle cible pour quelques milliers d'euros.
Une criminalité d'amateurs
En 2026, les tueurs à gages ne ressemblent donc plus à ceux que l'on imaginait jadis sortir tout droit d'un film mettant en scène de puissants commanditaires, comme l’illustre le procès de la loge maçonnique Athanor, qui se tient jusqu'en juillet, où est jugé un réseau ayant participé à satisfaire par le meurtre des vengeances personnelles, financières et politiques.
Aujourd'hui, les recruteurs opèrent sur Snapchat. Certaines de leurs recrues sont encore préadolescentes et évoluent exclusivement dans le narcobanditisme qui, loin de se limiter au trafic de stupéfiants, irrigue désormais l'ensemble du crime organisé : agressions, assassinats, corruption de mineurs, détention d'armes de guerre, proxénétisme…
Paradoxalement, l'amateurisme de ces très jeunes exécutants complique le travail des enquêteurs. Comme l'expliquait dès 2024, dans les colonnes du Parisien, Christian Sainte, alors directeur national de la police judiciaire, tout se joue désormais dans des espaces numériques fermés, que les services d'enquête doivent parvenir à infiltrer avant que l'impulsivité de ces adolescents ne fasse de nouvelles victimes collatérales, comme Nessim en 2024, ou Socayna, 24 ans, et Fayed, 10 ans, en 2023.
De Marseille à l'Europe, des enfants programmés pour tuer
En mai de l'année dernière, la Task Force européenne pilotée par Europol démantelait un vaste réseau de mineurs recrutés pour tuer. Les enquêteurs retrouvaient, parmi les dizaines d'adolescents interpellés, des filles comme des garçons, dont certains âgés de seulement 12 ans, révélait alors France Inter. Lancée après le meurtre de Nessim Ramdane, l'enquête confirmait que ces « shooters » ne constituent désormais plus une spécificité marseillaise mais un mode de recrutement aujourd'hui observé à l'échelle européenne.
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