C’est sur fond de réelles tensions entre certains syndicats de police (Alliance Police Nationale et UNSA-Police, notamment) et Emmanuel Macron que le ministre de l’Intérieur procédait, ce lundi 25 janvier, au lancement du Beauvau de la sécurité voulu par le chef de l’État. Ainsi, jusqu’au mois de mai prochain, et à raison d’un grand débat tous les quinze jours, des représentants des policiers et des gendarmes, mais aussi des élus et des citoyens, devraient débattre afin d’aboutir à une réforme en profondeur de notre système policier. Cette réforme, si elle voit bien le jour, devra, en particulier, participer à la restauration du lien de confiance aujourd’hui distendu entre les Français et leur police. C’est, du moins, le pari du président de la République, lequel n’avait pas hésité, lors de son interview sur la chaîne télé en ligne Brut, le 1er décembre dernier, à accabler les policiers en dénonçant leurs brutalités à l’occasion de certaines interventions.

Sur la forme mise en place pour cette concertation, la « patte » d’Emmanuel Macron est évidente. De grandes rencontres du type « one-man-show ». De vastes discussions auxquelles seront associés des Français triés sur le volet. Enfin, des sujets dont on voit bien que certains d’entre eux sont destinés à capter l’attention d’électeurs dont il aura besoin en 2022.

Sur le fond, ensuite, la ligne directrice proposée ne pouvait qu’être consensuelle. En effet, comment ne pas souscrire à une consultation dont le but annoncé est de rabibocher les Français avec leur police. À la fois racoleur et fortement médiatique, le spectacle aura au moins l’intérêt de distraire un peu le peuple et de le sortir de sa torpeur « covidesque ». Par ailleurs, compte tenu de la période électorale qui s’annonce, ce grand raout permettra de tenir pendant plusieurs semaines l’espace médiatique national et, ainsi, de faire passer tous les messages nécessaires.

Au final, les grands perdants risquent bien d’être la police nationale, qui pourrait en sortir un peu plus déstabilisée, et les Français qui auront, une fois de plus, le sentiment d’avoir été dupés.

Pourtant, il est évident que la police nationale a besoin d’une réforme en profondeur. Non pas parce qu’elle porte dans ses rangs quelques individus violents, incapables de se contrôler, et qu’il appartient à l’institution elle-même d’écarter. Mais parce que, malmenée depuis de nombreuses années, suremployée, sous-équipée, gérée à la petite semaine par des technocrates déconnectés, elle est désormais à bout de souffle. Les « 7 péchés capitaux » de l’institution policière décrits par Gérald Darmanin ne sont pas ceux des policiers. Ils sont ceux d’un État qui a déserté depuis longtemps le champ de la sécurité et qui cherche, aujourd’hui, à fuir ses responsabilités en faisant porter le chapeau à des hommes et des femmes qui, dans leur immense majorité, ont le service public chevillé au corps.

Nous aurons, sans doute, l’occasion de revenir, dans les semaines, à venir sur ce Beauvau de la sécurité. Nous pourrons ainsi juger de la pertinence et de la qualité des débats. Nous pourrons également mesurer la portée réelle d’une concertation dont les fondements reposent sur un mensonge éhonté. La violence supposée dont est accusée la police nationale est, en réalité, la violence organisée d’un État et d’une administration qui a vu le jour lors des manifestations des gilets jaunes. Une violence d’État à l’encontre du peuple, dont malheureusement quelques policiers ont pu se rendre complices. Avant d’ouvrir le débat, rétablir cette vérité laverait l’honneur de la police nationale et celui de toutes celles et ceux qui, nuit et jour, se donnent sans compter. Nous leur devons bien ça !

26 janvier 2021

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