Editoriaux - 31 août 2018

Le dernier de Christine Angot : le rien réussit à faire du bruit !

Et en prime, le dernier Bégaudeau

Vous rappelez-vous cette installation d’art contemporain béante dans laquelle un badaud fit une chute qui le conduisit droit à l’hôpital ? Voilà à quoi ressemble la rentrée littéraire de deux plumitifs starifiés : un trou, fasciné par son propre néant – et que les lecteurs feraient bien de tenir à distance raisonnable !

François Bégaudeau publie En guerre, aux Éditions Verticales, une fiction sociale qui raconte la rencontre improbable de Louisa Makhloufi et de Romain Praisse, deux jeunes gens que tout oppose et dont les chemins tissés de déterminismes bourdieusiens auraient dû ne jamais se croiser… (Si seulement !) Afin de rendre son texte plus rigoureusement descriptif, l’ancien professeur s’essaie à la sociologie en empruntant à la discipline un style qui se veut clinique. Mais l’écrivain ayant malgré tout des ambitions littéraires, il administre à son pensum une dose de belles lettres, en imitant le style enchâssé d’un Marcel Proust ou d’un Claude Simon – sans en avoir jamais ni la grâce ni la musique. Ainsi peut-on découvrir cette phrase d’une interminable indécence, dès la seconde page :

“Ni sur leur frôlement fortuit entre deux portants de la boutique Cache Cache dans laquelle Romain ne s’imaginerait pas entrer, imprégné qu’il est malgré lui du postulat que les femmes ont seules à se soucier de la chatoyance de leurs dessous, et privé qu’il est depuis sept mois d’une compagne à laquelle offrir de la lingerie, étant entendu que l’Émilie en question aurait trouvé incongru que son compagnon rencontré en lettres supérieures lui offre l’ensemble fuchsia en dentelle + porte-jarretelles dont Louisa a pensé à raison que son concubin Cristiano apprécierait l’effet sur son corps lors de la Saint-Valentin à laquelle Émilie et Romain n’ont sacrifié qu’une fois en treize ans, et sur le mode ironique propre aux non-dupes.”

La pesanteur et la graisse… Si le style est la musique de la pensée, celle de notre écrivain a la douceur d’une kalachnikov dont on viderait le chargeur contre le tympan d’un mélomane. Céline disait des hommes qu’ils étaient lourds. Si on avait encore des doutes, il suffit d’ouvrir le dernier Bégaudeau. On comprend, maintenant, pourquoi l’auteur d’Entre les murs eut d’abord du succès : car il donnait alors la parole à ses élèves. Maintenant qu’il l’a reprise, elle est d’un ennui mortel.

Dans un autre style – aux antipodes, même ! -, Christine Angot publie Un tournant de la vie, chez Flammarion. Ici, même le rien réussit à faire du bruit. Le roman raconte les atermoiements de la narratrice apercevant son ex-copain dans la rue et se demandant si elle veut se remettre avec lui – alors qu’elle est engagée depuis avec un des amis dudit passant. Et le style est à la hauteur de la puissance du propos. Ainsi la première page nous offre-t-elle un dialogue dont la platitude ferait pâlir de jalousie Aurélie Valognes – ou un élève de troisième le jour de sa rédaction du brevet des collèges :

“- Tu veux que je te retrouve quelque part ?
– Ça va aller Claire, merci. T’es où exactement ?
– Ça s’est passé au croisement de la rue des Gardes et de la rue de la Goutte-d’or. Je suis à deux pas de chez moi. Je vais rentrer. Ça m’a fait du bien de te parler. Je vais me calmer. Et je vais rentrer.
– Tu es sûre tu veux pas qu’on se retrouve ?
– Je pourrai pas parler, il vaut mieux que je rentre. C’est la première fois que je le revois depuis neuf ans.”

Christine Angot cherche à faire du Nathalie Sarraute, en glissant sur la surface des choses. Mais, contrairement à l’auteur de Tropismes, ce n’est pas pour sonder les profondeurs de l’être. Ici, le néant se satisfait de lui-même et se complaît dans son vide.

Si Milan Kundera disait du roman qu’il était l’écho du rire de Dieu, il résonne désormais comme la mitraille sérieuse de prosateurs sans grâce. Mais, après tout, il faut bien les publier : ils passent à la télé !

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